Le pays imaginaire de Defy

Lorsque j’ai réalisé que j’allais avoir 30 ans, ça m’a fait comme un choc. J’ai décidé de changer de vie. Radicalement. Je me suis débarrassé de mon boulot pour traverser le Pacifique à la voile. Ce blog est mon carnet de bord.

28 février 2006

27 mai 2004 : Le matin, le soleil se lève et cébô

Bon anniversaire Karine. J’ai 30 ans et demi, elle 32. Je pense à toi ce matin en prenant mon quart à 3 heures. C’est le quart du lever du soleil et je me fais une petite bouffée de nostalgie en me remémorant notre enfance, nos jeux et les bougies soufflées ensemble. Aujourd’hui, tu vas probablement souffler tes bougies entourée de tes trois minots, et moi, je suis au milieu du Pacifique parce que la vie est courte, que je suis pressée d’en profiter pleinement. Parce que j’ai peur des regrets et de l’amour qui attache et déchire le cœur.

Il est bien beau ton lever de soleil. Dans le sillage du bateau puisque nous faisons route plein Ouest. Les poussières d’étoiles qui naissent du plancton phosphorescent brassé par la quille d’Aramis s’estompent alors que naît sur l’horizon une bande orangée.

Le ciel perd sa robe bleue noire pailletée d’étoile pour prendre une nuance outremer qui va s’éclaircissant vers l’Est.

Puis les cumulus se teintent de blanc. Les nuages d’altitude, eux, restent gris. C’est le moment ou jamais de sortir ses cours de météo. Mais le spectacle l’emporte. Le ciel blanchit, l’orangé de l’horizon passe par des dégradés safran, puis jaune citron avant de se fondre dans le blanc. C’est le jour qui se lève.

soleil1

La nature fait une pause avant le 2e acte. Elle prend une respiration avant de se lancer dans sa grande prestation. À l’Est, une lueur rouge vermillon apparaît. C’est le 2e effet kiss-cool. Les couleurs sont difficiles à décrire car elles sont incroyablement pures et lumineuses. Rien à voir avec le coucher du soleil qui marque bien la fin d’un cycle par des nuances teintées de sombre. Là, c’est la naissance et la lumière qui dominent.

Cette fois, ce n’est pas une bande qui nimbe l’horizon. C’est une boule de feu qui rayonne, changeant de robe dans son ascension : rouge vermillon, raja, orangé, safran et enfin, le voilà… Il a percé la bande nuageuse qui le retenait sur l’horizon et apparaît dans sa plénitude dorée.

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Le monde s’emplit déjà des couleurs du jour, les nuages se teintent de délicates nuances de rose.
La fatigue de la nuit s’envole et je m’emplie d’une nouvelle énergie. Il est 7h20 à ma montre et la journée commence.
C’est ton soleil Karine, qui va accompagner ma journée et je te l’offre en attendant de pouvoir te fêter tes 32 ans.

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Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 06° 20' S - 106° 56' W

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26 février 2006

26 mai 2004 - L'offrande de Neptune

Les tensions s’apaisent avec la mer. Nous avons trouvé les alizés et quittés la zone orageuse dans laquelle nous galérions depuis le départ des Galápagos.

grand_largueMais le vent n’est pas encore complètement constant. Là, par exemple, ça adonne (le vent vient plus de derrière).

Et ça fait chier parce que le bateau, au grand largue, il est mal. Pour les néophytes, le vent n’appuie pas franchement sur un côté des voiles. Du coup, elles claquent et battent à chaque mouvement de houle. On risque ce qu’on appelle un empannage. Le vent prend les voiles à contre. La bôme balaye le pont avec violence, passant de bâbord à tribord.

Outre le risque humain (si par exemple tu laisses traîner ta tête sur sa trajectoire à ce moment-là, t’as plus trop de soucis à te faire pour tes points de retraite), cette manœuvre intempestive pourrait abîmer le gréement.

de_matageOn a vu des voiliers démâter au cours d’un empannage ! La GV claque. C’est usant pour les nerfs. On a mis en place un frein de baume, qui maintient la bôme sur bâbord en cas d’empannage. Ça limite le risque humain.

