Le pays imaginaire de Defy

Lorsque j’ai réalisé que j’allais avoir 30 ans, ça m’a fait comme un choc. J’ai décidé de changer de vie. Radicalement. Je me suis débarrassé de mon boulot pour traverser le Pacifique à la voile. Ce blog est mon carnet de bord.

27 décembre 2005

Bilan comptable 2005 à la Bridget Jones © Yojik

Comme vous pouvez le voir, entre décembre 2004 et décembre 2005, les choses ont beaucoup changées. L'année dernière, on dégustait une bûche Fauchon, alors que cette année, c'est Lenôtre (2 856 calories la cuillère).


gateau


Bref, entre ces deux merveilles chocolatées, 365 jours se sont écoulés.

J’ai passé 169 jours sur 365 à bord de voiliers. Les 196 jours restant, j’ai vécu dans 8 maisons et apparts à Paris, Montrouge, Bruxelles, Hiva Oa, Bordeaux, Lille, Le Touquet et Bandol.

J’ai pris 14 avions et 9 trains. J’ai roulé en 4x4, voitures, scooters, moto, vélo et en roller. J’ai eu zéro accident.

Je me suis baignée dans 1 océan et 3 mers différentes.

J’y ai croisé 2 requins, 6 dauphins, une tortue, un gros tas de poissons clown, anges, perroquets, napoléons, murènes… Je me suis fait piquer deux fois par des méduses : une fois en mer Tyrrhénienne, une fois en Méditerranée (je porte encore la cicatrice de la méduse sicilienne).

Je me suis fêlé une côte, j’ai attrapé un staphylocoque sur un bobo (les tropiques !), je me suis fait dévorer par les nonos à Hiva Oa (petite mouches qui mordent) mais je n’ai eu qu’un seul rhume.

J’ai cherché deux fois du boulot et envoyé 45 lettres de motivation. J’ai passé 8 entretiens d’embauche : 2 à Raiatéa, 1 à Tahiti, 1 à Bordeaux et 4 à Paris. J’ai été customer pour Sunsail, secrétaire pour le Chantier Naval des Iles et chef de fab pour xxxxx.
Je n’arrive en retard au boulot qu’en France.

J’ai fumé deux sortes de cigarettes qui font rire (une verte dans l’hémisphère Sud et l’autre brune dans l’hémisphère Nord).

J’ai participé à 3 régates, dont deux en Polynésie. On a perdu à chaque fois.

J’ai pris 722 photos.

J'ai rencontré beaucoup de gens nouveaux dont certains sont devenus des amis. J'ai blessé une personne. J'ai eu envie de mettre ma main dans la gueule à une autre mais je me suis retenue.

J'ai goûté à pleins de nouveaux vins. Je n'ai toujours pas décidé si je préfèrais le mojito à la pinacolada mais j'y travaille. Je prépare toujours le ti-punch avec une goûte de tabasco et le punch avec de la cannelle. Je rajoute désormais une gousse de vanille dans mon poulet coco. J'ai mangé dans des retaurants tahitien, italiens, japonais, arméniens, indiens, chinois, marocains, ivoiriens, français (dont bretons, basques et corses) et même dans un Mac Do.

J'ai fait 3 barbecues :
- un poulet-poisson à Raiatéa ;
- un merguez-camembert au Touquet ;
- et un veau à la broche à Tahiti.

J’ai appris à fertiliser la fleur de la vanille, la différence entre l’antifouling A2 et A3, à naviguer sur un laser, à couper la fleur du bananier pour que le régime arrive à maturité, à retenir une table au restau ou une place de port en Italien. J’ai aussi appris à jouer du casou et à cuisiner de nouveaux plats.

Je me suis fait couper 3 fois les cheveux et ai fait autant de test HIV (dans les deux cas, j’ai eu très peur 1 fois).

livre1J’ai vécu avec deux hommes :
- un homme avec lequel je ne faisais pas l’amour et avec lequel je vis à nouveau ;
- et un homme avec lequel je faisais l’amour et avec lequel je ne vis plus.

Je ne vois pas comment en tirer une leçon... Or rien n'exclu que je ne partage pas mon verre à dent en 2006.

Toute suggestion est bonne à prendre. Heureusement, des amis mon offert ce guide pour mon anniv.

Je me suis donnée à 4 hommes. Aucun n'était tatoué. J’en ai aimé 2. Parmi ces deux hommes, il y a un prince charmant, celui que j’aimerais aussi en 2006.

J’ai pleuré 32 fois dont 26 pour mon ex, 5 pour la mort de ma mamie et une pour toi. Le reste du temps, j’ai été très heureuse (surtout depuis que tu es dans ma vie).



Cette année, c’est la première fois de ma vie que je passerais le premier janvier dans les bras de l’homme que j’aime.

Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E

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23 décembre 2005

4 mai 2004 : Plouf !

Nous avons récolté de quoi faire une orgie de noix de coco. Une bonne trentaine que nous stockons dans les coffres arrière. En fait, aujourd’hui je pense que ce sont ces noix qui ont abîmé le secteur de barre, se coinçant dans les drosses. Mais j’anticipe, nous ne sommes pas encore aux marquises et vous entendrez parler de cet incident bien assez tôt.

