30 novembre 2005
Chapitre 2 - Tapu
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Mais Miri est bien loin d’être sortie d’affaire et elle en a bien conscience. La nacre doit bien peser 7 kilos, elle est à 20 mètres de profondeur et a trop tardé. Son temps d’apnée est bientôt épuisé alors qu’il lui reste toute la remonté à faire… ses muscles vont avoir besoin d’un oxygène dont elle ne dispose plus.
Elle réfléchit vite et agit plus vite encore. En quelques secondes, elle s’est défaite de la ceinture de plomb et a entamé la remontée. Elle imprime de longues ondulations à ses jambes, tendant ses pieds pour avoir une meilleure poussée sur l’eau. Ses bras sont plaqués le long de son corps, ils renferment sa prise. Plus que quinze mètres.
Elle commence à suffoquer. Plus que dix mètres. Elle force son corps à lutter pour vivre.
Le froid la pénètre et l’engourdit. Elle ne parvient plus à commander ses jambes. Ne comprennent-elles pas qu’elles se condamnent à disparaître. Sursaut de volonté. Plus que cinq mètres.
Ses poumons la brûlent. Ils sont en feu. Au-dessus d’elle, elle voit les rayons du soleil pénétrer en biseau dans l’océan. Le soleil, l’air… Si loin et si proche. Elle les contemple, de plus en plus absorbée. Comme détachée d’elle-même, Miri observe la danse des bulles d’air qu’elle a laissée échapper et qui remontent à la surface avec grâce. Des perles d’oxygène. Des perles de vie. Sa vision se trouble. La douleur a complètement disparu.
C’est si simple de mourir.
Tout devient noir.
Cinq sens. Goût amer et salé dans sa gorge. Caresse du soleil et douceur du bois contre son dos nu. Éclat de la lumière derrière ses yeux. Odeur de la peur. Et loin, très loin, la voix de Hiro.
Elle vit. Il est venu la chercher.
Lorsqu’ils franchissent la passe, ils sont tous deux gonflés d’orgueil. La nacre a livré son secret. Tout ça n’a pas été vain. En sont sein, elle a nourri et façonné un keshi exceptionnel. Ce n’est pas tant son éclat, sa forme de parfaite ou sa taille étonnante qui en font la pureté et la rareté. C’est son orient. Des profondeurs de l’aragonite naît sa couleur aile de mouche , qui suivant l’angle de caresse du soleil, prends des reflets aubergine, vert-paon, s’irise, se mordore. Miri le tient dans le creux de sa main, et il lui semble en sentir la pulsation, comme un battement de cœur.
Toute la soirée, c’est le défilé au faré familial. Tout le village veut voir la merveille que la petite vahiné a arrachée à l’océan et qu’elle porte désormais à son cou, prisonnier d’une cage de fibres de pandanus. Un mã’a est improvisé. La Hinano coule à flot. Dans cette société communautariste, chacun apporte un plat : cochon au four tahitien, poe banane, chips de taro frit, poulet coco, poisson cru à la tahitienne, maï-maï à la vanille, pain coco... À chaque fois qu’un nouvel arrivant se présente, Miri et Hiro racontent à nouveau leur histoire. Celle de la trouvaille et celle du sauvetage.
La soirée s’éternise. Lasse d’être le centre d’attention, Miri s’isole en bord de lagon. Elle porte à ses lèvres la pipette à paka que Hiro lui a préparé. La fumée envahit sa gorge et elle s’étend de tout son long sur le sable. Son regard se perd dans la voûte étoilée, s’attardant sur la croix du sud qui a mené ses ancêtres d’Asie jusqu’ici dans les grandes pirogues doubles. Alanguie, elle se laisse aller à la torpeur et ferme les yeux.
Une douce chaleur irradie du keishi lové entre ses seins. Elle enfle, monte comme une vague et descend se loger, brûlante, dans le creux de ses reins. Un souffle dans son cou la fait frissonner. Une ombre passe sur son ventre et s’étend sur elle comme une caresse. Insidieuse, elle l’enveloppe faisant résonner à l’unisson chacune des cellules de son corps. La brume évanescente prend forme et consistance, pesant sur son ventre et sa poitrine. Une humidité nouvelle naît entre les jambes de Miri. La fragrance du santal emplie ses narines, l’enivre et la fait chavirer. Dans le creux de son oreille, elle perçoit comme une musique nouvelle, rauque et basse qui fait vibrer son âme. Son corps est tendu comme un arc, au bord de la rupture. Elle sent en elle un vide comme impossible à combler.
L’apparition la quitte aussi vite qu’elle est apparue, la laissant pantelante, soudain rendue à elle-même. Ses bras n’enlacent plus que le vide.
Manihi, 14° 26' 15" S - 146° 04' 15" W
27 novembre 2005
Putain, 32 !
Histoire de pas être la seule à déprimer, j'ai décidé de vous pourrir votre journée à vous aussi.
À tous ceux et celles qui pensaient encore être JEUNES, et bien non ! ! !
Fini tout ça, ouvrez les yeux. Beaucoup d'étudiants qui sont rentrés cette année a l'université sont nés en 1987.
Ils n'ont jamais chanté We are the world, we are the children ou Sunday bloody Sunday.
Ils avaient un an à la chute du mur de Berlin !
Ils pensent que la gay pride n'est qu'une fête techno et ignorent qu'être homosexuel était un délit en France avant leur naissance.
Pour eux, le Sida et le chômage existent depuis toujours.
Les Twix ne se sont jamais appelés Raiders (deux doigts coupent faim !).
Ils n'ont jamais joué avec la console Atari ou au Commodore 64, ils ne connaissent même pas PAC-MAN ou DONKEY KONG !