Il faut tangonner le génois pour le maintenir gonflé. Et en nav’ de nuit, quand on est 3, c’est une option à éviter. Si la voile prend à contre et qu’on n’est pas assez rapide, le tangon pourrait plier et faire de la casse. On décide donc de perdre en cap durant la nuit pour maintenir un angle vent-voiles plus confortable.

Bref, même si on a plus de grains, on a encore du boulot.

calamarCôté pêche, on attrape de petites dorades. Au début, à 7 nœuds, on les perdait toutes.

Devant notre détresse, des calamars se sont sentis dans l’obligation de monter à bord durant la nuit. S’échouant sur le roof probablement suite aux consignes intraitables de Neptune, ils se sacrifiaient, nous offrant ainsi notre ration quotidienne de protéines (et puis, qu’est-ce que c’est bon les calamars à la plancha !).

Chaque matin, je fais ma petite récolte ! Arrivé aux Marquises, nombreux seront les navigateurs à avoir fait des orgies de poissons volants, mais nous serons les seuls à avoir déguster des calamars à la plancha !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 05° 50' S - 104° 02' W

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22 février 2006

23 mai 2004 : La Boulangère et la mer

Rien de spécial à raconter pour ces premiers jours de traversée si ce n’est que je renoue avec les plaisirs de la haute mer. Et que la cohabitation se passe plutôt bien malgré la séance de jeudi dernier lors du départ. C’était Hiroshima ! Je vous ai dit ! ! ! Je suis montée en pression et ai eu une prise de bec terrible avec Michel qui refusait de faire demi-tour pour me laisser débarquer, arguant du fait que j’avais des engagements vis-à-vis de lui et que je devais accompagner Aramis jusqu’aux Marquises. Voyant que le conflit ne mènerait à rien, j’avais cédé, lui annonçant que je ne lui donnerais plus un rond pour le voyage. Mais voilà, je me demande bien qui me prendra à son bord aux Marquises une fois la grande traversée effectuée. La navigation se limitera à des petites distances qui ne nécessiteront pas d’équipier en renfort. Et puis j’ai horreur de me sentir prise au piège, manipulée comme ça !

Je suis incroyablement déçue et épuisée d’avoir assumé pendant deux jours et deux nuits les quarts de Michel en plus des miens. Cela signifiait pour mois 6 heures de veille non-stop interrompues par 3 heures d’un repos très relatif, le bateau étant confié à Patrick dont l’incompétence crasse ne me permet pas de me laisser aller à un sommeil profond. Depuis que Michel a repris son poste à ma demande, je passe l’essentiel de mon temps à dormir. Je le soupçonne de m’avoir joué le malade imaginaire, l’ayant surpris à plusieurs reprise à se déplacer sans effort et à faire des mouvements qu’un dos blessé n’aurait pas dû lui permettre. Mais je refuse de me laisser aller dans la voie de la paranoïa et du ressentiment, ça me gâcherait ma traversée.

Côté nautique, nous passons beaucoup de temps à manœuvrer. Le Pacifique est surprenant, changeant aussi vite d’humeur que la Méditerranée. Le vent passe sans prévenir de 10 à 25 nœuds et peut tout aussi bien varier de 40° dans la même journée. Pour l’instant, à une latitude de 04°27’ Sud, les alizés ne sont pas établis. Les pilot charts nous promettent une situation plus stable vers le 05° Sud.

Entre deux dodo – n’importe quand, à n’importe quelle heure, revirement total pour quelqu’un qui souffre épisodiquement d’insomnies –, je me lance dans l’apprentissage de la boulangerie.

C’est loin d’être trivial. C’est un art, je le savais. J’ai toujours trouvé que le pain ne souffrait pas la médiocrité. On peut moyennement réussir un gâteau mais le pain… La sentence est toujours sans appel !

