Le pays imaginaire de Defy

Lorsque j’ai réalisé que j’allais avoir 30 ans, ça m’a fait comme un choc. J’ai décidé de changer de vie. Radicalement. Je me suis débarrassé de mon boulot pour traverser le Pacifique à la voile. Ce blog est mon carnet de bord.

10 juin 2006

Defy prends le large

Coucou les gens,

Clochette a des fourmis dans les ailes. La toile l'a tenue prisonnière un moment mais le temps est venue pour elle de s'envoler.

Bon été à tous.

cinema1


31 mai 2006

9 juin 2004 - Premiers pas sur la Terre des Hommes

marquises_map

Dernier levé de soleil avant l’arrivée. C’est un mélange étrange de sentiment. Avoir à la fois terriblement envie que ça s’arrête et en même temps conscience que c’est la fin de cette extraordinaire traversée que j’avais tant rêvé.

Lorsque je fais à nouveau face à la proue d’Aramis, je découvre la Terre. Premier relief depuis notre départ des Galápagos, Motane se dresse dans la lueur rosée de ce petit matin.

C’est magique. Terre, enfin !

Je réveille les autres. Nous sommes tous émus.

Les reliefs sont impressionnants. La terre est plissée, torturée comme celle des calderas volcaniques des Galápagos, mais la végétation est incroyablement luxuriante. Les vallées sont couvertes de cocotiers dont le feuillage vert émeraude étincelle sous le soleil.

terre

Alors que nous approchons d’Atuona, le port au Sud de l’île, je prépare des crêpes et on fait pêter le champagne.

Je ne me lasse pas de ces reliefs. 21 jours de bleu horizontal… 21 jours sans autres bruits que celui du vent, ceux du bateau et de mes nuisibles colocataires… 21 jours sans odeurs de terre. Les sens en éveil, je capte chaque effluve, j’imprime mes rétines de chaque nuance chromatique.

On approche. On affale la grand-voile pour la toute dernière fois car c’est une évidence pour moi : Aramis, je le quitte ici. Michel est à la barre. A la table à carte, je repère l’entrée et lui indique les dangers à éviter. Nous pénétrons dans le petit port d’Atuona.

On s’apprête à opérer un 180° afin de placer Aramis face à la houle (face au large) et là, surprise… La barre est bloquée. Le safran n’a plus qu’une amplitude ridicule. En jouant avec le moteur, nous réussissons à effectuer le demi-tour dans le peu d’espace que nous avons. Je vais à l’avant pour libérer le mouillage, mais lorsque j’appuie sur le bouton de la zapette commandant le guindeau (mécanisme permettant de monter et descendre l’ancre), rien ne se passe.

C’est le double effet kiss cool.

Abandonnant l’électronique et armée d’une manivelle de winch, je libère la poupée. L’ancre disparaît enfin dans l’eau trouble du port d’Atuona. Le sable noir du fond ne nous permet pas de repérer sa position. Nous laissons trois fois la hauteur d’eau en longueur de chaîne afin d’être sûr de ne pas déraper et laissons Aramis se positionner entre ses petits camarades de trans-pacifique.

Nos voisins saluent notre arrivée à grands coups de corne de brume.

port

Le sourire aux lèvres, je gonfle l’annexe et l’équipe du moteur. Je n’ai qu’une hâte, poser enfin le pied sur la terre ferme, sur la terre des Marquises, cette terre que son peuple appelle La Terre des Hommes.
Mes premiers pas sont maladroits. J’ai toujours été sujette au fameux mal de terre, mais là, c’est à peine si je tiens encore debout. Le sol se meut sous mes pieds. Michel et Patrick ne sont pas bien plus assurés mais nous avons tous trois le sourire au lèvres.

Vaille que vaille, nous l’avons fait. Nous avons traversé le Pacifique !

Marquises, Hiva Oa, Port d'Atuona, 09° 49' S - 139° 02' W

19 avril 2006

Nuit du 8 juin 2004 - Je suis toute petite

Nous allons arriver demain matin. Demain matin, nous verrons apparaître Hiva Oa. Les Marquises… Enfin !

Je ne sais pas si c’est la perspective de retrouver enfin mon autonomie et ma liberté mais je réalise maintenant à quel point j’ai pris sur moi pendant la traversée.

Entre la misogynie de Patrick, sa méchanceté gratuite, son insondable capacité à nuire, à diviser, à pourrir la situation et la tyrannie de Michel, je suis complètement à bout.

Voilà bientôt une semaine qu’on ne partage plus rien. Plus une parole, plus un repas, plus une émotion.