Ils n'ont jamais vu de disquettes 5 pouces 1/4. Le CD est apparu avant qu’ils ne naissent... ils n'ont jamais eu de 45 tours de Chantal Goya ni d'Anne Sylvestre ou de mange-disques.
Il ne connaissent même pas la version d'Emilie Jolie avec Georges Brassens.
Beaucoup ignorent comment étaient fichus les anciens téléviseurs, ils ne peuvent même pas s'expliquer comment on faisait pour changer de chaine avant sans télécommande.
Ils n'ont jamais vu une mire sur un écran de télévision. Il se peut qu'ils n'aient jamais regardé Bouba, Goldorak, Star Trek, Albator ou Maya l'abeille.
Connaissent même pas Dorothée et Télé Chat. Ils croient que James BOND a toujours été Pierce BROSNAN. Ils ne pensent jamais aux Dents de la mer lorsqu'ils se baignent…
Ils croient que les pattes d'eph sont une invention des années 2000.
Ils croient que téléphone avec fil, c'est de la science-fiction, et que le Minitel est uniquement un objet de décoration rétro.
Ils imagines même pas comment on faisait pour survivre, avant, sans téléphone portable. On devait ne pas avoir d'amis !
Pour eux les patins à roulettes ont toujours eu les roues alignées.
Pour eux, Michael Jackson a toujours été blanc.
Ils ne nous croient pas quand on leur dit que Yannick NOAH a été un joueur de tennis, avant.
Ils ne savent pas qui est l'abominable J. R. (ni qui a tiré sur lui).
Ils croient que Charlie's Angels, Starsky et Hutch et Mission Impossible sont uniquement des films sortis récemment...
Ils ignorent que le réalisateur Ron Howard a été Richie dans Happy Days. Ils savent même pas qui est le Fonz.
Ils savent que Giscard est un « ex », mais un ex quoi ?
Ils n'ont jamais connu le plaisir de voyager en première classe dans le métro. Ils savent même pas qu'avant, le ticket était jaune !
Ils n'ont pas connu les voitures sans ceintures à l'arrière.
Dis-toi que ces gens-la sont rentrés à l'université cette année... Ce sont eux les jeunes maintenant !!!
Voici quelques symptômes de ton vieillissement :
1. Tu comprends le texte ci-dessus et tu souris en te disant « putain, merde... »
2. Tu fais du sport parfois et tu racontes à tout le monde, très fier, que tu en fais (quand tu en fais).
3. Tu as des « remèdes » dans ta table de chevet (maux de tête, maux d'estomac...) et plus de capotes.
4. Les enfants avec qui tu avais jusqu'à il y a peu de temps une certaine complicité, te disent maintenant « Monsieur » ou « Madame » et, pire encore, te vouvoient !
5. Tu as besoin de bien plus qu'une matinée pour te remettre d'une nuit blanche (de toutes façons, t’en fait plus, tu bosses toi, t’es responsable !).
6. Les MAC DO te dérangent l'estomac et les sandwichs grecs t’envoient en long séjour aux toilettes.
7. Tu vas à la plage et tu peux passer la journée sans t'être baigné. Tu plonge même plus du haut des rochers !
8. Pour faire du sport tu t'achètes des vêtements qui « cachent » et non pas
qui montrent.
9. T’as un agenda ou un Palm et pour voir tes potes, tu prends rendez-vous 6 semaines à l’avance, et tu le notes, sinon t’oublies.
10. Après avoir lu ce texte, tu décides d’en donner l’adresse a tes amis en te disant qu'ils vont aimer...
Fond de la bouteille, 45° 00' 00" N(eisson) - Citrons verts° Tabasco' Sucre de canne" à l'W
25 novembre 2005
27 avril 2004 – La tuile
Hier, nous avons fait les derniers approvisionnements en produits frais à Panamá City. C’est une ville de contraste. L’architecture vieillotte et en déliquescence du centre ville se heurte au nouveau quartier des affaires, constitué de building et de gratte-ciels à l’américaine. Ici, une richesse ostentatoire côtoie la misère la plus profonde. Ce qui me frappe, c’est que dans ce pays, même les plus pauvres gardent le sourire. À l’issue de mon voyage, je serais convaincue que la France est le pays qui rassemble de plus de râleurs aigris au mètre carré !
La moiteur rend la chaleur difficilement supportable. J’ai l’impression de me transformer en post-it vivant. Du reste, mon pli nasogénien a pris une délicieuse teinte rougeâtre, voir jaunasse. En plus, c’est douloureux. Je désinfecte mon piercing quatre fois par jour, mais il semble que le docteur Robert ait eu raison. Les tropiques, c’est un nid à staphylocoques. Comme je suis têtue, je ne veux pas le retirer.
Je me suis servi comme jamais de mes quelques notions d’espagnol. Quel dommage d’avoir eut une prof Franquiste au collège et au lycée. Si j’avais su que j’aurais un jour à acheter du kerdane pour une lampe à pétrole dans une ville d’Amérique latine, j’aurais peut-être écouté les cours avec discipline au lieu de jouer les Ché Gevara en herbe. J’ai trouvé un supermarché en tous points semblable au BHV. Sur quatre étages, on y vend aussi bien du dentifrice que de la viande ou des balais-brosses. Je m’y suis perdue pendant des heures, explorant chaque allée, inspectant les produits inconnus au packaging étrange, déchiffrant les notices. J’ai cherché du beurre - buro - en vain. Ici, on ne trouve que de la margarine. Pourquoi ? Mystère.
Les Cybers Café fleurissent, concentrés dans la rue principale. Ils sont fréquentés par une population jeune qui semble venir y jouer aux jeux en réseau, mais aussi faire des recherches ou taper des devoirs. Le prix est plus que modique, quasi insignifiant.