Le four au gaz, monté sur cardans, essaie constamment de me mordre et j’ai les poignés marqué par deux brûlures fruit de nos combats. Le Pacifique ne m’aide pas. Toujours aussi cyclothymique, il s’est gonflé depuis notre départ d’une longue houle de 2 mètres.

J’ai mis au point une procédure :

petrissage levee cuisson

1 – Dans un verre d’eau à température ambiante (27°), tu verses une cuillère à café de levure de boulangerie et une pincée de sucre. Tu touille. Calle le verre à cause des coups de gîte qui pourraient le renverser et passe à l’étape 2.

2 – Tu sors ton lecteur CD (ou MP3 si t’es djeunes, riche et chébran). Tu te choisis de la bonne zique qui bouge, tu calle le lecteur dans sa ceinture et tu mets en place les écouteurs.

3 – Sors la farine du coffre (attention les doigts… c’te galère à chaque fois de maintenir le couvercle et le coussin pendant qu’on chope un truc sans pour autant se laisser déséquilibrer par les coups de gîte ! ! !) et verse-la dans un saladier avant de caller le paquet (perso pour un vrai plan galère, je conseille plutôt de renverser la semoule de couscous, qui présente le double avantage de se répandre dans tout l’habitacle et de gonfler et coller dans les petits recoins humide… hum ! que du bonheur !). Ne pas oublier de saler ! Ta mémé a suivi un régime sans sel ? T’as goûté son pain sans sel ? Alors je peux être tranquille, t’oublieras pas de saler le tien !

4 – Appuie sur play. Attention, à partir de maintenant tu ne peux plus toucher à rien sans l’embrener.

aluo455_saloon5 – Prends le verre. Le mélange doit avoir fermenté et gonflé. Eau trop chaude, les enzymes meurent, eau trop froide, elles ne se développent pas. Verse le contenu sur la farine et commence à pétrir.

6 – Pétrir jusqu’à la chanson 7 (30 minutes). Le mouvement consiste à écraser le boudin de pâte avec le gras de la paume de la main et à le ramener en boudin avec les doigts. La pâte ne doit pas coller (trop d’eau) et être néanmoins élastique (sinon pas assez d’eau). Pour les réglages, il faut saupoudrer de farine ou humidifier avec un peu d’eau. Plus on pétrie et plus la pâte se ramollit et gagne en élasticité.

7 – Fais de ta pâte une jolie boule (ou un boudin) et mets-là à reposer et à lever au-dessus du four en la recouvrant d’un torchon (propre, c’est mieux). Allume le four.

8 – Faire une leçon d’Italien + les exercices (40 minutes) et aller inspecter la pâte. Elle doit avoir gonflé. Goûte la pâte. Ajoute du sel au besoin. C’est le moment d’incorporer de l’huile d’olive si ça te tente – moi j’adore mais d’aucun crieraient à l’hérésie – sans trop pétrir pour ne pas trop chasser l’air né lorsque la pâte a levé. Enfin, avec un couteau, zèbre ta boule de pain afin qu’elle lève vers le haut. Esthètes, badigeonnez-là de jaune d’œuf.

cuisine9 – Instant de vérité, tu enfournes ta boule de pâte posée sur une feuille d’aluminium. Attention, c'est très chaud et je te rappelle que le bateau bouge, à cause que l'eau en dessous, c'est pas stable. Tu devrais laisser la biafine à poste. Tu en auras besoin pour ta deuxième brûlure lorsque tu sortiras le pain du four. Certains mettent la pâte dans un moule. Je ne vois pas l’intérêt, mais c’est lié au fait que j’aime la croûte croustillante.

10 – Il faut laisser cuire. Le temps de cuisson est variable alors le mieux c’est de surveiller la première fois pour connaître son four. L’idée, c’est que ça met un peu de temps à cuire, mais que par contre, on bascule très vite dans le trop cuit. Et trop cuit, c’est sec dès le lendemain. Faut tenter diverses méthodes et températures de four. Le nôtre, je le mettais sur feu moyen/fort et cuisson de 30 à 40 minutes. Si on aime une croûte épaisse, il faut baisser le feu.