La tension est montée graduellement depuis le Panamá. La frustration sexuelle de Patrick l’a conduit progressivement à développer une haine tenace à mon égard et une jalousie maladive. Il ne supportait plus la complicité qui avait pu naître entre Michel et moi.

Michel, ce propriétaire orgueilleux et borné qui a joué de son pouvoir pour torturer le vieil homme, le harcelant, le soumettant par son mépris. Cet homme si gentil et si doux que j’avais rencontré à Paris me révulse aujourd’hui. Comment continuer à cohabiter avec un monstre ?

La seule issue est de débarquer.

Je veux ma mère pour pleurer dans ses bras. Je veux mon père pour me protéger. Je veux mes amis pour m’entourer…

Je veux rentrer à la maison.

Je suis partie pour devenir une grande, mais aujourd’hui, je suis toute petite.

Je voudrais retrouver l’innocence et la joie de l’enfance, le cocon doré de mes 3 ans, quand j’étais une petite princesse et que le monde était amour.

delph12

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 10° 01' S - 136° 35' W

13 avril 2006

8 juin 2004 – Da Vinvi Code

Suite de l'épisode précédent.

L'ordi a redémarré. Après avoir séché toute une nuit, on a appuyé sur le bouton (Thérèse) et…

Magique !

On a même récupéré MaxSea. Par contre, le clavier a gardé quelques séquelles. Il a perdu quelques lettres au passage. Je ne crois pas au hasard. C'est un signe !

Je vous les livre pêle-mêle :

243_poster

F

U

C

K

Je crois que quelque chose, quelque part, essaie de nous transmettre un message.
Mais voilà, lequel ?

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 10° 01' S - 136° 35' W

12 avril 2006

6 juin 2004 – J’ai niqué

l’ordi.

Je suis une fille. Et je suis une fille maniaque !

C’est génétique, il paraît (merci papa, merci maman) !

Chromosomique aussi (les hommes disent ça).

Ils disent : pas besoin de lire Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus pour être au courant que quand les femmes ont la tête en foutoir, elles font le ménage ou se font faire une nouvelle tête (avec plus ou moins de succès) chez le coiffeur.

Après l’épisode « doigts de schtroumpfs », j’ai été prise d’une frénésie ménagère (trouver un coiffeur, là, au milieu du Pacifique ne constituait pas une option envisageable).

cockpitLe cockpit de l’ovni est entièrement en teck. Avec le temps et la pollution du Canal de Panamá, le bois est devenu tout gris. On a du papier de verre à bord, alors, je me suis mise en tête de lui redonner une nouvelle jeunesse.

J’ai passé 3 jours plein à poncer comme une cinglé du matin au soir. Les alizés ont déposé de la poussière de bois sur tout le roof.

Au bout du compte, le teck a retrouvé sa blondeur. J’étais super fière de moi et j’avais bien évacué ma rage.

Pour la touche finale, j’ai entrepris de laver le pont à grande eau. J’ai balancé des dizaines de sceaux d’eau regardant la poussière de bois disparaître. Le pont étincelait de blancheur sauf qu’à un moment, un grand cri à résonné en provenance de la cabine arrière bâbord. Michel a surgi comme un diable sortant de sa boîte. J’avais envoyé entre 5 et 10 litres d’eau sur le joli Toshiba.

A pu d’ordi !

Tout mouillé, tout cassé !

Encore, avec l’eau douce, vous pouvez espérer qu’en séchant… Mais alors, avec l’eau de mer… Le sel… La cata quoi.

J’étais un peu emmerdé ! En même temps, Michel avait dû nous répéter 2 500 000 fois à Patrick et à moi qu’il était interdit, absolument , d’ouvrir le hublot qui donnait sur l’ordi. J’ai trouvé l’ironie de la situation assez savoureuse.

Le seul souci, c’est que pour les approches, on se servait d’un logiciel appelé MaxSea. Ce logiciel est génial. Couplé au GPS, il permet de positionner le bateau, tracer des routes, simuler des courants, voir les marées… Le grand luxe quoi !

On a le monde entier en carte nautique sur le disque dur. Non, correctif : on avait !

Donc, si j’ai un petit conseil à donner, c’est d’avoir tout de même quelques cartes papier à bord… Juste au cas où vous tomberiez sur quelqu’un comme moi !

Et puis aussi, le logiciel, faut pas l’acheter. Faut se servir de radio ponton…

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 09° 21' S - 132° 00' W


10 avril 2006

3 juin 2004 - Que d’eau

pizzaAujourd’hui, on a changé de côté de carte.

