Le pays imaginaire de Defy

Lorsque j’ai réalisé que j’allais avoir 30 ans, ça m’a fait comme un choc. J’ai décidé de changer de vie. Radicalement. Je me suis débarrassé de mon boulot pour traverser le Pacifique à la voile. Ce blog est mon carnet de bord.

19 avril 2006

Nuit du 8 juin 2004 - Je suis toute petite

Nous allons arriver demain matin. Demain matin, nous verrons apparaître Hiva Oa. Les Marquises… Enfin !

Je ne sais pas si c’est la perspective de retrouver enfin mon autonomie et ma liberté mais je réalise maintenant à quel point j’ai pris sur moi pendant la traversée.

Entre la misogynie de Patrick, sa méchanceté gratuite, son insondable capacité à nuire, à diviser, à pourrir la situation et la tyrannie de Michel, je suis complètement à bout.

Voilà bientôt une semaine qu’on ne partage plus rien. Plus une parole, plus un repas, plus une émotion.

La tension est montée graduellement depuis le Panamá. La frustration sexuelle de Patrick l’a conduit progressivement à développer une haine tenace à mon égard et une jalousie maladive. Il ne supportait plus la complicité qui avait pu naître entre Michel et moi.

Michel, ce propriétaire orgueilleux et borné qui a joué de son pouvoir pour torturer le vieil homme, le harcelant, le soumettant par son mépris. Cet homme si gentil et si doux que j’avais rencontré à Paris me révulse aujourd’hui. Comment continuer à cohabiter avec un monstre ?

La seule issue est de débarquer.

Je veux ma mère pour pleurer dans ses bras. Je veux mon père pour me protéger. Je veux mes amis pour m’entourer…

Je veux rentrer à la maison.

Je suis partie pour devenir une grande, mais aujourd’hui, je suis toute petite.

Je voudrais retrouver l’innocence et la joie de l’enfance, le cocon doré de mes 3 ans, quand j’étais une petite princesse et que le monde était amour.

delph12

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 10° 01' S - 136° 35' W

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13 avril 2006

8 juin 2004 – Da Vinvi Code

Suite de l'épisode précédent.

L'ordi a redémarré. Après avoir séché toute une nuit, on a appuyé sur le bouton (Thérèse) et…

Magique !

On a même récupéré MaxSea. Par contre, le clavier a gardé quelques séquelles. Il a perdu quelques lettres au passage. Je ne crois pas au hasard. C'est un signe !

Je vous les livre pêle-mêle :

243_poster

F

U

C

K

Je crois que quelque chose, quelque part, essaie de nous transmettre un message.
Mais voilà, lequel ?

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 10° 01' S - 136° 35' W

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12 avril 2006

6 juin 2004 – J’ai niqué

l’ordi.

Je suis une fille. Et je suis une fille maniaque !

C’est génétique, il paraît (merci papa, merci maman) !

Chromosomique aussi (les hommes disent ça).

Ils disent : pas besoin de lire Les hommes viennent de Mars et les femmes viennent de Vénus pour être au courant que quand les femmes ont la tête en foutoir, elles font le ménage ou se font faire une nouvelle tête (avec plus ou moins de succès) chez le coiffeur.

Après l’épisode « doigts de schtroumpfs », j’ai été prise d’une frénésie ménagère (trouver un coiffeur, là, au milieu du Pacifique ne constituait pas une option envisageable).

cockpitLe cockpit de l’ovni est entièrement en teck. Avec le temps et la pollution du Canal de Panamá, le bois est devenu tout gris. On a du papier de verre à bord, alors, je me suis mise en tête de lui redonner une nouvelle jeunesse.

J’ai passé 3 jours plein à poncer comme une cinglé du matin au soir. Les alizés ont déposé de la poussière de bois sur tout le roof.

Au bout du compte, le teck a retrouvé sa blondeur. J’étais super fière de moi et j’avais bien évacué ma rage.