Allez, à toi ! Il y a plus qu’à !

Nous, là, c’est l’apéro. Planteur et bananes plantains frites !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 04° 19' S - 96° 25' W

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16 février 2006

20 mai 2004 : Enlevée par un Ovni

Carénage dans la mer émeraude à 24 degrés des Galápagos. Il faut en profiter avant d’avoir l’impression de mariner dans sa baignoire dans les lagons des Tuamotu. Armée de ma brosse, je débarrasse Aramis de ses dernières algues. Un ovni 45 pieds, c’est très grand finalement quand on lui gratouille la coque. J’améliore mes temps d’apnée, c’est le bonheur. Malheureusement, les otaries se tiennent à l’écart.

Une fois remontée à bord, j’assiste à un bien étrange ballet. J’avais remarqué en carénant qu’un banc de poisson s’était installé à l’ombre de la coque. Et je ne suis pas la seule. Une otarie les a repérés aussi et s’en donne à cœur joie, faisant un véritable festin. Elle plonge, remonte, virevolte… Virage sur l’aile, soleil, 360, petite merveille d’hydrodynamisme, elle rassemble le banc avant de s’en repaître.

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Je n’en reverrais peut-être jamais alors je me gave les yeux du spectacle qu’elle nous offre.

Michel n’est pas au mieux de sa forme. Ses cavalcades volcaniques à la John Wayne lui ont luxé quelque chose dans le dos. Un nerf ou un muscle, on ne saura jamais. Oui mais voilà, j’ai trouvé un autre embarquement cet après-midi en allant faire le plein d’eau. À bord d’un Bénéteau 45 pieds. L’apprenant, Michel, bien que méchamment diminué, décide de prendre la mer immédiatement.

cole_reJe suis dans le carré, occupée à faire mon sac, quand j’entends le moteur se mettre en route. J’ai à peine le temps de réaliser ce qu’il se passe que l’encre est déjà relevée et Isabela derrière nous. J’ai l’impression d’être prise en otage. Je pique une colère terrible, ces colères froides pendant lesquelles je n’élève pas la voix mais qui me conduisent à des décisions définitives et expéditives. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais il me le paiera.

Il adoptera pendant 5 jours le profil humble du sage chinois dans les films de Kung-Fu. Il ne lui manque que le col Mao et les mains jointes sur la poitrine pour être la réplique d’un personnage de Tintin et le Lotus Bleu. Bien que fumasse, je le tartine de crème décontractante et lui fait ingérer divers anti-douleurs suivant les conseils du bouquin de médecine à distance du docteur Chave qui accompagne notre pharmacie. Je vais jusqu’à prendre ses quarts. Le pénible ne veut évidemment pas en entendre parler. Moi, je sais que plus vite Michel sera sur pied et mieux ça voudra. Après tout, il n’y a que lui et moi pour savoir comment ça marche, tout ce bordel.

Ça marche moyen. Touchée à mon tour (contracture liée à la houle probablement), je sors de ma pharmacie perso LE PRODUIT MIRACLE : le Nifluril en gélules.

Le docteur Robert a écrit que c’est pour les dents, mais je le détourne de sa fonction première et nous voilà miraculés. Merci à Jo, ma môman, qui m’avait convaincue d’aller consulter le médecin de famille avant de partir.

Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W

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15 février 2006

19 mai 2004 : Defy sur la lune

Après s’être reposé à l’ombre et hydraté, nous empruntons un sentier qui descend vers un autre volcan, le Boca Chica (et oui, comme le bar du même nom rue de Charonne. Allez donc y boire un pot à ma santé ce week-end).

La végétation disparaît. Le sol passe de la terre battue à la roche et enfin à un aggloméra de lave roulant sous les pieds. Le soleil est déjà haut dans le ciel, frappant violement cet univers désolé. La température croit à toute vitesse. Je ne regrette ni ma casquette ni ma chemise à manches longues.

couleur_lave1Joseph, en tête de la troupe, nous entraîne à sa suite dans l’ascension d’un des cratères en nous faisant la leçon dans un anglais que j’ai un peu de mal à saisir.