Quand j’ai fait le point, on avait 3 800 mètres d’eau sous nos pieds.

En fait, pour nous, le trajet le plus court pour rejoindre la terre, c’est en coulant.

On est pas des petits branleurs, on choisira pas la solution de facilité !

Pour fêter ça, j’ai fait une pizza !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises
07° 45' S - 124° 46' W

07 avril 2006

Tour du monde : Préparation au voyage

J'ai décidé de créer cette rubrique spécialement pour Maake.

Maake et son amoureux, pour ceux qui suivent pas, sont les heureux parents d'un joli voilier de 10 mètres en acier. Ils comptent découvrir le monde à bord de leur petite merveille.

J'ai donc crée la rubrique "Préparation au voyage" pour lui donner les petits trucs et astuces que j'ai glané sur la route. Je n'ai jamais eu de voilier à moi, donc j'aimerais faire de cette rubrique un espace d'échange dans lequel chacun puisse donner des petits conseils aux futurs ou actuels globe-flotteurs.

2951446411.08.lzzzzzzzEn prems, pour rêver et préparer le voyage, je conseille le livre de Jimmy Cornell, Routes de Grandes Croisières.

Il donne toutes les informations vitales : saison, climat, démarches administratives, way point. C'est LA BIBLE à avoir à bord. Jimmy Cornell propose des itinéraires types, signale les saisons cycloniques, mets en garde contre les zones à risque.

Si j'ai un conseil à donner, c'est celui de ne pas hésiter à voir un peu large au niveau des temps d'escale. Perso, je passerais volontier 1 an aux antilles, 2 ans dans le Pacifique. Mes parents se font la Méditerranée en 5 ans. Alors un tour du monde en 3, ça me semble short.

Voilà, la prochaine fois, je vous parlerais des cartes marines...

Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E

04 avril 2006

2 juin 2004 - Didi de Schtroumpf

Rectificatif : la nuit a été courte, très courte !

Donc, évidemment, vu que j’ai TOUJOURS raison, quand l’autre nuisible est venu me réveiller à la demande de Michel, on avait 27 nœuds de vent, il était trois heures du mat et le bateau partait régulièrement au lof. Patrick n’avait pas alerté Michel avant sa prise de quart et la situation avait eu bien le temps de dégénérer… Bref, c’était la cata.

J’ai enfilé le harnais, mis les gants et je suis sortie à toute vitesse. La mer s’était encore creusée et à chaque fois qu’Aramis descendait les vagues, il prenait de l’angle en s’appuyant sur ses bouchains tribords. En gros, on partait à moitié au tas par la droite toutes les 20 secondes !

Ben la voilà, la super manœuvre d’affalage, de nuit, par 30 nœuds ! BONHEUR ! Putain, quand je pense qu’a Paname, y’en a qui m’ont demandé si j’allais pas m’emmerder à rester enfermé comme ça dans un si petit espace.

Vous savez quoi les gars, pas du tout !

D’autant plus que Michel s’était mis dans la tête de nous faire exécuter une manœuvre bien à lui dont il a apparemment le secret puisqu’elle ne figure dans aucun manuel de voile connu (on la trouve peut-être dans les bêtisiers, faudra que je vérifie). Et là, je vais vous laisser savourer le truc : le spi étant équipé d’une chaussette, le mieux, c’est de l’étouffer sans dérouler le génois.

je laisse les voileux se bidonner tranquilou et j’explique aux autres

chaussette1La chaussette, c’est ce truc là.

Mais même à vous, petits amis virtuels néophytes de la voile, il ne vous aura pas échappé qu’avec 30 nœuds de vent dans le gros machin, espérer réussir à l’enfermer dans ce tout petit espace, c’est du délire.

L’astuce la plus communément admise consiste donc à dérouler le petit/moyen machin (le génois ou foc), masquant ainsi le gros machin du vent. Y’a plus de vent dans le gros machin, on l’étouffe, on le range et hop au dodo.

Et bah là, non.

indestructibles_1_On va le laisser bien plein de vent. Bien violent avec une force de 500 kg sur chaque point d'écoute et on va appeler les Indestructibles pour faire le boulot.

T'as raison coco ! Sauf que pour la distribution, tu repasseras parce que Madame Indestructible, c'est pas moi ! Et encore moi Le Vieux.