Dès la tombée de la nuit, Panamá City a pris des airs troubles et inquiétants. Une violence potentielle se dégageait des rues désertées. L’inconscient signal d’alarme s’est déclenché. Il était temps de rentrer. Quel que soit le lieu, l’heure ou l’être humain, j’ai toujours écouté cette petite voix, et je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Là, le signal était fort alors qu’il était à peine 18 heures. J’ai sauté dans un taxi. Retour au bateau.
Au « bar » du « yacht club » de Balboa, j’ai rencontré des Finlandais qui devaient traverser le canal dans l’autre sens. Ça tombait plutôt bien : on avait toujours nos vieux pneus dont il fallait qu’on se débarrasse. Il y avait bien un Charlie qui nous proposait de nous les reprendre moyennant le paiement d’un dollar pièce, mais on a beau être pour le petit commerce, c’était une arnaque trop grossière pour être tolérable. C’est pas grand-chose pour nous de marcher dans les combines et ça permets aux Charlies de prospérer, mais le sentiment d’être pris pour un pigeon est également assez désagréable. J’ai retrouvé Charlie à l’embarcadère des annexes, lui ai fait savoir que ces Finlandais là prenaient nos pneus, mais que s’il souhaitait les aider à les transférer d’un bord à l’autre, ils rémunèreraient ses services. La cause était entendue. Après le transfert des pneus, je nous ai cuisiné des steaks avec des oignons confits déglacés au vinaigre balsamique. La viande Chilienne est décidément la meilleure du monde. Xavier avait raison, on pourrait la couper à la petite cuillère tant elle est tendre.
Le lendemain, dès l’aube, nous appareillons pour les îles Las Perlas que nous comptons visiter avant de mettre le cap sur les Galápagos. Il n’y a que 24 heures de nav. Nous franchissons déjà la dernière bouée latérale du chenal. À la barre, je sens Aramis heureux de se dégourdir les jambes. Nous voilà dans le Pacifique pour de vrai. Il ne nous reste plus qu’à traverser la zone d’attente des tankers et… à nous les embruns. Il me semble que déjà le ciel s’éclaircit. La chape de pollution est derrière nous et à chaque minute, le sentiment de délivrance s’amplifie. On va pouvoir envoyer la toile, couper le moteur… Tiens, le moteur justement. A pu de moteur. Il s’est éteint brusquement, d’un coup, sans aucun signe avant-coureur. C’est la panne !
La surprise est totale. Heureusement, nous ne sommes à proximité d’aucun cargo.
Les hommes s’affairent à l’intérieur, démonte la descente et accèdent au vilain Volvo. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Michel jure plusieurs fois en Alsacien. La situation est grave, on croirait l’entendre parler à l’ordinateur, il est très contrarié. Or, c’est un homme qui n’aime pas que les choses (et les gens, mais ça je l’apprendrais plus tard) lui résistent.
J’ai pris un repère à terre et constate que nous dérivons assez rapidement vers le chenal – zone de circulation des tankers, et c’est ni très manoeuvrant ni très amical un porte-containers. Il faut qu’on se dégage de là vite fait. Heureusement, nous bénéficions d’une toute petite brise. J’appelle Raymond à la rescousse et nous hissons rapidement la grand-voile et déroulons le génois. Péniblement, Aramis étale le courant. Je repère sur la carte une zone de haut fond excentrée et fait route. Dès que le sondeur indique quinze mètres de profondeur, nous ancrons.
Michel et Patrick ont émis un premier diagnostique. Il s’agit probablement de l’inverseur. Impossible de réparer. Il faut rentrer et trouver un mécano. Dans notre malheur, nous avons la chance de réussir à attirer l’attention d’un pêchou qui nous remorquera jusqu’à la plus proche marina. Mais nous ne pouvons y entrer, elle est pleine. Nous sommes cantonnés à l’extérieur et ancrons à l’Ouest de la marina.
Ce soir-là, pour consoler l’équipage, je mets le disque du chanteur Italien que m’a gravé Bruno et je nous prépare des pastas avec une sauce tomates, artichauts et ail. Pour l’apéro, je fais frire des bananes plantains et confectionne avec amour de grands verres de planteur sans oublier d’y ajouter ma magic touch : cannelle et Tabasco.
On se détend.
Au dessert, je craque et j’allume une cigarette. Nico, tu avais raison de me dire d’emmener ce paquet d’urgence pour les coups durs ! Il en reste dix-neuf. Clin d’œil à Seb : je vais lire Alan Carr !
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
18 novembre 2005
Les images de mon blog
Les images qui m’appartiennent portent en filigrane le nom de mon blog.
Petit malin adepte du clic droit, ne te fatigue pas à les télécharger en basse résolution ! Si l’une d’elle te plaît, laisse moi un commentaire et je t’enverrais la haute définition !
C’est comme ça ici, on a un service après vente de gauche !
24 avril 2004 - D'un Océan à l'autre
Nous avons franchi les écluses hier.
C’était très impressionnant. Surtout pour moi : en terme d’écluses, avant celles-là, je n’avais vu que celles du canal de lourch et du canal Saint-Martin. Pas tout à fait le même trip !
Petit historique : le canal de Panamá, à la base, est une entreprise française (notre ami Ferdinand de Lesseps fait adopter le projet en 1879). Mais pour diverses raisons (22 000 morts sur le chantier… ouf que Paul Gauguin a sauvé sa peau et pu se réfugier à Tahiti), au bout de 9 ans de travaux, c’est la faillite. C’est là que Blueberry et la cavalerie pointe son nez. Comme par hasard, le Panamá connaît une période trouble et une révolution… Et en 1903, l’oncle Sam obtient le droit d’achever le canal et de l’administrer pour une durée… illimitée ! Les américains vont construire trois ensemble d’écluses (Gatún, Pedro Miguel et Miraflores) et le gigantesque lac artificiel de Gatún. Pour se faire, fidèles à leur tradition, ils importent de la main d’œuvre colorée (principalement noire et jaune). Le canal est inauguré en 1914. En 2000, le canal est rétrocédé à la république de Panamá et les forces armées américaines évacuent la zone.
