Le pays imaginaire de Defy

Lorsque j’ai réalisé que j’allais avoir 30 ans, ça m’a fait comme un choc. J’ai décidé de changer de vie. Radicalement. Je me suis débarrassé de mon boulot pour traverser le Pacifique à la voile. Ce blog est mon carnet de bord.

22 mars 2006

1er juin 2004 - Histoire d'O

L’Ovni est équipé d’une jupe arrière spacieuse et confortable. Après le petit-déjeuner, je tends un paréo sur les filières du balcon arrière pour m’offrir un semblant d’intimité. La jupe arrière devient mon havre, mon espace détente.

J’ai placé dans un seau mon savon et mon shampoing, un gants de toilette, de la crème pour le corps, des lunettes de soleil et un bouquin. Le rituel est immuable. Je commence par placer mes affaires en sécurité dans le cockpit tout en les gardant à porter de main.

Aujourd’hui, le vent est monté et Aramis, en partant au surf, traîne un peu son cul dans l’eau. De gros remous cernent alors mon solarium et viennent parfois lécher mes orteils. Aujourd’hui, je décide de nouer une aussière autour de ma taille et de la frapper sur un taquet arrière avant de descendre sur la jupe. Mieux vaut un petit clic qu’un gros plouf, comme on dit.

mer1

Vous devez penser qu’il n’y a rien de plus trivial que de prendre de l’eau de mer armé d’un seau, et bien détrompez-vous. Petite, des adultes me racontaient des histoires affreuses de marins qui étaient passés à la mer en se prêtant à cet exercice. Le poids du seau, son inertie, la vitesse du bateau, l’équilibre précaire d’un corps à peine sorti des bras de Morphée… Tout tend à faire de vous un Tarbarly bis.

Je vais vous livrer mon petit secret : juste au bord de la jupe, dans le sillage du bateau, il y a comme un espace mort. À cet endroit précis, la vitesse ne se fait pas sentir et il est aussi facile de recueillir un seau d’eau que lorsqu’on est au mouillage. Je ne sais pas si on doit ça à Newton ou à Andromède, de toute façon on s’en fout !

Pour les novices, on se lave et on se rince entièrement à l’eau de mer. Je conseille les gels douche Usuhaïa qui moussent même à l’eau de mer ou le savon estampé « spécial eau de mer ». Personnellement, j’utilise un savon dermo-protecteur sans savon que j’ai un mal de chien à rincer donc : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Le gant de toilette, c’est pratique, ça permet de frotter pour éliminer les couches de crème solaire accumulées. On peut alors avoir une petite idée de la couleur de sa carnation.

ATTENTION :
Le shampoing ne mousse pas à l’eau de mer. Il est suicidaire – et le mot n’est pas trop fort – de tenter de se laver les cheveux sans les avoir mouillés à l’eau douce. Le soucis d’économie qui nous animerais nous conduirais à utiliser beaucoup trop de shampoing et à être dans l’incapacité de procéder à un rinçage correct… La catastrophe !

Après le lavage, j’aime particulièrement m’auto-balancer de grands seaux d’eau sur la tête. Ça rafraîchi, ça réveille, ça fait du bien. L’eau glisse le long de mon corps et sa fraîcheur ne rend que plus douce la caresse du soleil. Je suis du genre à pouvoir rêvasser pendant des heures en regardant les dessins que fait la mousse de savon en s’écoulant. Après m’être rincé à l’eau douce avec la petite douchette du bord, je lézarde nue au soleil en bouquinant une histoire polynésienne (aujourd’hui, c’est Melville qui m’accompagne).

caramel2De son corps bronzé tout entier
sans la trace du maillot
La doudou n’en porte jamais,
elle dit « ce truc idiot, c’est bon pour les cageots »…

J’aime ta couleur café…

Moi, c’est « caramel au beurre salé ».

NB – De temps en temps, je prends le vieux en flagrant délit de tentative de matage. Déjà qu’il était aigri, le voilà frustré ! bien fait ! Il aurait dû être gentil avec Angel Skin!

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 09' S - 119° 33' W

Posté par Defy à 08:50 - 06 - Voyage - Vers les Marquises - Commentaires [7] - Permalien [#]


21 mars 2006

Defy à pfffoil

Il y a une question qui brûle toutes les lèvres dès lors qu’une fille parle de circumnavigation :

« Et pour l’hygiène, tu fais comment ? »

Sous-entendu :

« Cette grosse dégueulasse, elle s’est pas lavé pendant 3 mois ! »

Ce qui m’étonne, moi, c’est que quand un aventurier en possession d’une paire de couilles part ramer autour du monde ou crapahuter en traîneau, personne ne se demande comment il fait pour conserver un semblant d’hygiène intime.