Je n’ai pas la mémoire exacte des chiffres, mais l’idée, c’est que ce volcan qui est lui à 1 600 mètres d’altitude, est entré en éruption dans les années 70. On voit très bien les anciennes coulées de lave, qui empruntent des nuances rouges et la nouvelle coulée, qui elle arbore des tons gris noir.

Le Boca Chica est composé de 4 à 5 cratères (ou bouches, je ne sais pas trop comment dire). Certains sont encore fumants, d’autres sont ornés de safran dû au souffre qui les recouvre. Dans certains, des végétaux ont déjà repoussé… La vie reprend ses droits. Il est dangereux de s’approcher des bouches. Les bords des gouffres sont fragiles et peuvent céder sous le poids d’un gentil touriste. Et la, tintin la balayette, macach walou, capout le business.

boca_chica

C’est un paysage lunaire. Les coulées de lave ont crées comme des tubes en refroidissant. La lave est extrêmement légère et emprunte toutes les nuances. Elle brille comme du mica par endroits et je ne résiste évidemment pas à en ramasser quelques échantillons pour les ramener à Paname. C'est dingue, on commence par ramasser des cailloux dans les bacs à sable et 25 ans plus tard, après une formation universitaire (courte mais intense), on garde cet instinct primitif...

vue lave1

Quand je pense que j’avais une peur maladive des volcans petite fille. Je comprends que l’on puisse concevoir une passion pour la vulcanologie. Ils sont à la fois beaux et dangereux, ce qui les rend irrésistibles !

Au retour, nous ferons la course au grand galop, moi, Maurice, Michel et une jeune fille américaine qui globe-trotte depuis six mois en Amérique Latine et qui vient terminer son périple en apothéose aux Galápagos. J’ai bien sympathisé avec elle, ce qui n’a pas manqué d’attiser la jalousie de Michel. Sa possessivité m’est devenue insupportable.

hamacPour le déjeuner, Joseph nous a réservé une surprise. Il nous conduit chez un ami à lui qui a installé au sein d’un merveilleux jardin fruitier, un restaurant en forme de maison des Barbapapas. C’est la Caverna del viejo Willy. Ça ne s’invente pas. On nous sert des jus de fruits fraîchement pressés, du poisson grillé et des légumes que je ne reconnais pas. Tout est délicieux. Un vrai petit paradis. L’après-midi s’écoule paresseusement. Joseph flirte avec moi gentiment. On fait la sieste dans les hamacs. Et si c’était des vacances ? !

Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W

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14 février 2006

19 mai 2004 : Chevauchée vers les volcans

Debout 7 heures. C’est rude ! On a rendez-vous à 8 heures au débarcadère. Joseph, notre guide nous y attend en compagnie d’autres plaisanciers dont Maurice et Lydia. On a de la chance, le ciel est bleu azur.

Joseph n’est pas guide officiel, mais il tire son épingle du jeu en marge des circuits touristiques en proposant ces services à ceux qui comme nous ne pratiquent pas le charter (globe flotteurs et globes trotteurs de tous horizons). Il n’a que 27 ans mais semble déjà faire partie des gens sur lesquels il faut compter sur l’île. C’est un bel homme à fossettes et aux yeux rieurs qui pratique une galanterie latine et une drague discrète. C’est un peu le Hughy les bons tuyaux d’Isabela.

Nous partons en pick-up truck. J’ai découvert les pick-ups en arrivant sur l’île et mon grand bonheur depuis, c’est de me faire prendre en stop. On me propose souvent de monter dans la cabine, mais j’insiste pour grimper sur la plate-forme à l’arrière. Debout et agrippée à l’habitacle, les cheveux au vent, je vois défiler le paysage et je m’enivre des odeurs et d’un sentiment de liberté intense. C’est meilleur que le grand huit. Meilleur que tous les manèges du monde !

pickupNotre pick-up est malheureusement très sophistiqué. Petits bancs et auvent…

Il nous faudra plus d’une heure de route pour traverser la coulée de lave qui a donné naissance au bord de mer, rejoindre le pied du volcan et gravir ses flans jusqu’au sommet.