En arrivant sur la plage, les rouleaux ont fait partir l’annexe au surf, c’était assez grandiose. Michel a hurlé sur Patrick qui n’avait soi-disant pas les bons réflexes. Il est très dirigiste avec ce pauvre Patrick dont le manque évident de sens marin est assez consternant. Le recruteur regrette-il son choix ? Certes, avec deux marins en moins, le manque d’expérience de Patrick pose un problème, mais cela ne légitime pas une telle agressivité. Pourtant, on est passé du niveau init. au niveau perf. Pas d’annexe en travers de la lame, pas de moteur à l’eau, bref, la perfection. Malheureusement, il n’y avait pas de paparazzi, donc pas de photos. Mais vous me croirez sur parole, bien sûr !

crabeÀ l’arrivée, on tombe sur une nuée de petits crabes. Ils réagissent comme les marmottes : ils se tiennent aux aguets, postés a proximité de leurs trous. Notre approche déclenche l’alerte, ils plongent dans le sable.

Patrick a emporté son matériel d’escalade. Il grimpe aux cocotiers et décroche les noix et les dévissant. La récolte est bonne. Par contre, les moustiques foisonnent à la lisière des arbres.

Je me balade sur la plage et découvre des arbres lianes. En fait, certaines de leurs branches pendent à la façon des saules pleureurs. J’ignore s’il s’agit de branches parasites car leurs autres branches sont beaucoup plus épaisses et pointent vers le ciel. Ça ressemble un peu à des eucalyptus. Et c’est très grand.

Nous aurons la chance de voir cet espèce de lézard bizaroïde. Il se laisse approcher et je peux le photographier de très près.

le_zardL’après-midi, on va pêcher, Michel et moi, mais l’eau est très trouble. Je lutte contre mon éternelle phobie du vilain monstre qui n’attendait que moi pour déjeuner. Je lutte d’autant plus que j’ai vu deux ailerons ce matin. J’ai ma petite litanie contre la peur à la Franck Herbert : les requins sont solitaires alors que les dauphins se déplacent en couple. C’était des dauphins, des gentils dauphins ! Où qu’il est le joli Flipper ? C’est pas gagné, mais au moins, je ne panique pas. Au retour, dans l’annexe, je profite de l’absence de Patrick pour demander à Michel de faire des efforts avec Patrick qui est resté à bord (il n’aime pas la plongée).

Au retour, le frigo tombe en panne. Quel bordel ces bateaux modernes ! Entre le moteur, le groupe electro, le dessal, le frigo, tu bosses à plein temps pour maintenir le tout en état de fonctionnement. Ils n’ont pas ce problème avec Sereine, les glénanais. Notez bien, ils ne sont pas près d’avoir envie d’une bière fraîche à Bora Bora !

De l’importance du nœud de taquet : je me suis à nouveau cassé la gueule de mon hamac ce soir-là. Je l’avais installé comme à mon habitude entre les deux montant du portique. Je suis totalement amarinée désormais et j’y passe une à deux heures le soir à bouquiner. Bref, l’important là-dedans — et je sens bien que mes petits rituels nocturnes ne vous passionnent pas — c’est qu’étant donné que le hamac est suspendu au-dessus de l’eau, et étant donné que la longueur de mes jambes n’atteint pas (de peu) celles de Julia Roberts, le retour sur la jupe du bateau nécessitait l’aide d’un petit bout (j’étais parvenue à cette conclusion à l’issue de ma première chute et j’étais très fière de ma petite invention). Le bout permet d’imprégner un mouvement de balancier au dit hamac et de me hisser jusque sur la jupe arrière.

Bon, maintenant, visualisez ! ! !

Le bout est d’un diamètre ridicule, rien à voir avec une aussière. Et au moment où mon équilibre repose entièrement sur ce ridicule petit bout (puisque je suis suspendue à lui entre le hamac et une position d’équilibre sur la jupe arrière, les pieds arque boutés sur le bord de la jupe)… le nœud de taquet glisse… Si, Si ! ! ! Cela s’est terminé par un magnifique double flip arrière avec plongeons. Malheureusement, là encore, pas de photo. Trop bête !

Désormais j’adepte « un tour mort, deux demi-clef ne lâchent jamais ». Passée l’âge des acrobaties ! En plus, je venais de me dessaler !

San José – Las Perlas, 08° 18' 54" N - 79° 03' 41" W

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21 décembre 2005

3 mai 2004 – Orgie de poissons

Nous sommes enfin partis. Enfin sur la route, enfin en voyage. J’ai renoué avec le vent, les embruns, la rythmique d’Aramis qui épouse la mer.