Bref… Réponse demain !

Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E

Posté par Defy à 20:03 - C'est dans l'air... - Commentaires [6] - Permalien [#]

20 mars 2006

Verre sur verre, tout éclaire

Alors je peux concevoir que ce blog paraisse un peu schizophrène.

Comment peut-on à la fois bosser dans la comm avec La Sorcière Blanche et Rastignac ici…

paname

Et pêcher des mérous en s’enduisant de monoï là?

manihi1

Et bien que neni ! Car j’ai réponse à tout. Coton Tige, ouvre grand tes esgourdes : le voyage c’était en 2004, mais j’ai quand même ma vie de 2006, et même si mon blog a été crée essentiellement pour raconter mes aventures polynésiennes (et oui, je sais, on n’y est pas encore, mais ça arrive !), je m’égare parfois à parler de Defy au présent.

Defy qui a une vie bien moins dépaysante, mais vous l’aurez tous compris, est rentrée pour gagner des noisettes suite aux pressions de l’écureuil (ma banque). Elle y trouve son compte avec ses amis, ses amours et ses emmerdes, mais comme elle est un tantinet pudique, il lui est plus facile de s’épancher sur un passé révolu.

Qui plus est, allez savoir pourquoi, je me plais à croire que vous vous passionnerez plus pour mon excursion en brousse à Hiva Oa, quand slalomant entre les banians, sur les vestiges d’un marae, je suis tombé nez à nez avec un tiki que pour ma dernière visite au salon de l’auto porte de Versailles…

Allez savoir…

Ici et ailleurs


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14 mars 2006

Du côté obscur

Ben voilà !

Je suis du côté obscur de la force.

dark_vador

Vous vous en foutez !

Et bien réfléchissez un peu à ça : faute de me remonter le moral, vous ne verrez jamais les Marquises, vous n'apprendrez pas à faire le lait de coco, vous ne nagerez jamais au milieu des requins pointes noire dans un atoll perdu des tuamotu, vous ne connaîtrez jamais l'amour, vous n'apprendrez jamais à chassez le coq sauvage, vous ne rencontrerez jamais Belle, vous ne saurez jamais qu'on peut manger de la papaye verte, vous ne manquerez pas périr en bimoteur...

La loose !

Au fond des abysses, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E

Posté par Defy à 20:23 - C'est dans l'air... - Commentaires [1] - Permalien [#]

09 mars 2006

31 mai 2004 – Quand Flipper rencontre Bénabar

Aujourd’hui, j’ai eu un monstrueux coup de cafard... Ironie du sort après les avoir exterminés.

Michel et Patrick se sont encore engueulés. Ce proprio est un tyran et le p’tit vieux un sournois.

Michel a mis au point la version nautique de la torture de la goutte d’eau.

Patrick dort juste au-dessus du groupe électrogène. Or, puisque nous naviguons exclusivement à la voile et que nous n’avons pas de panneaux solaires, nous n’avons d’autre solution pour alimenter les batteries que de brancher ce groupe une heure par jour. Michel allume donc systématiquement le groupe au moment où Patrick fait la sieste.

Il a aussi décidé que le petit déj. devait être prit en commun, les repas étant des moments privilégiés de partage et d’échange. Il met donc l’eau à chauffer dans la bouilloire et la laisse siffler jusqu’à ce que l’ensemble de son équipage soit rassemblé dans le carré auprès de l’autorité suprême à bord : lui-même.

Mais là, j’y ai mis le holà.

Je venais de faire le quart minuit-trois heures. Je suis sortie de ma cabine, fumasse d’avoir été réveillé, je me suis saisie de l’affreuse et je suis sortie en quatrième vitesse dans le cockpit. Le bras tendu au-dessus du Pacifique, j’ai grogné à Michel : « tu te passe de moi le matin au p’tit déj, ou tu te passe de thé ! ».

Ben, on a plus été emmerdé !

J’ai pleuré pendant plus d’une heure assise sur le balcon avant. Là, assise avec les pieds dans le vide, tournant le dos au bateau et à ces deux cons (parce que n’oublions pas que Patrick est un sale con), j’ai laissé s’écouler mes peines et mes rancoeurs. Et j’ai pris la décision de débarquer aux Marquises. Bénabar m’a accompagné, et quand le CD s’est terminé, j’ai vu apparaître dans l’étrave un, puis deux, puis des dizaines de marsouins. Ils nous ont accompagné jusqu’au couché du soleil.