Pour la touche finale, j’ai entrepris de laver le pont à grande eau. J’ai balancé des dizaines de sceaux d’eau regardant la poussière de bois disparaître. Le pont étincelait de blancheur sauf qu’à un moment, un grand cri à résonné en provenance de la cabine arrière bâbord. Michel a surgi comme un diable sortant de sa boîte. J’avais envoyé entre 5 et 10 litres d’eau sur le joli Toshiba.

A pu d’ordi !

Tout mouillé, tout cassé !

Encore, avec l’eau douce, vous pouvez espérer qu’en séchant… Mais alors, avec l’eau de mer… Le sel… La cata quoi.

J’étais un peu emmerdé ! En même temps, Michel avait dû nous répéter 2 500 000 fois à Patrick et à moi qu’il était interdit, absolument , d’ouvrir le hublot qui donnait sur l’ordi. J’ai trouvé l’ironie de la situation assez savoureuse.

Le seul souci, c’est que pour les approches, on se servait d’un logiciel appelé MaxSea. Ce logiciel est génial. Couplé au GPS, il permet de positionner le bateau, tracer des routes, simuler des courants, voir les marées… Le grand luxe quoi !

On a le monde entier en carte nautique sur le disque dur. Non, correctif : on avait !

Donc, si j’ai un petit conseil à donner, c’est d’avoir tout de même quelques cartes papier à bord… Juste au cas où vous tomberiez sur quelqu’un comme moi !

Et puis aussi, le logiciel, faut pas l’acheter. Faut se servir de radio ponton…

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 09° 21' S - 132° 00' W

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10 avril 2006

3 juin 2004 - Que d’eau

pizzaAujourd’hui, on a changé de côté de carte.

Quand j’ai fait le point, on avait 3 800 mètres d’eau sous nos pieds.

En fait, pour nous, le trajet le plus court pour rejoindre la terre, c’est en coulant.

On est pas des petits branleurs, on choisira pas la solution de facilité !

Pour fêter ça, j’ai fait une pizza !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises
07° 45' S - 124° 46' W

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04 avril 2006

2 juin 2004 - Didi de Schtroumpf

Rectificatif : la nuit a été courte, très courte !

Donc, évidemment, vu que j’ai TOUJOURS raison, quand l’autre nuisible est venu me réveiller à la demande de Michel, on avait 27 nœuds de vent, il était trois heures du mat et le bateau partait régulièrement au lof. Patrick n’avait pas alerté Michel avant sa prise de quart et la situation avait eu bien le temps de dégénérer… Bref, c’était la cata.

J’ai enfilé le harnais, mis les gants et je suis sortie à toute vitesse. La mer s’était encore creusée et à chaque fois qu’Aramis descendait les vagues, il prenait de l’angle en s’appuyant sur ses bouchains tribords. En gros, on partait à moitié au tas par la droite toutes les 20 secondes !

Ben la voilà, la super manœuvre d’affalage, de nuit, par 30 nœuds ! BONHEUR ! Putain, quand je pense qu’a Paname, y’en a qui m’ont demandé si j’allais pas m’emmerder à rester enfermé comme ça dans un si petit espace.

Vous savez quoi les gars, pas du tout !

D’autant plus que Michel s’était mis dans la tête de nous faire exécuter une manœuvre bien à lui dont il a apparemment le secret puisqu’elle ne figure dans aucun manuel de voile connu (on la trouve peut-être dans les bêtisiers, faudra que je vérifie). Et là, je vais vous laisser savourer le truc : le spi étant équipé d’une chaussette, le mieux, c’est de l’étouffer sans dérouler le génois.

je laisse les voileux se bidonner tranquilou et j’explique aux autres

chaussette1La chaussette, c’est ce truc là.

Mais même à vous, petits amis virtuels néophytes de la voile, il ne vous aura pas échappé qu’avec 30 nœuds de vent dans le gros machin, espérer réussir à l’enfermer dans ce tout petit espace, c’est du délire.