Nous voilà parti pour mettre en oeuvre l'infaillible méthode du chef ! On choque l’écoute qui tiens le spi sur le côté et il se met à battre comme un fou dans la forte brise. L’écoute elle-même traverse le pont régulièrement à toute vitesse, imprévisible et incontrôlable.

Le temps que le gros machin soit étouffé par la chaussette sur laquelle Michel tire comme un boeuf (avec la même efficacité que Chirac pour ramener la paix sociale vendredi soir), le nuisible se paie deux fois l'écoute en pleine pêche et nous mets du sang partout (même méthodes de bourrin, même résultats ! Y'a d'la cohérence !).

didi1Moi, bilan des courses et malgré les gants, j’ai des doigts de Schtroumpf. Y zon été tout crabouillé !

Je le prouve (et j'envoie l'image à mon avocat !).

Je me passe de commentaire, aide Michel à remettre de l'ordre et à installer le génois, soigne Patrick, et retourne dormir le peu de temps qu’il me reste avant mon quart.

Michel : la chienlit, c’est aussi lui !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 25' S - 122° 02' W

02 avril 2006

1er juin 2004 - Les ners à vif

Les dauphins n’étaient pas venus pour me consoler. J’en suis maintenant convaincue. Ils étaient annonciateurs d’un coup de vent.

Depuis le rituel du bain ce matin, le bidule électronique qui mesure le vent n’a fait que monter (anémomètre)… et le bordel à pression descendre (baromètre). Michel a profité de cette belle brise pour hisser le spi (communément appelé « gros machin »). Super !

spi

Aramis part en surf sur la longue houle du Pacifique, toutes voiles dehors. On fait des pointes à 10 nœuds (vous affolez pas, vous nous doubleriez en roller ! 10 nœuds, c’est que 18,56 km/h). N’empêche, on prend notre pied.

La journée se passe et on avale les miles. La progression sur la carte est nette ! Moi aussi, j’adore sortir le gros machin ! Même si je suis une fille ! On a cette sensation de puissance très particulière, l’adrénaline qui monte, le sentiment de toucher du doigt la perfection. Un voilier sous spi est comme un albatros en vol, privez le voilier du vent et de ses voiles, et il devient gauche, maladroit… Il perd toute grâce.

La journée se passe et le vent monte toujours. Le baro a chuté de 5 hPa en quelques heures. Ça sent très très mauvais. J’insiste auprès de Michel pour qu’on affale le spi avant la tombée de la nuit. Il refuse de m’écouter.

barometre1Sauf que voilà, après manger, une fois le soleil couché, son entêtement devient dangereux. On a déjà 18 nœuds de vent réel et ça va continuer à monter. Michel s’obstine dans son idée :

« Le vent monte à la tombée de la nuit ! C'est provisoire. Une brise thermique ! ».

La tension monte surtout ici, c'est moi qui vous le dit. Je rassemble le peu de chacras ouverts qu'il me reste et expose mes arguments :

- on est à la limite d’être surtoilé ;
- on est que 3 ;
- la nuit tombe ;
- le baro n’a fait que descendre, ce n’est pas une brise thermique mais belle et bien du vent engendré par la baisse de pression.

vent1Michel me traite avec ce mépris propre à certains marins qui seuls maître à bord n’entendent pas recevoir de leçon d’une fille, et d’une gamine qui plus est.
CONNARD, À MON ÂGE, HELEN MAC ARTHUR FAIT LA UNE DE TOUS LES JOURNEAUX !

« Puisque tu insistes sur ton rôle et tes responsabilités de chef de bord, Michel, je tiens à te dire que je considère comme une erreur de ta part de te mettre par négligence dans une position ou tu devras demander à ton équipage d’aller manœuvrer de nuit sur la plage avant une voile en surpuissance par 25 nœuds de vent. Sur ce, bonne nuit ! »

Ma tirade ne change rien à rien, mais elle me soulage !

Je monte prendre mon quart. J’ai enfilé un harnais. Cette nuit, on ne joue plus ! Au fil des heures, et à mesure que le vent monte, je procède aux réglages visant à soulager le gréement. Je choque le hale bas de grand voile pour laisser le vent s’en échapper et perdre de la puissance. Je bride le guindant du spi autant que je peux pour l’aplatir. Lorsque je réveille Patrick pour qu’il prenne son quart à minuit, le pilote automatique commence à peiner. Je sens que la houle se creuse et que la mer se forme.

Avant d’aller me coucher, je donne des consignes au nuisible qui ne m’écoute que d’une oreille. Allongée dans ma couchette, je fais moins la fière. Le boulet, rappelons-le, a une expérience nautique qui se limite aux cargos de la marine marchande. Autant dire que les grands draps qu’on pend sur le pylône, il voit pas trop comment ça marche.