Au début, la route est une terre brûlée. Mais plus on s’approche de l’objectif et plus la végétation croit, jusqu'à se transformer en brousse puis en jungle. Les arbres disparaissent sous une espèce de liane mousseuse qui les parasite et qui m’évoque les monstro-plantes.

desert

Joseph n’est pas le seul guide à avoir des clients aujourd’hui. Plusieurs 4x4 nous suivent et Joseph semble avoir la ferme intention de ne pas se faire doubler. Lorsque nous voyons le nuage de poussière soulevé par notre passage s’abattre sur nos poursuivants, nous mesurons l’intérêt d’être en tête.

Le pick-up stoppe sa course sur une esplanade. Le point de vue est impressionnant. Tout sellés, de petits chevaux à mi-chemin entre le barbe et le poney américain nous attendent. Impossible de savoir exactement comment sont nées les cheptels aux Galápagos. A priori, ce sont les Espagnols qui ont introduit les chevaux dans les îles. Mais ceux-là ne ressemblent pas aux andalous…

dadaJe les observe. J’en voudrais un jeune. J’ai des années d’équitation derrière moi et je n’ai aucun goût pour les mules endormies. Au-dessus de l’œil, les chevaux ont un creux que l’on appelle la « salière ». On peut en partie mesurer l’âge d’une monture à la profondeur de ce creux (le plus fiable, c’est les dents, mais c’est moins discret). J’inspecte leur ligne de dos, leur port de tête. Je ne me suis jamais bien entendue avec les juments (allez savoir pourquoi) et mon choix se porte sur un mâle gris truité. Je m’empare des rennes.

Je choisis les montures de Lydia, Maurice et Michel en fonction des selles. Ils n’ont pas l’habitude de monter à cheval, Lydia en a même peur, et je sélectionne de confortables selles western afin qu’ils soient bien callés et ne se blesse pas au passage des étriers.

Patrick, quant à lui, a choisi de nous suivre à pied (fait jamais rien comme tout le monde celui-là).

joseph1Joseph enfourche son fringant destrier, et nous voilà partis pour La Chevauchée fantastique.

Nous progressons sur les flans du volcan par de petits sentiers de chèvre.

Au bout d’une heure, nous arriverons devant le cratère du Sierra Negra.

C’est le 2e plus grand cratère du monde. Il fait 10 km de large et culmine à 1 800 mètres.

La végétation recouvre ses flans et ça doit faire un moment qu’il ne s’est pas réveillé. C'est tout simplement énorme. On a peine à imaginer ce monstre en éruption. 10 km d'un trou bant sur de la lave en fusion, projeté à des kilomètres. Le Mordor à côté, c'est pinuts (des cacahouètes).

sierra_negra

Plus loin, nous mettons pied-à-terre sous un arbre gigantesque. Que j’escalade, forcément ! Perchée dans ses branches, j’ai une vue imprenable sur toute l’île. Il faudra me croire sur parole, car je ne me suis pas encombrée de l’appareil, mais de là-haut, on comprend parfaitement comment Isabela s’est formée. On voit les coulées de lave, les endroits particulièrement fertiles sur lesquels la végétation prolifère, la zone au vent, plus aride, la forme globale de l’île en fer à cheval et la large baie Isabel à l’Ouest où nous n’aurons pas le temps de poser notre ancre.

Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W

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09 février 2006

Faire la pute

amsterdam_2
Sans déconner, je bosse dans la comm depuis maintenant deux mois.

Et figurez-vous il y a un truc qui m'a frappé là, ce soir, entre le fromage et la cigarette qui fait rire.