Nous avons reçu un message par le standard C (toujours pas compris cette technologie by the way !) Audrey est sortie des limbes et Raymond va rester auprès d’elle. Je suis soulagée. Michel a pris la décision de traverser à trois. Jo va baliser. Je lui ai envoyé un petit mot pour tenter de la rassurer. Aramis est solide et je suis confiante, mais comment le lui dire à elle, qui n’a pas vu le bateau…

anguilleLà, j’écris de Las Perlas, un archipel éloigné de 40 Miles de Panamá City. Las Perlas, c’est 220 îles et îlots. Nous sommes arrivés en vue de Contadora, l’île la plus Nord, le dimanche 2 mai vers 16h00. Le vent d’Ouest nous a amené à choisir un mouillage Nord plus abrité de la houle. C’est sur Contadora qu’est situé le petit aérodrome de tourisme permettant aux riches Panaméens de venir passer leurs week-ends aux Perlas. Cette île fait à peine 1,2 km2. Le guide nous promets des chevreuils en liberté. Michel a plongé et a pêché une murène verte de Panama. Dents aiguisée, mâchoire puissante, elle est impressionnante et on a eu un mal de chien à l’achever. On l’a cuite à la poêle. La chair est fine et délicate, mais c’est plein de cartilage (à propos de cartilage, mon nez cicatrise impec, juste au cas où certains se poseraient la question).

carangueLe lendemain, nous avons quitté Contadora pour San José pour cause de méduses. D’un mouillage à l’autre, on a trouvé le moyen de pêcher une carangue bleue, dite aussi carangue à grosse tête. Elle devait bien mesurer 60 cm. Cette fois ci, on les cuisine au four.

San José est une île privée au Sud-Ouest de l’archipel. On ne voit aucune habitation. Les falaises, rouges et à cors, hautes de 40 à 50 m tombent dans la mer. Nous avons ancré lundi soir dans une baie bordée d’une merveilleuse plage de sable blanc longue d’au moins un kilomètre. L’île est recouverte d’une végétation tropicale extrêmement dense. On a vraiment l’impression d’être sur l’île de Robinson. C’était comment déjà, son nom dans le bouquin de Tournier ? Esperanza ?

Les eaux semblent très poissonneuses. Installée dans le cockpit, je viens de voir sauter une raie. Elle a plané quelques secondes avant de retomber dans une gerbe d’écume. Les cormorans sont aux aguets. Ça chasse en-dessous et ça chasse au-dessus… Pas si facile que ça d’être poisson à Las Perlas ! En descendant à terre hier soir, Michel et Patrick sont tombés sur des cocotiers. Demain, nous partons en expédition. Croiserons-nous Vendredi ?

San José – Las Perlas, 08° 18' 54" N - 79° 03' 41" W

san_jose_

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14 décembre 2005

1er mai 2004 – Le vers est dans le fruit

Le moteur fonctionne à nouveau. L’inverseur est remonté, Jiminy a rempli son contrat. Cela devrait apaiser la tension, mais Raymond est parti et Michel m’inquiète. Il m’inquiète parce que, au lieu de sembler soucieux pour son ami et la fille de ce dernier, il est entièrement préoccupé par lui-même et son bateau.

Il répète comme une litanie : « Raymond s’était engagé à traverser, mais je ne peux pas lui en vouloir. Il n’a pas vraiment trahi sa parole ».

Je ne comprends pas. Moi, j’espère et attends des nouvelles de France. Audrey est-elle sortie de son coma ? Raymond a-t-il retrouvé les siens ?

Fébrile, Michel décide qu’il lui faut recruter un nouvel équipier. Naturellement, je suis chargée de rédiger l’annonce en français, anglais et espagnol. Pourquoi Espagnol ? personne ne parle espagnol à bord. Cela risque d’être simple d’expliquer au gars qu’il faut qu’il choque l’écoute de GV, qu’il reprenne des barbers et qu’il bride le spi en reprenant du bras et de l’écoute si le vent monte… Comment on dit « voie d’eau » en espagnol ? Passons !.

Bref, je rédige ; Je dois aller en ville pour imprimer. J’en profite pour jeter un dernier coup d’œil sur deux institutions dont je ne vous avais pas encore parlé : les trucks et les cireurs de chaussures.

bus

Les trucks, ce sont d’anciens bus destinés à convoyer les tits nenfants blancs de l’Amérique des USA à l’école. Vous savez, ces bus jaunes que vous avez vus dans Forest Gump. Les Panaméens les récupèrent, les peignent en blanc et en font des bus privés de transports de voyageurs. Le mec qui a vraiment réussi dans son activité, c’est celui qui a pu se payer x fresques pour habiller son bus. Motifs abstraits païens mais le plus souvent d’inspiration religieuse, ces bus animent la cité de leurs carrosseries illustrées. Gentes en alu et queue-de-renard au rétro pour les plus successful.

cireursLes cireurs de chaussures fleurissent sur la grande place. Ils se sont organisés. Pour être estampillé cireur de chaussure officiel, il faut disposer d’une petite guérite jaune. Siège intégré, installé face à la foule passante, le nez au vent, mais protégé par un auvent pare soleil ou parapluie, le client est tout à son aise pour se laisser dorloter et voir ses souliers resplendir suite aux soins méticuleux et jaloux prodigués par nos esthètes de la grôle !