Pour en savoir plus, c’est ici et pour ceux qui ont du goût pour la polémique, c’est là
et là.

Jacky est Breton. Il a construit son bateau lui-même sur son terrain après en avoir dessiné les plans. Il nous a raconté comment il avait été chercher les plaques d’acier qui lui serviront à façonner la coque et comment ils ont fondu, lui et sa femme, le plomb qui allait servir de lest à leur voilier. Impressionnant.
Le pilote que nous accueillons à bord se nomme Orlando. Un beau mec, hyper zen qui se révèlera accroc aux Springles et au Coca Cola, mais du genre taciturne. En même temps, je peux comprendre, communiquer en espagnol avec moi, il faut le vouloir.
Nous parvenons à la première écluse de Gatún au lever du soleil. Là, ça se complique un peu. Nous sommes partis à trois voiliers. Aramis étant le plus puissant, nous sommes le moteur du groupe. Devant l’écluse, les autres viennent se mettre à couple sur bâbord et tribord. Nous entrerons tous ensemble dans l’écluse. Aramis recevra les aussières avant et les bateaux à couple les aussières arrière. C’est un peu technique ? Vous ne voyez pas exactement ce que ça peut donner ? C’est pas grave, vous, vous n’êtes pas sous le regard sombre et envoûtant d’Orlando (pas le frère de Dalida, l’autre). Détendez-vous !
Donc, le jeu, quand on entre dans l’écluse, c’est d’attraper la petite pelote que nous envoient les éclusiers. Ça à l’air de rien, mais ils la lancent de très haut, ça arrive très vite et c’est aussi dur qu’une balle de golf. N’écoutant que mon courage qui ne me disait rien, j’esquive en m’aplatissant sur le pont. Une fois qu’on détient la pelote, la magie commence ! Car à cette pelote est fixé un petit filin et à ce petit filin est attachée une grosse aussière très lourde et très solide. Qu’on remonte à bord et hop, au taquet !
Bon, ça, c’est fait, là, tu lèves la tête et tu regardes. Huge, le mot ricain semble avoir été inventé pour ça. Devant nous, un gigantesque cargo. Des petits trains, les mulas le guide dans l’écluse et le positionne. Lorsque tout semble paré, la porte arrière se ferme.
On dit adieu à l’Atlantique.
J’en profite pour mâter un peu sur les autres bateaux. Sur tribord, un couple d’anglais, on peux pas se tromper. Les Anglais, même après plusieurs années sous les tropique gardent encore une carnation d’une charmante teinte écrevisse plus ou moins parsemée de taches de rousseur qui leu donne un certain charme (mais pas un charme certain). Sur bâbord, c’est nettement plus intéressant. Il s’agit d’un voilier d’Hollandais. Ces gens du Nord qui ont dans les yeux la couleur de la peau de nos Anglais. Je comprends mieux leurs manœuvres plus qu’approximative. À mon avis, ça cultive pas que la tomate à bord.
L’eau monte. Du coup, nous aussi. Les aussières se détendent et on règle afin que notre petit groupe reste bien stable dans l’espace qui lui est alloué. Stabilisation, ouverture de la porte avant. Le Cargo avance et se stabilise dans la seconde écluse. Nous aussi, et rebelote.
Il y a trois paliers au bout desquels nous nous serons élevés de près de 26 mètres.
L’écluse de Gatún est derrière nous, l’Atlantique aussi. Aramis, à nouveau seul, fend désormais l’eau douce du lac artificiel à 5 nœuds. Nous avons presque 30 miles à couvrir avant d’atteindre la porte du Pacifique. Plus de 6 heures de nav en perspective. Mais pour l’instant, je découvre une infinité de nuances de verts. Celui de l’eau, plus ou moins dense en fonction de la profondeur, celui de la végétation équatoriale luxuriante qui inonde la multitude d’îlots qui parsèment le lac. Nous cherchons aux jumelles singes et crocodiles sans en voir aucun.
La fatigue commence à se faire sentir, et le soleil à taper fort. Sieste.
Je m’éveille pour prendre mon quart avant l’entrée dans le canal. Le balisage est facile à suivre. Le ciel est passé au gris. Il pleut, tiens, ça faisait au moins deux heures qu’on avait pas été mouillé ! Nous arrivons à Miraflores, dernière écluse avant le Pacifique. Nos amis les Hollandais n’ont pas tenus le rythme. Ils dormiront au mouillage dans le lac. Michel reprend la barre pour les manœuvres. En passant l’écluse, je guète les webcams. Je sais que mes proches pourraient voir passer Aramis, et ce lien ténu avec ma famille et mes amis me fait comme un pincement au cœur (que je mets sur le compte de la fatigue et du sevrage de la clope).
Enfin, le Pacifique nous est offert. Nous filons bon train et passons sous le Pont des Amériques qui relie l’Amérique du Sud à l’Amérique centrale. Huge again. Nous arrivons enfin en vue du port de Balboa et du repos tant mérité. Après une prise de coffre parfaite, c’est la relâche. On débarque tous pour se boire une bière au nouveau yacht club de Balboa. C'est à dire à l'abrit d'une tolle ondulée soutenue par quatre piliers. Jacky nous quitte.
De retour à bord, je m’amuse à faire de la photo d’art avec mon appareil photo numérqiue. Mais les photos posées de nuit sur un bateau qui bouge, bah c'est... Flou. Aller, au dodo.