J’ai bien vu qu’il ne prêtait aucune attention à mes recommandations. Si le bateau part au lof sur l’effet d’une survente, il ne saura que faire et on risque de se retrouver cul par dessus tête. Je lui ai répété au moins 5 ou 6 fois : tu choques le hale bas en grand, tu choques l’écoute de spi en grand (tu vois, la rouge, là ! et la verte là !). Il m’a viré en me disant d’arrêter de faire la maligne, qu’il savait ce qu’il faisait.

Tu parles… Il a au moins consenti à réveiller Michel si le vent passait les 25 nœuds.

La nuit va être longue…

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 09' S - 119° 33' W

22 mars 2006

1er juin 2004 - Histoire d'O

L’Ovni est équipé d’une jupe arrière spacieuse et confortable. Après le petit-déjeuner, je tends un paréo sur les filières du balcon arrière pour m’offrir un semblant d’intimité. La jupe arrière devient mon havre, mon espace détente.

J’ai placé dans un seau mon savon et mon shampoing, un gants de toilette, de la crème pour le corps, des lunettes de soleil et un bouquin. Le rituel est immuable. Je commence par placer mes affaires en sécurité dans le cockpit tout en les gardant à porter de main.

Aujourd’hui, le vent est monté et Aramis, en partant au surf, traîne un peu son cul dans l’eau. De gros remous cernent alors mon solarium et viennent parfois lécher mes orteils. Aujourd’hui, je décide de nouer une aussière autour de ma taille et de la frapper sur un taquet arrière avant de descendre sur la jupe. Mieux vaut un petit clic qu’un gros plouf, comme on dit.

mer1

Vous devez penser qu’il n’y a rien de plus trivial que de prendre de l’eau de mer armé d’un seau, et bien détrompez-vous. Petite, des adultes me racontaient des histoires affreuses de marins qui étaient passés à la mer en se prêtant à cet exercice. Le poids du seau, son inertie, la vitesse du bateau, l’équilibre précaire d’un corps à peine sorti des bras de Morphée… Tout tend à faire de vous un Tarbarly bis.

Je vais vous livrer mon petit secret : juste au bord de la jupe, dans le sillage du bateau, il y a comme un espace mort. À cet endroit précis, la vitesse ne se fait pas sentir et il est aussi facile de recueillir un seau d’eau que lorsqu’on est au mouillage. Je ne sais pas si on doit ça à Newton ou à Andromède, de toute façon on s’en fout !

Pour les novices, on se lave et on se rince entièrement à l’eau de mer. Je conseille les gels douche Usuhaïa qui moussent même à l’eau de mer ou le savon estampé « spécial eau de mer ». Personnellement, j’utilise un savon dermo-protecteur sans savon que j’ai un mal de chien à rincer donc : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Le gant de toilette, c’est pratique, ça permet de frotter pour éliminer les couches de crème solaire accumulées. On peut alors avoir une petite idée de la couleur de sa carnation.

ATTENTION :
Le shampoing ne mousse pas à l’eau de mer. Il est suicidaire – et le mot n’est pas trop fort – de tenter de se laver les cheveux sans les avoir mouillés à l’eau douce. Le soucis d’économie qui nous animerais nous conduirais à utiliser beaucoup trop de shampoing et à être dans l’incapacité de procéder à un rinçage correct… La catastrophe !

Après le lavage, j’aime particulièrement m’auto-balancer de grands seaux d’eau sur la tête. Ça rafraîchi, ça réveille, ça fait du bien. L’eau glisse le long de mon corps et sa fraîcheur ne rend que plus douce la caresse du soleil. Je suis du genre à pouvoir rêvasser pendant des heures en regardant les dessins que fait la mousse de savon en s’écoulant. Après m’être rincé à l’eau douce avec la petite douchette du bord, je lézarde nue au soleil en bouquinant une histoire polynésienne (aujourd’hui, c’est Melville qui m’accompagne).

caramel2De son corps bronzé tout entier
sans la trace du maillot
La doudou n’en porte jamais,
elle dit « ce truc idiot, c’est bon pour les cageots »…

J’aime ta couleur café…

Moi, c’est « caramel au beurre salé ».

NB – De temps en temps, je prends le vieux en flagrant délit de tentative de matage. Déjà qu’il était aigri, le voilà frustré ! bien fait ! Il aurait dû être gentil avec Angel Skin!

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 09' S - 119° 33' W