Je me délecte une dernière fois en observant leur ballet, sirotant un genre de granite à l’ananas. Mais il me faut remplir ma mission. Aramis doit me rejoindre au port de Balboa. Cela permettra de tester le moteur et d’aller faire le plein de gasoil. Nous devons partir ensuite pour les Iles Perlas. Si nous avons une proposition d’équipier, nous reviendrons le chercher.


cireur_bisAu yacht club de Balboa, je rencontre d’autres stoppeurs. Les stoppeurs, c’est comme ça que les proprios de bateaux nous appellent, nous qui embarquons sur leurs voiliers pour les aider. Sébastien et Amandine doivent avoir 25 ans. Beaux et bronzés, ils taillent la route depuis bientôt 18 mois. Ils sont partis de France et se sont posé 8 mois aux Antilles pour bosser et se constituer une cagnotte. Ils pensent passer 3 mois aux Marquises. Ils me donnent plein d’infos. Combien ça leur coûte, comment se passent les escales, les petits boulots (Amandine a bossé comme hôtesse sur des voiliers et Séb comme menuisier).

Ce qui paraissait compliqué, voir exceptionnel à Paris est ici d’une extrême banalité. Mon petit voyage de 4 mois me semble d’une banalité ridicule. J’ai l’impression d’avoir à peine entrouvert une porte qu’eux ont franchie depuis un moment.

Gil avait peut-être raison quand il me disait que rien ne garantissait que je décide de rentrer.

Skipper et stoppeurs sont scandalisés par l’attitude de Michel qui fait payer le passage du canal et les frais du bateau à ses équipiers. Tous laissent entendre qu’il est bien rusé de financer ainsi son propre voyage. Je commence à voir les choses un peu différemment. Ce qui est certain, c’est que personne n’acceptera d’embarquer sur Aramis sous ces conditions au départ du Panamá. Mais Aramis arrive et je regagne le bord sous une pluie torrentielle. J’ignore encore que je d’ici un an, je serais voisine de Seb et d’Amandine à Raiatéa, aux Iles-Sous-le-Vent (Polynésie), quand je vivrais à la marina municipale sur Biboundé et qu’eux auront acheté leur voilier…

Le monde des flotteurs est petit, tout petit…

Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W

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12 décembre 2005

Retour parmi les besonieux

Voilà, je préfère avertir les aficionados, j'ai une nouvelle école.

J'ai fait mon premier jour ce matin. Mes copains de classe sont sympas et mon maître est gentil, mais mon école me prend beaucoup de temps. Surtout parce que mon maître, vu qu’il a un caractère particulier, il a pas d’ami. Et il m’a un peu recruté pour être son amie. Alors il me montre tous les jouets qu’il a crée pour la société et jouer avec les bases de données, toussa, ça prends du temps.

Alors, étant donné que je me suis vendue au grand patronat (cher, je vous rassure), et malgré mon désir de vous raconter la suite de mes aventures, il est possible que mon blog connaisse une petite période de flottement.

Qui ne sera que temporaire... Je m'y engage.

Mais il faut bien refaire la caisse de bord si on veut repartir !

Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E

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09 décembre 2005

30 avril 2004 – La série noire continue

Comme nos ennuis mécaniques semblent futiles désormais. Remarquez, c’est pas que ça m’angoissait beaucoup avant.

Ce matin, on a très mal commencé la journée. Michel avait rejoint la marina en annexe dès l’ouverture du cyber à 9 heures. Il devait recevoir des schémas d’inverseur et des références de pièces ainsi que les coordonnés des concessionnaires Volvo sur l’ensemble du continent américain – en gros, il panique et fait n’importe quoi pour feinter à Don Jiminy qui attends la livraison de son tourneur.

Du coup, nous, quand le skipper s’affole, on la joue profil bas. On était resté à bord. Raymond n’avait pas envie de bouger, Patrick non plus et moi, je m’étais fait un programme épluchage de légumes, pétrissage et confection de pain, et composition de salade géante. On était tous plutôt zen quand Michel nous a appelé depuis la VHF portable pour annoncer que Raymond devait descendre à terre pour téléphoner. Je crois qu’on s’est tous immédiatement rendu compte que c’était grave.

Lorsqu’on a rejoint Michel au Cyber, il avait l’air sombre. La fille de Raymond avait eu un accident d’escalade en montagne. Il fallait qu’il appelle sa femme.
Après le coup de fil, on en savait plus, mais Raymond était inerte, comme sonné. Il répétait sans cesse qu’il fallait qu’il parte. Je l’ai conduit au café de la marina afin qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’il était possible de faire en buvant un café. Michel, comme détaché et indifférent, n’avait pas adressé la parole à son ami d’enfance depuis le coup de fil.

J’ai fait parler Raymond. C’était pas facile. Sa fille est tombée. Elle faisait de la varappe dans les Alpes et elle est tombée. Apparemment, le système de fixation du baudrier a merdé. Elle est en réha. Traumatisme crânien, caillot dans le cerveau et tout le toutim. Raymond veut tenir la main de sa femme, être auprès de sa fille. C’est juste LA situation qui vous hante quand vous partez en voyage : la tragédie qui frappe l’un de vos proches alors que vous êtes au loin. Ne pas pouvoir les enlacer, les rassurer, partager la peine ou l’angoisse, être loin, si loin et coincé là. Comme il doit se sentir seul.