L’astuce la plus communément admise consiste donc à dérouler le petit/moyen machin (le génois ou foc), masquant ainsi le gros machin du vent. Y’a plus de vent dans le gros machin, on l’étouffe, on le range et hop au dodo.

Et bah là, non.

indestructibles_1_On va le laisser bien plein de vent. Bien violent avec une force de 500 kg sur chaque point d'écoute et on va appeler les Indestructibles pour faire le boulot.

T'as raison coco ! Sauf que pour la distribution, tu repasseras parce que Madame Indestructible, c'est pas moi ! Et encore moi Le Vieux.

Nous voilà parti pour mettre en oeuvre l'infaillible méthode du chef ! On choque l’écoute qui tiens le spi sur le côté et il se met à battre comme un fou dans la forte brise. L’écoute elle-même traverse le pont régulièrement à toute vitesse, imprévisible et incontrôlable.

Le temps que le gros machin soit étouffé par la chaussette sur laquelle Michel tire comme un boeuf (avec la même efficacité que Chirac pour ramener la paix sociale vendredi soir), le nuisible se paie deux fois l'écoute en pleine pêche et nous mets du sang partout (même méthodes de bourrin, même résultats ! Y'a d'la cohérence !).

didi1Moi, bilan des courses et malgré les gants, j’ai des doigts de Schtroumpf. Y zon été tout crabouillé !

Je le prouve (et j'envoie l'image à mon avocat !).

Je me passe de commentaire, aide Michel à remettre de l'ordre et à installer le génois, soigne Patrick, et retourne dormir le peu de temps qu’il me reste avant mon quart.

Michel : la chienlit, c’est aussi lui !

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 25' S - 122° 02' W

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02 avril 2006

1er juin 2004 - Les ners à vif

Les dauphins n’étaient pas venus pour me consoler. J’en suis maintenant convaincue. Ils étaient annonciateurs d’un coup de vent.

Depuis le rituel du bain ce matin, le bidule électronique qui mesure le vent n’a fait que monter (anémomètre)… et le bordel à pression descendre (baromètre). Michel a profité de cette belle brise pour hisser le spi (communément appelé « gros machin »). Super !

spi

Aramis part en surf sur la longue houle du Pacifique, toutes voiles dehors. On fait des pointes à 10 nœuds (vous affolez pas, vous nous doubleriez en roller ! 10 nœuds, c’est que 18,56 km/h). N’empêche, on prend notre pied.

La journée se passe et on avale les miles. La progression sur la carte est nette ! Moi aussi, j’adore sortir le gros machin ! Même si je suis une fille ! On a cette sensation de puissance très particulière, l’adrénaline qui monte, le sentiment de toucher du doigt la perfection. Un voilier sous spi est comme un albatros en vol, privez le voilier du vent et de ses voiles, et il devient gauche, maladroit… Il perd toute grâce.

La journée se passe et le vent monte toujours. Le baro a chuté de 5 hPa en quelques heures. Ça sent très très mauvais. J’insiste auprès de Michel pour qu’on affale le spi avant la tombée de la nuit. Il refuse de m’écouter.

barometre1Sauf que voilà, après manger, une fois le soleil couché, son entêtement devient dangereux. On a déjà 18 nœuds de vent réel et ça va continuer à monter. Michel s’obstine dans son idée :

« Le vent monte à la tombée de la nuit ! C'est provisoire. Une brise thermique ! ».

La tension monte surtout ici, c'est moi qui vous le dit. Je rassemble le peu de chacras ouverts qu'il me reste et expose mes arguments :

- on est à la limite d’être surtoilé ;
- on est que 3 ;
- la nuit tombe ;
- le baro n’a fait que descendre, ce n’est pas une brise thermique mais belle et bien du vent engendré par la baisse de pression.

vent1Michel me traite avec ce mépris propre à certains marins qui seuls maître à bord n’entendent pas recevoir de leçon d’une fille, et d’une gamine qui plus est.
CONNARD, À MON ÂGE, HELEN MAC ARTHUR FAIT LA UNE DE TOUS LES JOURNEAUX !