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
15 novembre 2005
Chapitre 1 - La nacre
Miri a 16 ans et fait le malheur de sa famille. Elle veut devenir pêcheur de perles à Manihi dans son île des Tuamotu. C’est une profession très répandue sur son atoll, sauf que ce métier est exclusivement réservé aux hommes. Miri a choisi d’être différente. Elle a toujours su qu’elle appartenait à la mer. Les Pomotu sont des pêcheurs, pas comme ces Marquisiens qui passent leur temps à racler la terre et à courir dans les montagnes après les cochons sauvages ! Elle ne voit pas pourquoi, puisque les mahu ont le droit de se comporter en femme, elle n’aurait pas le droit d’exercer une profession d’homme. Ça fait honte à la famille, bien sûr, et chaque jour sa mère lui répète qu’elle ne trouvera jamais de tãné pour la prendre dans son faré si elle continue comme ça. Miri s’en moque bien. Rester au faré à préparer le mã’a, cuisiner le uru et élever les enfants, Miri, ça ne la fait pas rêver.
Miri est une forte tête, elle a de qui tenir. Les femmes de sa famille étaient des arii depuis des générations avant l’arrivée des Français. Elles étaient respectées, écoutées et obéies. La plupart des motus de Manihi appartiennent encore à sa famille, même si les popaas et leurs prêtres sont parvenus à s’approprier une partie de la terre.
Les hommes n’ont jamais accepté Miri parmi eux. Une vahiné à la pêche aux perles, c’est tapu. Ça porte malheur. Le lagon lui est interdit et l’accès aux perles de cultures aussi. Ils l’ont autorisé à aller pêcher côté récif pensant la décourager. C’est beaucoup plus dangereux. Les grands blancs, les requins citron et les tigres chassent là-dehors. Mais elle a une alliance particulière avec l’océan. Elle est née sous le totem du requin parata, craint de tous. Souvent, elle nage côté récif le long des passes. Les fauves la frôlent, mais aucun n’a jamais fait mine de l’attaquer. Elle est comme marquée, protégée. Miri rêve du jour où elle trouvera la perle parfaite. Celle qui lui apportera la respectabilité auprès des hommes qui la moquent au village.
Aujourd’hui, Miri explore le plongeant au nord-est de l’île. Son frêre Hiro l’attend dans le vaa. Il n’a pas 12 ans, mais est déjà un excellent piroguier. Et puis, il adore sa sœur et ferait n’importe quoi pour elle, y compris braver les interdits en l’aidant à aller aussi loin de la passe en vaa. À l’émeraude et au turquoise du lagon ont succédé l’outremer du Pacifique. Eaux profondes beaucoup plus inquiétantes. Hiro doit maintenir la pirogue à distance du récif rouge sur lequel se brise la longue houle du Pacifique mais s’approcher suffisament pour que sa sœur accède au tombant en apnée.
Miri s’enduit de monoï avant de plonger. L’huile lui permet de mieux glisser dans l’eau et la protège du froid des profondeurs. Elle natte son épaisse chevelure que seul l’huile de copra parviens à apprivoiser et glisse son corps pain d’épice dans l’eau bleue. Elle descend le long du tombant, croise une murène cachée dans son trou de corail, des poissons flûtes, un couple de poissons anges, des perroquets qui se sauvent en l’apercevant. Au fur et à mesure de sa progression, le corail change de forme et de couleur. Elle repère sur sa droite une magnifique porcelaine, mais elle n’est pas venue chercher ça. Ses tympans commencent à la faire souffrir et elle décompresse avec facilité en déglutissant. Autour de sa taille, sa ceinture de plomb l’attire vers les profondeurs. Elle distingue dans le bleu de plus en plus sombre les ombres des grands fauves. Ils se tiennent à l’écart.
Soudain, entre deux agrégats coralliens, se révèle à elle un gigantesque bénitier. Il doit bien avoir une envergure de deux mètres et abrite une nacre au fond de sa mâchoire. C’est du jamais vu, et c’est bien ce qui pousse Miri à s’en approcher. Elle sait qu’elle va devoir ruser pour s’en emparer. Le bénitier est un piège mortel pour celui qui a le malheur d’y laisser traîner ses doigts. Le coquillage a tôt fait de se refermer sur le bras de l’imprudent, qui prisonnier et incapable de se dégager meurt asphyxié en quelques minutes. Si Miri se sert du coutelas qu’elle porte en permanence à la cheville pour bloquer la mâchoire du bénitier, elle risque de le perdre. Sans compter qu’elle n’est pas sûre que son arme résiste à la pression. Elle hésite. La nacre est belle, mais elle peut aussi bien être vide.
Sur une impulsion, Miri passe à l’action. Elle glisse son arme entre les lèvres irisées du bénitier qui se referme dans un mouvement réflexe. L’acier a tenu bon. Miri ne peut pas s’offrir le luxe d’hésiter ou d’atermoyer. Elle glisse son bras entre les mâchoires. La nacre s’est niché au plus profond du coquillage. Miri, en s’étirant, arrive à l’effleurer. Elle se repositionne, s’enfonçant plus profond dans la gorge mordorée du bénitier. La nacre est là, elle la sent. La jeune fille étend encore ses doigts, tous son corps tendu vers le fruit de ses désirs. Elle s’en saisit. La voilà enfin, elle la tiens. Ne voulant pas laisser échapper sa proie, elle assure sa prise avant de reculer précipitamment. Elle a tout juste le temps de se dégager avant que la lame de son couteau ne cède et que le bénitier ne se referme avec violence. À une demi-seconde près, c’était la mort.