Très vite, il décide de rentrer. Il veut se rendre à l’aéroport maintenant. Il ne réfléchis plus. Il est fébrile. Je lui propose de commencer par retourner au cyber pour connaître les horaires des vols. Cela lui semble trop long. Il a besoin d’action. Je conserve la VHF et l’envoi faire ses bagages sur Aramis. L’action, quelle qu’elle soit lui permettra de mieux supporter son impuissance.

Je le quitte sur la plage, le cœur serré. Raymond est un homme merveilleux. Calme, posé, un vrai gentil. Doux, toujours souriant… Je me précipite au cyber et je trouve un vol. Départ de l’aéroport de Tocumen à 13h40. Arrivée à Miami à 17h44. Longue escale. Il ne repartira que le lendemain à 7h35. Arrivée à 22h35 à Paris. Puis le train jusqu’à Strasbourg.

C’est le premier vol. J’imprime et je file à la plage. De là, j’appelle Raymond sur la VHF. Il veut tenter ce vol. En attendant qu’il débarque, je cours jusqu’à la capitainerie pour commander un taxi. L’avion décolle dans deux heures.

C’est juste. Mais le taxi me signale qu’il existe une autoroute, certes payante, mais qui permets d’échapper aux bouchons. On n’est pas à 5 dollars prêts. Fissa. À l’aéroport, on fonce au guichet. Il reste des places sur les vols que j’ai repéré sur le net. Vendus. Mais Raymond doit embarquer de suite. Je lui demande de me laisser le numéro de sa douce. Je lui promets de faire tout mon possible pour la rassurer.

Dès qu’il a franchi la porte d’embarquement, j’appelle son épouse. Il y a plus de six heures de décalage et j’entends la tension dans sa voix quand je décroche. Sa fille à l’hôpital, une voix étrangère au téléphone le soir… De quoi faire rendre très très nerveux.
Je fais dans le factuel.
« Je suis Defy, je suis sur Aramis avec Raymond. Il vient de prendre le premier avion pour Miami. Il sera en escale à Miami de telle à telle heure. Ne vous affolez pas en cas de coup de fil nocturne. Il veut être auprès de vous. Il atterrira à Paris à telle heure, prendra un train et sera à la gare de Strasbourg, auprès de vous à telle heure. »
Après je lui dirais tout l’empressement de Raymond, son désir d’être avec elle. Ce sera plus long et je ne raccroche qu’en la sentant plus apaisée.

Au retour dans le taxi, je vois un écureuil volant traverser l’autoroute en planant. C’est gracieux, un message d’espoir ?


e_cureuil



Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W

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07 décembre 2005

29 avril 2004 – Les Cunas (prononcer counasse comme dans « ispèze di counasse »)

Je suis contente que nos mésaventures m’aient offert l’occasion de découvrir la ville plus avant et de me réconcilier avec elle.

Dans 2 jours, ce sont les élections présidentielles, et ce matin, j’ai pu assister au meeting d’un des candidat (MARTIN) en passant place du 5 mai. Il y avait foule, on y vendait des sortes de pains chaud fourrés à la viande – j’ai goûté et j’ai même pas été malade. La tendance ici semble être à l’affichage de ses convictions : t-shirt, autocollants sur les voitures, drapeaux aux fenêtres.

J’avais du linge à laver. Je me suis mise en quête d’une laverie et j’ai pu sentir monter en moi l’âme des chevaliers de la table ronde. La quête du Graal, c’est sensiblement pareil à mon sens : on passe vraiment par des phases de désespoir et d’euphorie. Mais moi, j’ai trouvé. C’est très loin du lavomatic de mon quartier. Les machines sont de véritables antiquités. À la téloche fixée au mur passent soap opéra sur soap opéra. Les épisodes sont entrecoupés de publicités. D’un coup, je réalise que le gars sur l’écran, c’est MARTIN, mon candidat de ce matin. En fait, chaque coupure de pub est spot pour un parti politique. Bel exemple de démocratie. Dans ce pays, les plus fortunés ont le plus d’espace média, et donc le plus de votes. C’est aussi simple que ça. D’après ce que je capte de l’actualité, il semble néanmoins que la gauche réussisse à défendre sa place.

fontainesMa lessive terminée, je suis descendue vers le port en prenant la calle central, rue piétonne et commerçante très animée et agrémentée de jolies fontaines. Dans cette rue, je croise des femmes Cunas, dont Michel et Raymond m’ont parlé. Leurs costumes traditionnels sont très colorés. Elles sont plutôt petites et portent des chevilles aux genoux des bracelets tressés de couleurs vives. Ce peuple vit au San Blas, archipel au sud est du Panamá. Il a ses propres coutumes et croyance. Par exemple, la forme négative n’existe pas chez eux. L’impératif non plus. On ne dit pas : « va ranger ta chambre », mais « j’aimerais que tu ais le désir de ranger ta chambre. » Sympa comme culture. Structure matriarcale : quand une femme veut se débarrasser de son mec, elle lui fait son baluchon et le pose sur le palier. Chao, et interdiction de refaire sa vie avant que son ex-compagne ait trouvé un nouvel amour.


cunas1



glacesLa rue commerçante m’a conduite vers la vieille ville. Les maisons, souvent de deux étages sont en bois, construites dans un style colonial. Elles sont peintes de couleurs vives et les balcons s’ornent souvent de fleurs tropicales. J’ai acheté une glace à un marchand entouré d’écoliers. Je m’apprêtais à aller vers le port et une gamine me l’a déconseillée. Pas sécu d’après elle. J’ai écouté et rebroussé chemin. Là, il pleut – quelle surprise —, alors j’en profite pour vous écrire du cyber. C est ahurissant ce qu’il peut pleuvoir dans ce pays. Pourtant, la saison des pluies ne fait que commencer. J’ai peine à imaginer quand elle bat son plein !