Je me suis dit qu’ils étaient venus pour moi… Pour me consoler.

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 18' S - 117° 24' W

Posté par Defy à 10:47 - 06 - Voyage - Vers les Marquises - Commentaires [3] - Permalien [#]

07 mars 2006

30 mai 2004 – Extermination totale, pas de prisonniers

Cette nuit, je suis tombé sur ça qui crapahutait sur la table à carte.

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Euh, non, pardon, sur ça.

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C’EST LA GUERRE ! ! !

berkJ’ai horreur de ces trucs, c’est phobique. On en voit un, c’est qu’ils sont des centaines. Des centaines à se balader la nuit, à ramper, à s’insinuer partout, et pourquoi pas jusque dans ma couchette, pourquoi pas jusque sur moi pendant mon sommeil… Berk ! ! !

Je suis une fille. Donc, j’en parle aux gars pour qu’ils me sauvent ! Mais les gars sont encore plus dégoûtés que moi. Je donc suis nommée exterminatrice en chef.

Je me suis équipée à Paris au BHV d’une arme chimique de destruction totale (que j’ai fait passer en fraude aux States en faisant escale à Miami !).

C’est une seringue contenant un poison mortel. Les cafards sont friands de cette pâte et se jettent dessus pour s’en régaler. Mais ce poisson n’agit qu’au bout d’un certain temps. Imaginez :

Le beettle, après s’être bâfré comme un gros dégueulasse, rentre voir moumoune au nid. Un petit coup vite fait pour perpétuer sa descendance, et au plumard. Mais pendant son sommeil diurne, il est saisi de convulsions. Douleur atroce ! Il se tord de douleur. Ses râles attirent la meute. Un rictus aux mandibules, il tombe raide mort.

Et là, sa petite famille, qu’est-ce qu’elle fait ?

Elle le bouffe !

Et s’empoisonne illico !

Mon plan est diabolique ! ! !

guerre

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 03' S - 114° 49' W

Posté par Defy à 22:08 - 06 - Voyage - Vers les Marquises - Commentaires [1] - Permalien [#]

02 mars 2006

29 mai 2004 - Fuckin’ Bananas

babanes1On a acheté deux régimes de bananes à Joseph au Galápagos. Deux régimes pour trois.

J’en

peux

plus

des

bananes

! ! !

- Banane-céréales-lait le matin au t’it déj.
- Banane à 10 heures au goûter.
- Mousse de bananes à midi.
- Milk shake de bananes à quatre heure.
- Bananes frites à l’apéro.
- Bananes flambées le soir.
- Une t’ite banane pendant la nuit pour te donner du cœur à l’ouvrage.

STOP ! ! !

Évidemment, pendant les 3 premiers jours, on a été peinard. On avait dispersé nos bananes bien vertes un peu partout : dehors accrochées au bimini sur bâbord et tribord, et à l’intérieur pendues dans la coursive. Ce sont les babanes bimini bâbord qui ont commencé à mûrir en premier. Celles côté Sud ! Et à partir de ce moment, ça a été l’escalade. Coursive, bâbord, tribord, on ne savait plus comment s'en débarasser...

Nous nous sommes mis à consommer des bananes à tout va. 4 bananes x 3 marins = 12 bananes jour ! Et on n’était pas assez rapides.

La banane est aux Galápagos ce que sont les noix de coco à Las Perlas (on en a toujours dans les coffres de celles-là !). On a eu les yeux plus gros que le ventre comme dirait mamie ! C'est payé, faut manger !

Je rêve d'une côte à l'os au roquefort...

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Le saviez vous ?

bananes2

En premier apparaît la fleur de bananier. Elle pousse, croit et grandit. Autour de la tige qui la relie à son arbre se développent des excroissances : les futures bananes. Lorsque le régime atteint une taille raisonnable, on coupe la fleur de bananier. Le bananier ne nourrit plus que le régime. Les bananes, un peu anguleuses, s’arrondissent alors pour atteindre leur maturité. On peut ainsi décider plus ou moins de quand on récoltera les fruits.

palace

Le professeur Defy a toujours quelque chose à dire !

Ça c’est Palace !

Pacifique, entre deux bananes, 07° 02' S - 112° 11' W

Posté par Defy à 10:13 - 06 - Voyage - Vers les Marquises - Commentaires [6] - Permalien [#]
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