« Puisque tu insistes sur ton rôle et tes responsabilités de chef de bord, Michel, je tiens à te dire que je considère comme une erreur de ta part de te mettre par négligence dans une position ou tu devras demander à ton équipage d’aller manœuvrer de nuit sur la plage avant une voile en surpuissance par 25 nœuds de vent. Sur ce, bonne nuit ! »

Ma tirade ne change rien à rien, mais elle me soulage !

Je monte prendre mon quart. J’ai enfilé un harnais. Cette nuit, on ne joue plus ! Au fil des heures, et à mesure que le vent monte, je procède aux réglages visant à soulager le gréement. Je choque le hale bas de grand voile pour laisser le vent s’en échapper et perdre de la puissance. Je bride le guindant du spi autant que je peux pour l’aplatir. Lorsque je réveille Patrick pour qu’il prenne son quart à minuit, le pilote automatique commence à peiner. Je sens que la houle se creuse et que la mer se forme.

Avant d’aller me coucher, je donne des consignes au nuisible qui ne m’écoute que d’une oreille. Allongée dans ma couchette, je fais moins la fière. Le boulet, rappelons-le, a une expérience nautique qui se limite aux cargos de la marine marchande. Autant dire que les grands draps qu’on pend sur le pylône, il voit pas trop comment ça marche.

J’ai bien vu qu’il ne prêtait aucune attention à mes recommandations. Si le bateau part au lof sur l’effet d’une survente, il ne saura que faire et on risque de se retrouver cul par dessus tête. Je lui ai répété au moins 5 ou 6 fois : tu choques le hale bas en grand, tu choques l’écoute de spi en grand (tu vois, la rouge, là ! et la verte là !). Il m’a viré en me disant d’arrêter de faire la maligne, qu’il savait ce qu’il faisait.

Tu parles… Il a au moins consenti à réveiller Michel si le vent passait les 25 nœuds.

La nuit va être longue…

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 09' S - 119° 33' W

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22 mars 2006

1er juin 2004 - Histoire d'O

L’Ovni est équipé d’une jupe arrière spacieuse et confortable. Après le petit-déjeuner, je tends un paréo sur les filières du balcon arrière pour m’offrir un semblant d’intimité. La jupe arrière devient mon havre, mon espace détente.

J’ai placé dans un seau mon savon et mon shampoing, un gants de toilette, de la crème pour le corps, des lunettes de soleil et un bouquin. Le rituel est immuable. Je commence par placer mes affaires en sécurité dans le cockpit tout en les gardant à porter de main.

Aujourd’hui, le vent est monté et Aramis, en partant au surf, traîne un peu son cul dans l’eau. De gros remous cernent alors mon solarium et viennent parfois lécher mes orteils. Aujourd’hui, je décide de nouer une aussière autour de ma taille et de la frapper sur un taquet arrière avant de descendre sur la jupe. Mieux vaut un petit clic qu’un gros plouf, comme on dit.

mer1

Vous devez penser qu’il n’y a rien de plus trivial que de prendre de l’eau de mer armé d’un seau, et bien détrompez-vous. Petite, des adultes me racontaient des histoires affreuses de marins qui étaient passés à la mer en se prêtant à cet exercice. Le poids du seau, son inertie, la vitesse du bateau, l’équilibre précaire d’un corps à peine sorti des bras de Morphée… Tout tend à faire de vous un Tarbarly bis.

Je vais vous livrer mon petit secret : juste au bord de la jupe, dans le sillage du bateau, il y a comme un espace mort. À cet endroit précis, la vitesse ne se fait pas sentir et il est aussi facile de recueillir un seau d’eau que lorsqu’on est au mouillage. Je ne sais pas si on doit ça à Newton ou à Andromède, de toute façon on s’en fout !