Mais Miri est bien loin d’être sortie d’affaire et elle en a bien conscience. La nacre doit bien peser 7 kilos, elle est à 20 mètres de profondeur et a trop tardé. Son temps d’apnée est bientôt épuisé alors qu’il lui reste toute la remonté à faire… ses muscles vont avoir besoin d’un oxygène dont elle ne dispose plus.
Manihi, 14° 26' 15" S - 146° 04' 15" W
chapitre suivant — glossairePréface
Ce conte est d'inspiration tahitienne. Je l'ai nourri de mes souvenir et de l'imaginaire polynésien.
Les mots en italique sont souvent des mots tahitiens. Vous trouverez leur correspondance en farani (français) ci-dessous. Sachez qu'en tahitien, toutes les lettres se prononcent et que le u se prononce ou.
Arii : dignitaire, chef suprême investi du pouvoir temporel dans la société traditionnelle.
Faré : habitation polynésienne traditionnelle.
Hinano : bière de Tahiti.
Keshi : terme japonais désignant une perle formée de nacre pure, à partir d’un éclat de la coquille de la nacre. Issue des nacres sauvages ou de celles qui ont rejeté le nucleus en conservant le greffon.
Tãné : homme.
Hiro : divinité fondatrice tahitienne.
Mã’a : repas.
Mahu : homme efféminé. Travesti.
Maï-maï : dorade coryphène
Miri : caresse.
Motus : îlot corallien ; Par extension, les îlots qui forment la couronne récifale d’un atoll ou d’une île haute.
Paka : ou pakalolo ou bonbon. Cannabis.
Parata : requin parata. Requin à aileron blanc du large. Requin très agressif et dangereux.
Poe : dessert fabriqué avec des fruits locaux comme la banane ou la citrouille, mélangés avec de l'amidon de maïs et cuit au four.
Popaas : terme tahitien désignant les occidentaux et signifiant également « grillé ».
Uru : fruit de l’arbre à pain.
Tapu : sacré ou interdit. Tabou en occident.
Vaa : pirogue.
Vahiné : femme.
07 novembre 2005
23 avril 2004 - Le Captain Bogle
Ça fait un moment que je n’avais pas donné de nouvelles. Figurez-vous que ce matin, nous avons été réveillés en fanfare par les autorités portuaires. À 5 heures du matin, corne de brume et trompettes. Ils prétendent que c’est aujourd’hui que nous devons passer les écluses. Or, nous ne sommes pas prêts, notre intermédiaire ayant tout planifié pour le 24. Panique à bord. La pression monte, tous les indicateurs sont au rouge.
En fait, le passage du canal fait appel à ce que d’aucuns pourraient taxer de système mafieux. Quant à moi, je préfère parler de micro-entreprise. Donc, grossièrement, pour passer le canal, il faut :
- des espèces de vieux pneus pour protéger la coque du bateau ;
- 4 aussières de 40 mètres ;
- un équipage de cinq personnes ;
- un passeur ou pilote agrée par les autorités ;
- avoir accomplit les formalités d’usage.
D’aucuns pourraient insinuer que les méandres administratifs et la difficulté à obtenir des informations ne sont pas liées à un manque d’organisation des autorités panaméennes, mais à un complot visant à forcer les pauvres globe-flotteurs que nous sommes à payer grassement un intermédiaire pour réussir à aller plonger notre étrave dans les eaux bleues du Pacifique.
Que nenni. Moi qui suis bloquée en position sourire, j’ai la conviction que c’est une merveilleuse occasion de s’initier aux coutumes locales et d’entrer en contact avec la population. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Charlie, notre intermédiaire.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais Charlie est un prénom assez répandu au sein des micro-entreprises tropicales.
Ainsi, aux Antilles, Charlie vous vend des T-Shirt à Moustique, son cousin Charlie vous propose des langoustes grillées aux Tobago Cays et grâce au cousin Charlie de Dominique, vous pouvez remonter la rivière indienne. Le point commun de tous ce Charlie, leur atavisme familial en quelque sorte, est leur talent à vous délester de tous ces dollars qui encombrent votre portefeuille.
Ben là, on a Charlie qui nous vend des pneus (10 x 4 dollars), qui nous loue des aussières à la journée (4 x 20 dollars), peut nous fournir de la main d’oeuvre s’il nous manque des équipiers (neveu ou nièce de Charlie qui nous aiderons à passer le canal pour une somme très modique !), négocie notre date de passage grâce à la magie de son portable (petit pourcentage).
La question se pose : Charlie pédale-t-il dans la semoule ? Charlie a-t-il failli ?
Parce que cette petite plaisanterie vient de nous coûter 440 dollars pour reprogrammer notre passage.
Michel, propriétaire d’Aramis est fumasse. Philippe, le X-Man, est rentré précipitamment pour accepter un job doté d’un salaire scandaleux. Nous ne sommes plus que quatre : Michel, son ami Raymond, Patrick et moi. Et devinez quoi, je suis la seule à balbutier l’Espagnol… C’est pas gagné !
Nous décidons néanmoins de porter réclamation. Charlie tient à nous accompagner, arguant qu’il en va de sa réputation avec des intonations mafieuses qui font vaciller mes belles théories. Nous embarquons dans une espèce de vieille guimbarde qui hoquette péniblement jusqu’à la capitainerie. Le bâtiment ressemble plus à une tour de contrôle d’aéroport international qu’à la capitainerie de Ploumanach.