Toute la journée, j'entends : "le client veut ceci, ma cliente aime cela. Le client est roi ! Faut satisfaire ma cliente ! On dit pas non, on dit combien !"

amsterdam_11Bref, comme je bosse juste à côté de la rue Saint-Denis, tout d'un coup, j'ai comme un doute...

Faudrait peut-être que je relise attentivement mon contrat. En plus le fait est : je bosse tard le soir...

Rue Saint-Denis, Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E


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07 février 2006

18 mai 2004 : Chargée par une otarie

Programme chargé. On fait les courses de frais pour la traversée. Régime de bananes. Des kilos de tomates à différents stades de maturité… Certaines sont carrément vertes. Je les installe dans la coursive comme m’a appris ma grand-mère, avec une feuille de sopalin en dessous pour absorber l’humidité et éviter qu’elles pourrissent. Du chou rouge parce que ça, on va le garder longtemps. Des oignons évidemment. Des mangues à manger en bikini, seule façon de ne pas se tacher en restant presque décente. Et d’autres fruits et légumes.

On a encore des dizaines de noix de coco ramassées aux Perlas. J’ai inventé une nouvelle recette. On ouvre la noix pour en extraire la chair. On la découpe en lamelle qu’on fait frire dans une poêle avec un peu d’huile. Sel. Poivre. Quand les lamelles sont translucides, c’est prêt. C’est délicieux pour l’apéro et ça remplace avantageusement les chips ou les kaouêt. Les olives, je les garde pour faire des fougasses… Je vous raconterais mes différentes expérimentations boulangères plus tard, pendant la traversée vers les Marquises.

En début d’aprem, je prends rendez-vous pour faire une balade à cheval dans les volcans le lendemain. C’est Joseph qui va nous organiser ça. Joseph est très gentil. Il va aussi être très amoureux de moi. Ça a de bons côtés d’être exotique, or je vais m’apercevoir que je suis devenue très exotique.

L’après-midi, on part avec Michel et le boulet explorer un endroit qu’on nous avait recommandé à Santa Cruz : la Tintorella. Il s’agit d’un petit îlot auquel on accède en annexe.

boobies1

On y verra des fous à pattes bleues. J’adore ces oiseaux, c’est incroyable, on a vraiment l’impression qu’ils ont marché dans un pot de peinture. En plus, ils ont un vrai talent. Ils réussissent à avoir à la fois l’air fier et complètement crétin. Un peu comme moi en réunion de production le matin à l’époque où je faisais encore partie des beusonieux. Ici, ils appellent ça des boobies. Moi, j’avais toujours cru que boobies c’était nibards en anglais, mais faut croire que non… Ou pas seulement. L’un d’entre eux est blessé à l’aile, on l’approche à moins d’un mètre. Il se dandine pour échapper aux touristes en prenant un air outragé. Il n’a pas vraiment le choix, notez bien, c’est nous ou les otaries…

On verra aussi des requins pointes blanches. Ils sont actuellement une bonne vingtaine à avoir élu domicile dans une espèce de canal naturel qui relie deux îlots de lave. Les monstres sont plutôt nonchalants. Ils nagent avec indolence, mais un écriteau souligne qu’il est interdit de se baigner et d’ainsi nourrir les poissons. Allez savoir pourquoi, j’ai comme un frisson dans le dos en pensant aux deux heures que j’ai passé dans la flotte ce matin, à 150 mètres de là, à gratter la coque pour la libérer des algues qui s’y étaient amassées durant nos 9 jours de près. Il faudra que je pense à me rappeler de bien oublier les requins quand je terminerai ce carénage ! Je fais partie de la génération traumatisée par Les Dents de la mer et à une époque, je n’étais même pas tranquille en piscine (on est jamais trop prudent !)

La véritable découverte de la Tintorella, ce sont les otaries. Xav’ avait raison, ça pue. Mais c’est chouchou ! ! ! Elles ont des bouilles sympas avec leurs petites moustaches et leur ‘tites noreilles. Et puis, il y a un vrai troupeau sur cet îlot.

otaries3 Et les bébés, y sont mignons ! ! !