Pour les novices, on se lave et on se rince entièrement à l’eau de mer. Je conseille les gels douche Usuhaïa qui moussent même à l’eau de mer ou le savon estampé « spécial eau de mer ». Personnellement, j’utilise un savon dermo-protecteur sans savon que j’ai un mal de chien à rincer donc : « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Le gant de toilette, c’est pratique, ça permet de frotter pour éliminer les couches de crème solaire accumulées. On peut alors avoir une petite idée de la couleur de sa carnation.

ATTENTION :
Le shampoing ne mousse pas à l’eau de mer. Il est suicidaire – et le mot n’est pas trop fort – de tenter de se laver les cheveux sans les avoir mouillés à l’eau douce. Le soucis d’économie qui nous animerais nous conduirais à utiliser beaucoup trop de shampoing et à être dans l’incapacité de procéder à un rinçage correct… La catastrophe !

Après le lavage, j’aime particulièrement m’auto-balancer de grands seaux d’eau sur la tête. Ça rafraîchi, ça réveille, ça fait du bien. L’eau glisse le long de mon corps et sa fraîcheur ne rend que plus douce la caresse du soleil. Je suis du genre à pouvoir rêvasser pendant des heures en regardant les dessins que fait la mousse de savon en s’écoulant. Après m’être rincé à l’eau douce avec la petite douchette du bord, je lézarde nue au soleil en bouquinant une histoire polynésienne (aujourd’hui, c’est Melville qui m’accompagne).

caramel2De son corps bronzé tout entier
sans la trace du maillot
La doudou n’en porte jamais,
elle dit « ce truc idiot, c’est bon pour les cageots »…

J’aime ta couleur café…

Moi, c’est « caramel au beurre salé ».

NB – De temps en temps, je prends le vieux en flagrant délit de tentative de matage. Déjà qu’il était aigri, le voilà frustré ! bien fait ! Il aurait dû être gentil avec Angel Skin!

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 09' S - 119° 33' W

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09 mars 2006

31 mai 2004 – Quand Flipper rencontre Bénabar

Aujourd’hui, j’ai eu un monstrueux coup de cafard... Ironie du sort après les avoir exterminés.

Michel et Patrick se sont encore engueulés. Ce proprio est un tyran et le p’tit vieux un sournois.

Michel a mis au point la version nautique de la torture de la goutte d’eau.

Patrick dort juste au-dessus du groupe électrogène. Or, puisque nous naviguons exclusivement à la voile et que nous n’avons pas de panneaux solaires, nous n’avons d’autre solution pour alimenter les batteries que de brancher ce groupe une heure par jour. Michel allume donc systématiquement le groupe au moment où Patrick fait la sieste.

Il a aussi décidé que le petit déj. devait être prit en commun, les repas étant des moments privilégiés de partage et d’échange. Il met donc l’eau à chauffer dans la bouilloire et la laisse siffler jusqu’à ce que l’ensemble de son équipage soit rassemblé dans le carré auprès de l’autorité suprême à bord : lui-même.

Mais là, j’y ai mis le holà.

Je venais de faire le quart minuit-trois heures. Je suis sortie de ma cabine, fumasse d’avoir été réveillé, je me suis saisie de l’affreuse et je suis sortie en quatrième vitesse dans le cockpit. Le bras tendu au-dessus du Pacifique, j’ai grogné à Michel : « tu te passe de moi le matin au p’tit déj, ou tu te passe de thé ! ».

Ben, on a plus été emmerdé !

J’ai pleuré pendant plus d’une heure assise sur le balcon avant. Là, assise avec les pieds dans le vide, tournant le dos au bateau et à ces deux cons (parce que n’oublions pas que Patrick est un sale con), j’ai laissé s’écouler mes peines et mes rancoeurs. Et j’ai pris la décision de débarquer aux Marquises. Bénabar m’a accompagné, et quand le CD s’est terminé, j’ai vu apparaître dans l’étrave un, puis deux, puis des dizaines de marsouins. Ils nous ont accompagné jusqu’au couché du soleil.

Je me suis dit qu’ils étaient venus pour moi… Pour me consoler.