Le Captain Johny Bogle nous reçoit en personne. Un personnage d’Hugo Pratt. Pantalon noir à pinces, blazer blanc et panama crème, il en jette ! Au sommet de cette tour d’ivoire, Captain Bogle nous installe dans de profonds fauteuils en cuir noir. De son bureau, on a une vue à 360° sur la baie et sur l’écluse de Gatún. Autour de nous crépitent des écrans de télévisions et clignotent des platines qui n’ont rien à envier à un Boeing 747 ou à la table de mixage de David Guetta. Face à nous, légèrement penché en avant, les mains jointes sous le menton, il m’écoute religieusement. Son anglais est impeccable. L’affaire est grave semble-t-il. Il passe plusieurs coups de fil, fait des recoupements
Trois quart d’heure d’entretien plus tard, le verdict tombe. Le règlement spécifie que nous devons rester en veille sur le canal 12 de la VHF en cas de modification du calendrier des passages. Eu égard à l’heure tardive à laquelle a été passé l’appel (que l’on nous fait écouter), nous pouvons légitimement demander une enquête et le remboursement de l’amande.
Je suis très contente de moi. J’ai été bien polie avec le monsieur comme m’a appris Béné, et ça marche !
La suite montrera que les autorités panaméennes sont d’une honnêteté scrupuleuse, puisque l’amande sera remboursée. Seul Michel oubliera de reverser cet argent à ses anciens équipiers.
Aujourd’hui, j’ai cuisiné mon premier pain. Pas trop mal, mais je dispose d’une marge de progression considérable. Le soir, après m’être douché sur la jupe arrière dans les clignotements rouges et verts des balises, je me brosse les dents en regardant les quelques étoiles qui se devinent entre deux couches nuageuses. Je crois qu’en fait, ce que je préfère dans la voile, c’est cette salle de bain à ciel ouvert et la beauté de sa baignoire dans laquelle se reflète la lune.
Demain, on traverse. L’écluse de Gatún, le lac, le canal, Miraflores, et derrière, le Pacifique !
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
04 novembre 2005
C'est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases
ON EN FAIT DES CONNERIES EN CROISIERE. ON EN DIT BEAUCOUP AUSSI. J’AI DECIDE DE FAIRE LA LISTE NON-EXHAUSTIVE DE NOS PLUS BELLES PERLES. VOILEUX DE PASSAGE, A VOUS DE LA COMPLETER EN CLIQUANT SUR « COMMENTAIRE ».
Un petit clic vaut mieux qu’un grand plouf.
Hélas pas d’Eric.
Il ne faut pas confondre aller sur et… Taper dans.
L’Erika
Il ne faut pas attendre d’avoir soif pour s’hydrater.
Consigne Gouvernementale
Naviguez bien… naviguez plein ! ! !
Attribuable à tous les marins du monde.
Ah c'qu'on est bien quand on est complètement pleins, complètement bourrés, prêts à dégueuler…
Suite logique de la précédente.
Sucer n'est pas tromper.
Bén'
Oh la la la… Ça dérape !
Defy
Tu peux me rappeler ton prénom ?
Circonstances non encore élucidées.
Si c’est pour se faire branler en mer…
— Autant rester tranquille chez soi à se palucher...
— Comme ça, en plus, on peut écouter la musique qu’on aime.
Didier, Xav' et Jeff, typique d'un bord braguette.
Qu'on apporte la bière et les hommes !
Sibylle, typique d’un bord soutifs.
Visibilité : Bof !
Defy sur le livre de bord.
Je suis pas regardant sur le grattage du moment qu’il y a tirage.
Seb
Authentique oui ! Naturel, non !
Defy en parlant des skippers pro.
Argent ne doit pas être obstacle à bonheurrr.
Jeff alias Aldo
Ça c’est perf !
Formule d’autocongratulation que nous devons à Jérôme, ne pas oublier de s’embrasser soi-même.
Qui bouche, débouche ! ! ! ! !
Defy (quiconque a déjà débouché des chiottes de bateau ne pourra qu’adhérer).
Tu bois un Ti punch, tu bois deux Ti-punch… Tu bois trois Ti-punch…
Mais toujou' toujou' toujou' tu ga'des le même esp'it au t'avail.
Jeff, Antilles 2003 – 15 jours, équipage de 8 – 13 bouteilles de Rhum.
C’est pas parce qu’on voit pas le fond que c’est profond.
Création collective pour Defy suite à déboires sentimentaux.
On fait pas de la voile, on fait du bateau.
Prise de conscience collective.
Bateau, us et usages des stagiaires UCPA
L’une des traditions les plus ancrées, c’est le pourrissage de mouillage. Je m’explique. Pourrir un mouillage, c’est arriver dans une jolie crique paisible où seuls quelques voiliers ont posé leur ancre. Au coucher du soleil, sortir l’apéro, boire un ti-punch... brancher les jumeaux karaoké (ils se reconnaîtrons), boire deux ti-punch... craquer par overdose de Joe Dassin et Aznavour et déclancher le lecteur CD, boire trois ti-punch... sortir les lampes flash pour faire la boule à facettes sous la bôme, boire encore un ti-punch sans citron vert (devient trop dangereux les couteaux)... monter le son, l'est où mon verre?, ramasser le verre cassé...
et tout le monde à poil pour le bain de minuit… Y reste du rhum pour le grog ?
Voile, langage technique des moniteurs UCPA
Muler – marmuler – blinder – bourriner = tirer sur ses putains de cordes, sa mère ! (border pour les puristes)
Pour les néophytes, quelques précisions. « Marmuler » c'est un peu moins subtil que « muler » mais assez efficace. Il existe quelques repères pour savoir quand on a assez « Marmulé ». En général, quand les coutures du génois commencent à céder où bien, s’il s'agissait du pataras, quand la girouette de tête de mât commence à gêner le barreur.....
« Bourriner », c'est presque comme « Marmuler » mais là, il ne faut surtout pas regarder ses voiles (sinon tu risques de t'arrêter avant), tu regardes bien le winch, tu forces, tu pousses des cris, ça aide, et quand le winch commence à s'arracher du pont... c'est bon, t'as bien « Bourriné »... décidement, ça me plaît de plus en plus la voile! "
Tauler – gauffrer - partir au tas = vient juste après, quand t’as bien mulé-marmulé-blindé-bourriné. En général, t’as de l’eau jusqu’au genoux et les barres de flèche dans l’eau.