Et voilà, tu fais la maligne, tu t’approches pour faire amie-amie, tu prends confiance, t’es là, ton appareil à la main, quand soudain tu entends une espèce de grognement indigné et tu te retrouve coursé par un gros mâle que t’avais pas situé. Le pire, c’est qu’il ne te poursuit pas bien loin, juste assez longtemps pour que tu te sentes humiliée. Voilà, bien fait !

otarie2

Mais un jour, tite notaries, qu’on soit blanc ou noir, on est que des os !

Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W

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01 février 2006

17 mai 2004 : La Jeune Fille et la perle part en tour du monde

Nous partons pour Isabela, l’île la plus à l’Ouest de l’Archipel. C’est une escale logique pour qui va aux Marquises. Par contre, même si de nombreux plaisanciers n’en font pas cas, il est en principe interdit de se rendre sur une île de l’archipel sans autorisation. Dans la pratique, c’est bien différent. Nous n’aurons aucun souci administratif à Isabela, et notre escale marquera notre véritable découverte de la faune et de la flore des Galápagos.

Blue Note, le Sun Fast 36 de Maurice et Lydia nous accompagne. Ils ont eu des soucis avec leur moteur et préfèrent faire la route en escadre. Je vais pouvoir profiter d’eux un peu plus longtemps. Sous pilote automatique, mes deux comparses siestant à l’intérieur, j’ai fait la gourde. Je suis montée sur le portique à l’arrière d’Aramis. Perchée là-haut, je domine mon propre voilier et tiens Blue Note à l’œil. C’est une vraie connerie. Mon équilibre est précaire et personne ne me verrait tomber à l’eau. Mais les alizés me caressent le visage et j’ai un sentiment de liberté qui m’enivre. Je suis très fière de ma connerie.

jeune_fillePetit message pour la douce Béné : La jeune fille et la perle a embarqué à bord de Blue Note. J’ai noté sur la page de garde qu’il m’avait été offert à CDG par Bénédicte Baudouin, qu’il avait franchi Panamá sur Aramis et Lydia a noté l’avoir reçu aux Galápagos. Les livres s’échangent entre plaisanciers. Qui sait où sera le tien dans 10 ans ? Tu le retrouveras peut-être dans une librairie d’occasion à Saint-Malo. Nous pourrons alors reconstituer son itinéraire à partir de sa garde.

Il y a 40 Miles pour rejoindre notre destination : le port de Villamil, au sud d’Isabela. Santa Cruz était l’île la plus peuplée et la plus aménagée. Isabela est la plus grande. Elle est née de ses cinq volcans dont quatre sont encore en activité.
Nous arriverons à la tombée de la nuit. C’est mal pavé alors pourquoi se priver. Notre talent naturel et notre parfaite maîtrise de la navigation nous permettrons de faire une entrée suivie d’une manœuvre de mouillage parfaite. Ça et un balisage presque breton.

cocoCe soir-là, je me déchaîne en cuisine. Je découvre la magie des préparations dessert et confectionne un flan aux œufs digne de Loiseau avant sa perte d’étoile (mais indigne de Nico) et un poulet coco à la polenta d’une originalité folle.

Voyez-vous, parfois, sur le grand océan de la vie, le cuistot devrait savoir faire la différence entre lait de coco et crème de coco. Mes invités, charmants, affirment adorer manger sucré-salé. Personnellement, n’ayant pas la contrainte d’être polie puisque c’est ma cuisine, je peux affirmer haut et fort que je suis dégoûtée, que c’est mauvais et que Xav’ m’en parlera pendant des années de mon poulet coco sucré. On ne devrait pas changer ses petites habitudes.

La prochaine fois, je naviguerais au Spitzberg, ça me donnera l’occasion de faire un tagine aux pruneaux.

NB - Pour les recettes, il va falloir supplier dans Radio cocotier !

Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W

Posté par Defy à 13:15 - Commentaires [5] - Permalien [#]
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