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 18' S - 117° 24' W

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07 mars 2006

30 mai 2004 – Extermination totale, pas de prisonniers

Cette nuit, je suis tombé sur ça qui crapahutait sur la table à carte.

beetle32 beetle12

Euh, non, pardon, sur ça.

beetle2

C’EST LA GUERRE ! ! !

berkJ’ai horreur de ces trucs, c’est phobique. On en voit un, c’est qu’ils sont des centaines. Des centaines à se balader la nuit, à ramper, à s’insinuer partout, et pourquoi pas jusque dans ma couchette, pourquoi pas jusque sur moi pendant mon sommeil… Berk ! ! !

Je suis une fille. Donc, j’en parle aux gars pour qu’ils me sauvent ! Mais les gars sont encore plus dégoûtés que moi. Je donc suis nommée exterminatrice en chef.

Je me suis équipée à Paris au BHV d’une arme chimique de destruction totale (que j’ai fait passer en fraude aux States en faisant escale à Miami !).

C’est une seringue contenant un poison mortel. Les cafards sont friands de cette pâte et se jettent dessus pour s’en régaler. Mais ce poisson n’agit qu’au bout d’un certain temps. Imaginez :

Le beettle, après s’être bâfré comme un gros dégueulasse, rentre voir moumoune au nid. Un petit coup vite fait pour perpétuer sa descendance, et au plumard. Mais pendant son sommeil diurne, il est saisi de convulsions. Douleur atroce ! Il se tord de douleur. Ses râles attirent la meute. Un rictus aux mandibules, il tombe raide mort.

Et là, sa petite famille, qu’est-ce qu’elle fait ?

Elle le bouffe !

Et s’empoisonne illico !

Mon plan est diabolique ! ! !

guerre

Pacifique, entre les Galápagos et les Marquises, 07° 03' S - 114° 49' W

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02 mars 2006

29 mai 2004 - Fuckin’ Bananas

babanes1On a acheté deux régimes de bananes à Joseph au Galápagos. Deux régimes pour trois.

J’en

peux

plus

des

bananes

! ! !

- Banane-céréales-lait le matin au t’it déj.
- Banane à 10 heures au goûter.
- Mousse de bananes à midi.
- Milk shake de bananes à quatre heure.
- Bananes frites à l’apéro.
- Bananes flambées le soir.
- Une t’ite banane pendant la nuit pour te donner du cœur à l’ouvrage.

STOP ! ! !

Évidemment, pendant les 3 premiers jours, on a été peinard. On avait dispersé nos bananes bien vertes un peu partout : dehors accrochées au bimini sur bâbord et tribord, et à l’intérieur pendues dans la coursive. Ce sont les babanes bimini bâbord qui ont commencé à mûrir en premier. Celles côté Sud ! Et à partir de ce moment, ça a été l’escalade. Coursive, bâbord, tribord, on ne savait plus comment s'en débarasser...

Nous nous sommes mis à consommer des bananes à tout va. 4 bananes x 3 marins = 12 bananes jour ! Et on n’était pas assez rapides.

La banane est aux Galápagos ce que sont les noix de coco à Las Perlas (on en a toujours dans les coffres de celles-là !). On a eu les yeux plus gros que le ventre comme dirait mamie ! C'est payé, faut manger !

Je rêve d'une côte à l'os au roquefort...

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Le saviez vous ?

bananes2

En premier apparaît la fleur de bananier. Elle pousse, croit et grandit. Autour de la tige qui la relie à son arbre se développent des excroissances : les futures bananes. Lorsque le régime atteint une taille raisonnable, on coupe la fleur de bananier. Le bananier ne nourrit plus que le régime. Les bananes, un peu anguleuses, s’arrondissent alors pour atteindre leur maturité. On peut ainsi décider plus ou moins de quand on récoltera les fruits.

palace

Le professeur Defy a toujours quelque chose à dire !

Ça c’est Palace !

Pacifique, entre deux bananes, 07° 02' S - 112° 11' W

Posté par Defy à 10:13 - 06 - Voyage - Vers les Marquises - Commentaires [6] - Permalien [#]