J’ai acheté un joli hamac double en coton vert pour la modique somme de 20 dollars dans une ruelle avant-hier. Je l’ai essayé et je dois dire que c’était loin d’être désagréable. Accroché aux montants du portique, il se balance au-dessus de l’eau. On a les étoiles au-dessus de la tête. La grande ourse est à l’envers par ici. Par contre, il est nécessaire de descendre du hamac avec précaution pour ne pas rater la jupe. Parce que quand on rate la jupe, on termine à la flotte. Et c’est mouillé hostile. Si on avait encore sa frontale parce qu’on bouquinait dans le hamac, y’a plus qu’à changer les piles. Et s’armer de patience pour tourner les pages collées. Le seul truc, c est que dès qu’une petite houle se lève, les mouvements du hamac prennent de l’amplitude. Si bien qu’un séjour prolongé en hamac peut justifier la prise de « mer calme ». J’ai sans doute là un moyen d’amariner en douceur mes amis nauséeux. À creuser.

NB - Christelle, je fais mon max en espagnol mais je crains d avoir surpris des regards amusés de la population locale lorsque j’ai expliqué que je cherchais une bombe de peinture pour bois afin de repeindre une cuvette d’un chiotte. Je soupçonne quelques erreurs de traduction.

Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W

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06 décembre 2005

28 avril 2004 – Jiminy Criket ou maquereau à Harlem ?

Votre mission, Defy, si vous l’acceptez : trouver un concessionnaire Volvo. Comó se dice « concessionnaire » en español ?

carte_flamencoLorsqu’ils ont fait creuser le canal, les promoteurs ont conservé les déblais. Avec cette terre, ils ont créé des digues pour relier au continent 3 îlots : Isla Naos, Isla Perico et Isla Flamenco. L’ensemble forme désormais un complexe touristique luxueux. Une superbe route goudronnée permet à la Jet Set Panaméenne de venir y musarder, s’y détendre, s’y balader en roller, y sortir en boîte, au restaurant ou embarquer pour la pêche au gros dans un des yachts amarré aux pontons flambant neuf de la superbe marina construite sur Isla Flamenco. Nous avons ancré au sud-ouest de cette dernière.

Première étape : rejoindre la terre. Déjà, ça s’annonce pas complètement trivial.

Où débarquer ? Seul un embryon de plage semble s’y prêter. Un embryon de plage sur lequel la houle déferle. C’est qu’il y a des marées de ce côté-ci, fini de rigoler.
On mets l’annexe à l’eau. Michel pilote le petit moteur hors-bord, restant perpendiculaire aux vagues, estimant leur train. On s’approche et nous guettons les zones plus claires ou frisantes d’écume qui indiquerait une remontée des fonds. Michel a choisi son point d’atterrissage et sa vague. Il envoie les gaz ! Moteur à fond pour partir au surf. On arrive vite. Au dernier moment, Michel coupe et remonte le moteur pour éviter que l’hélice ne s’abîme sur le fond de cailloux. Un sentiment de victoire nous gagne alors que l’annexe surfe sur l’écume de la vague et glisse vers la plage. Sauf que les choses ne se passent jamais dans la réalité comme elles se déroulent dans les films. Au dernier moment, une roche affleurante attrape l’annexe et la place travers à la houle. Au même instant, notre vague se retire, nous aspirant en arrière et laissant place à sa grande sœur qui se fracasse sur nous et nous roule, hommes, femmes et annexe. Tôle monumentale. Pas de bobo, on est juste trempés et on a des cailloux plein la culotte !

Raymond et moi hissons notre malheureux canot au-delà de la ligne d’estran. Pour rejoindre la route, c’est l’escalade dans une terre rouge et meuble. Très meuble !

On se retrouve bientôt dans la superbe capitainerie de la luxueuse marina de Flamenco. Les hôtesses sont sexy et distinguées dans leur tailleur vert d’eau. Le capitaine, très chic, tout de blanc vêtu, contemple ces petits français dégoulinants sur son sol en simili marbre, de la boue jusqu’au mollets et qui, dictionnaire à la main balbutient des « motor muerto », « inversor », « rompa », « barco », « por favor », « Volvo ». Et là, il fait une chose merveilleuse, il prend pitié.

Devant nous, il appelle une société spécialisée : Auto Servicio Océano. Nos sauveurs !

Un mécano doit venir nous chercher dans 2 heures. Mais nous n’avons pas l’autorisation d’entrer dans la marina avec Aramis. Il doit rester à l’extérieur. Soi-disant il n’y a pas de place. Le fait est : la marina est vide !