Quicher = ou choquer, pratique exceptionnelle consistant à relâcher ses putains de cordes que tu t’es bien éclaté à muler-marmuler-blinder-bourriner. But de ce renoncement, pas se tauler-gauffrer.
Paris, 48° 51' 53" N - 02° 20' 56" E
02 novembre 2005
20 avril 2004 - Envol
Certaine que Béné ne nous autoriserait pas les crises de sentimentalisme aigü, je lui avais demandé de m’accompagner à l’aéroport. Là, elle est partie rejoindre l’écureuil afin de financer mon voyage avec ses cotisations. Je lui ai confié mes toutes dernières cigarettes qu’elle m’avouera à mon retour avoir conservées comme de précieuses reliques…
Me voici chômeuse non-fumeuse globe-flotteuse. J’ai du mal à réaliser que je suis enfin sur la route. J’ai tellement attendu ce moment-là !
Je passe le détecteur de métaux. Ceintures et pièces métalliques des chaussures interdites. Je me retrouve pieds nus et le pantalon me tombant allègrement sur les hanches… La classe ! Estampillé inoffensive (s’ils savaient), je rassemble ce qui me reste de dignité, me réajuste, et pars me consoler dans les boutiques de Duty free.
Bilan d’American Airlines :
- Stewart, mention très bien ;
- Ergonomie : bien (plein de place dans les fauteuils des wasp américains) ;
- Bouffe : très insuffisant (pour ne pas dire dégueu) ;
- Boisson : pas de vin (le début de la fin).
Le truc drôle ça a été l’escale à Miami. Ils te mettent en ligne un par un sans aucune espèce de classification à part « nous (enfin eux) » et « le reste du monde ».
Tu attends pendant des heures. À un moment, tu te rends compte que ton avion décolle dans 10 minutes. Là, les rangers du Texas ont comme un mouvement de panique. Ils se mettent à organiser un plan B (terrifiant). Toi, tu te retrouves à piquer un sprint en direction de la passerelle en tenant ton pantalon. Parce qu’évidemment, ils t’ont refait le coup du détecteur (et que ni chez Prada ni chez Chanel tu n’as trouvé de ceinture rose assortie à ta swatch Barbie). Un grand moment !
J’étais un peu soucieuse dans l’avion de Panama Airlines, car Gil — c’est mon père Gil —, m’avait averti que les copains franchissaient le canal aujourd’hui et je ne savais pas très bien dans quel port j’allais les retrouver (Colón ou Balboa) ni comment j’aurais l’info.
Le survol des côtes de la Floride et des Bahamas m’a fait tout oublier. À travers les eaux translucides de l’Atlantique, on voyait se dessiner une géographie sous-marine torturée. L’océan bleu outremer, passait au gré des plissements de la croûte terrestre au turquoise avant de se fondre dans l’émeraude et s’éteindre sur le safran des îles des Bahamas.
Le soleil se couche lorsque nous survolons le canal. Panama City s’est habillé de lumière et nous atterrissons à la nuit tombée.

Passage de la douane et de l’émigration. Il me faut expliquer que je ne peux pas leur donner d’adresse d’hôtel et que je n’ai pas de billet retour : « Porque va en viaje en una vela barca. »
Je ne saurais jamais comment le gentil pistolero a fait pour comprendre mon petit nègre franco-italo-espagnol, mais il me laisse passer.
Ne sachant où se trouve Aramis, j’ai décidé de faire un peu de tourisme en attendant des instructions. Je potasse, compare, et me sélectionne une petite pension de famille dans un quartier du centre ville qui a l’air sympa.
Trouver un taxi et commander une course, maintenant. Je rassemble mon énergie vacillante et essaie d’ouvrir le peu de chacras qui me reste en battant le rappel des neurones dissidents. Il faut dire qu’il est deux heures du matin, et que la veille, on a fêté dignement mon départ.. J’ai dû dormir deux heures… Comó se dice libre ? Camera libre, libra, disponibile (non, c’est de l’Italien ça encore…)
J’angoisse un tantinet en me trimbalant tête basse mes 40 kilos de bagages (ridicule, je ne me servirais que d’un dixième de tout ce bordel), marmonnant des bouts de phrases d’esperanto quand je tombe sur… Philippe. Philippe, le X-man, mon équipier polytechnicien qui est venu me chercher, tout beau et tout bronzé. Ils n’ont pas du tout franchi le canal, ils sont toujours à Colón.
Dehors, il pleut à verse. L’air est saturé d’humidité. Il fait nuit noire bien qu’il soit à peine 19 heures. Le réseau routier est sommaire et les Panaméens ne s’encombrent pas de panneaux indicatifs, si bien que nous mettrons deux heures pour parcourir les 80 km qui séparent Panamá City de Colón.
Colón, c’est un coupe-gorge la nuit. Pire que les docks de Grenade ! Je suis bien contente que Philippe soit à mes côtés, parce que seule, je serais morte de trouille. Pourtant, je ne suis pas du genre traqueuse ! Michel nous attends à la marina en annexe. Ce yacht club est le plus sordide qu’il m’ai été donné de voir. Nous traversons le port sur plus d’un mile pour rejoindre la zone d’attente réservée aux voiliers, passant devant de luxueux yacht, et d’écrasants cargos. Quand se dessine la silhouette d’Aramis, je réalise, dans la lumière des bouées latérales, que je suis enfin libre, en route pour Tahiti, un océan à découvrir, les Galápagos sur mon chemin !