Devant l’insistance du capitaine à me voir utiliser les sanitaires du personnel du port pour prendre une douche « no problemo por la segnora », une pensée odieuse m’assaille : ne manquerions-nous pas un peu de classe ?

Patrick est resté à bord et a démonté l’inverseur pendant notre absence. Je passerais sous silence nos manoeuvres pour retourner sur Aramis, récupérer l’inverseur et rejoindre à nouveau la plage en restant digne et sans perdre la pièce. Pitoyable ! On retrouve le mécano à l’entrée du parking. Michel veut rencontrer le gars qui va bosser sur sa pièce. Il tient à ma présence. Je suis sensé servir d’interprète. MAIS EST-CE QUE PERSONNE NE SE REND COMPTE QUE JE CAPTE RIEN A CE QU’ON ME DIT ? « No hablas español. A donde es Tahiti por favor ? »

jiminy_cricket1Arrivée au garage, je regrette plus d’avoir été embarqué dans cette galère. C’est magnifique. Le chef d’atelier, c’est une espèce d’hybride entre Jiminy Cricket et un mac de Harlem. Il a le total look du mac de Harlem – chemise en soie ouverte sur multiples chaînes en or, les chevalières aux doigts, les cheveux gominés, la boucle de ceinture en diams et la veste à large col… On se croirait dans Taxi driver. L’empereur de la sape, mais version Jiminy Cricket. C’est vert ! C’est très vert ! Et qu’est-ce que ça grille ! Je prendrais bien une photo, mais Michel n’a pas l’air trop d’accord.

On reste pendant qu’ils ouvrent l’inverseur. C’est un « pignon » qui est cassé. Michel me glisse à l’oreille : « Vu comment ils s’y prennent, ils ne réussiront jamais à le remonter. Aucune organisation. On aura de la chance s’ils ne perdent pas des pièces. »

Bon, un Jiminy Crickett chromatique qui devrait avoir le nez de Pinocchio… Il nous assure pouvoir réparer, patati patala. Le souci, c’est le côté Harlem qui remonte par vagues. À mon avis, il a vu Le Parrain 15 fois et il maîtrise total le côté Don Jiminy.
Michel est têtu et méfiant. Il faut créer une nouvelle pièce chez un « tourneur » (comprends rien !). Il veut y accompagner Jiminy Harlem pour surveiller les opérations. Moi, je partirais bien avant qu’on me fasse une proposition que je pourrais pas refuser… je me casse en tacos à Panamà City. Officiellement, je pars acheter une bombe de peinture blanche pour la cuvette des chiottes :
« hasta luego, quisiera comprar una pintura bianco por Water Closet, entiendes por favor ? »
Officieusement, je touristise !

pignons


Bilan : les pignons, y’en a ailleurs que dans les salades de gésiers !
Les voyages forment la jeunesse !
Ça se confirme !

Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W

Posté par Defy à 18:02 - 02 - Voyage - Le Panama - Commentaires [2] - Permalien [#]

01 décembre 2005

Mes 32 ans, ou comment j’ai acquis une sensibilité de droite

J’avais passé la journée avec mon amoureux. On s’était grisé de vent et de sensations en jouant à régater sur les class 8 avec des copains voileux. Le soleil était au rendez-vous, on était ensemble, plus fort que la mort, mais pas que l’équipage devant qui nous a collé une dérouillée à chaque manche. Enfin, on a pas coulé le bateau non plus. Le soir, on s’est tous retrouvé au Saususs, notre QG. Je vous jure que c’est son vrai nom. Avouez que ça sied à merveille à un centre de formation de moniteurs de voile croisière, non ?

Bref, on avait prévu un pot au feu (enfin, les filles avaient prévu… je veux dire, les autres filles, les vraies, celle qui font les courses et tout !). Super, un vrai plat d’hiver ! On a épluché les légumes, et comme on avait une bouteille de rhum et des citrons verts en rab par rapport aux ingrédients nécessaires à la confection de la recette, on s’est dit que ce serait une bonne idée d’en faire des ti-punchs… Y’en a là-dedans ! Le marin, il est malin ! Et puis, faut pas gâcher !

Donc, j’épluche, je bois un coup, je coupe, je bois un coup, oh, marrée basse ! TAVERNIER ! Fais tanguer la boutanche ! ! !

Au bout d’un moment, vu qu’il y avait plus de légumes à éplucher et qu’il restait quand même du rhum, on s’est rassemblé autour de la cheminée circulaire pour débattre du monde, de l’écoulement laminaire sur l’intrados, de la supériorité incontestable du Neisson sur le Lamauny, de Thierry qui avait de moins en moins de cheveux et de plus en plus de bide (ça marche pas dans l’autre sens, j’ai essayé en laissant pousser les miens), de pour ou contre les pantoufles au Spitzberg et… Qui c’est qu’a les citrons ?. On était bien !

C’est là que Yoda, notre maître à tous, a fait son entrée avec 2 cubi de beaujolais et une caisse de Fronsac histoire de trancher définitivement la grande question : beaujolais ou bordeaux !

Là, j’ai senti qu’il fallait faire une pause. Tout au fond de moi, mon estomac avait eu comme un sursaut apeuré. J’ai donc décidé d’accepter la proposition de Cyril de goûter à ces fameuses cigarettes qui font rire.
Par respect pour les alcooliques membres du comité de défense contre la drogue qui pourraient être parmi nous sans même qu’on le soupçonne, nous avons pris la décision de faire passer ça pour une envie pressante d’aller se tirer une bière à la pompe du hangar. Et pour rester en accord avec nous-même, on s’est donc pris des demis (plusieurs). C’est là que mes poumons, lâches réprobateurs de ma non-hygiène de vie ont, je crois, prit la décision de se venger en décidant de faire passer un max de THC dans mon cerveau.

Ce qui ne m’a empêché de faire une partie de fléchette endiablée à 6 mètres de la cible (sinon, c’est trop facile). Faut pas déconner, c’est encore le cerveau qui commande, merde ! Par contre, j’ai pas joué aux tractions avec les deux zozos, vu que, il faut le reconnaître, j’ai le cul un peu lourd pour ça.
Là, je vais faire une petite digression : ça m’a beaucoup préoccupé à une époque. Pas trop à cause des petits ensembles Kookaï et Cop Copine taille 36 auxquels il m’a fallu renoncer mais parce que si je tombe à la flotte, pour remonter à bord, macache wallou, impossible. Et un jour, j’ai eu comme une illumination. Si je tombe et que j’attends suffisamment longtemps, il y aura bien un Grand Blanc compatissant pour me soulager d’une jambe. La force de mes bras et la montée d’adrénaline me permettraient alors de regagner le bord sans problème. Cul-de-jatte, certes, mais vivante… Pour un laps de temps sans doute limité, mais bon… Suite à quoi, je me suis remise au chocolat.

En retournant à l’espace débat près de la cheminée, j’ai constaté que la rébellion gagnait mes jambes qui avaient de plus de mal à m’amener d’un point à un autre en ligne droite. Je tirais des bords carrés : deux fois la distance, trois fois le temps, quatre fois la peine ! J’ai néanmoins participé activement au test comparatif, hurlant intérieurement à mes organes qu’en tant qu’être humain, ma supériorité sur l’animal était de savoir nier mes instincts.
Au bout d’un moment, j’ai cependant cédé à la pression stomacale et englouti trois assiettes de Pot au feu. Ça m’a redonné un second souffle. Ça tombait bien parce que c’était l’heure de la soirée à laquelle on sort l’accordéon et la guitare. Et pi, y restait plein d’trucs à goûter.
Je sais pas vous, mais moi, j’ai jamais fait une soirée avec des voileux sans chants de marins. Et à chaque fois, ça doit être un réflexe de Pavlov chez moi, ça se termine en gigue irlandaise. Peux pas m’empêcher. Là, ça a pas loupé.

C’est à la fin du premier CD que la révolution s’est déclenchée. Les jambes voulaient plus :
« À bas le pouvoir centralisateur qui donne ordre et contrordre sans que ça rime à rien ».
Mon estomac n’attendait que ça :
« On nous gave de conneries à longueur d’année, trop c’est trop ! Nausée, avec nous ! »
Mes yeux, pourtant miroir de l’âme, quasiment bras droit du cerveau refusaient d’accommoder et se fermaient en traître. Même mon réseau sanguin s’était allié aux autres, battant mes tempes et débranchant le thermostat sans préavis. Gelée. Les lâches !

Je dois le dire, j’ai cédé aux revendications. Je suis allée me coucher sous les promesses de lendemains qui chantent, titubante, m’excusant auprès de la rampe d’escalier pour l’avoir bousculée et suppliant les farfadets d’arrêter de jouer au ball-trap dans ma tête.

Le lendemain, à peine éveillée, je me suis rendu compte que je m’étais fait rouler par mes laborieux organes. Ces perfides avaient coupé tout système immunitaire malgré ma reddition. Maudits soient-ils, j’avais la crève. Vous leur donnez un doigt, ils vous bouffent le bras.

Auguste Antoine Seillière, Sarkozy, Villepin, briseurs de grève du monde entier : « je vous ai compris ! ».

Dès midi, j’ai contre-attaqué. J’ai infiltré des agents à la solde du patronat : aspirine et vitamine C.

Mais ce corps ne s’en tirera pas à si bon compte. J’ai été trop laxiste, trop souple ! Je m’inscris demain à la première heure dans la salle de gym la plus proche. Avec si possible un prof d’Europe de l’Est qui ressemble à Danny Boon dans son sketch. Après 250 abdos, 90 pectoraux, 120 abdos fessiers, 2 500 développé couché et 6 heures de step, il va comprendre ce que c’est qu’avoir mal ! Y connaît pas Raoul ! Niark, niark, niark ! ! !
Et bouillon de poulet toute la semaine avec de la Contrex s’il vous plaît. L’autre bégueule, la prochaine fois qu’il aura droit à un magret de canard avec un Madiran, il me remerciera à genoux.

Non mais des fois ! C’est qui qui commande ?

Pauillac, 43° 00' 29" N - 00° 22' 33" E

Posté par Defy à 11:30 - C'est dans l'air... - Commentaires [3] - Permalien [#]
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