16 février 2006
20 mai 2004 : Enlevée par un Ovni
Carénage dans la mer émeraude à 24 degrés des Galápagos. Il faut en profiter avant d’avoir l’impression de mariner dans sa baignoire dans les lagons des Tuamotu. Armée de ma brosse, je débarrasse Aramis de ses dernières algues. Un ovni 45 pieds, c’est très grand finalement quand on lui gratouille la coque. J’améliore mes temps d’apnée, c’est le bonheur. Malheureusement, les otaries se tiennent à l’écart.
Une fois remontée à bord, j’assiste à un bien étrange ballet. J’avais remarqué en carénant qu’un banc de poisson s’était installé à l’ombre de la coque. Et je ne suis pas la seule. Une otarie les a repérés aussi et s’en donne à cœur joie, faisant un véritable festin. Elle plonge, remonte, virevolte… Virage sur l’aile, soleil, 360, petite merveille d’hydrodynamisme, elle rassemble le banc avant de s’en repaître.


Je n’en reverrais peut-être jamais alors je me gave les yeux du spectacle qu’elle nous offre.
Michel n’est pas au mieux de sa forme. Ses cavalcades volcaniques à la John Wayne lui ont luxé quelque chose dans le dos. Un nerf ou un muscle, on ne saura jamais. Oui mais voilà, j’ai trouvé un autre embarquement cet après-midi en allant faire le plein d’eau. À bord d’un Bénéteau 45 pieds. L’apprenant, Michel, bien que méchamment diminué, décide de prendre la mer immédiatement.
Je suis dans le carré, occupée à faire mon sac, quand j’entends le moteur se mettre en route. J’ai à peine le temps de réaliser ce qu’il se passe que l’encre est déjà relevée et Isabela derrière nous. J’ai l’impression d’être prise en otage. Je pique une colère terrible, ces colères froides pendant lesquelles je n’élève pas la voix mais qui me conduisent à des décisions définitives et expéditives. Je ne sais pas quand, je ne sais pas comment, mais il me le paiera.
Il adoptera pendant 5 jours le profil humble du sage chinois dans les films de Kung-Fu. Il ne lui manque que le col Mao et les mains jointes sur la poitrine pour être la réplique d’un personnage de Tintin et le Lotus Bleu. Bien que fumasse, je le tartine de crème décontractante et lui fait ingérer divers anti-douleurs suivant les conseils du bouquin de médecine à distance du docteur Chave qui accompagne notre pharmacie. Je vais jusqu’à prendre ses quarts. Le pénible ne veut évidemment pas en entendre parler. Moi, je sais que plus vite Michel sera sur pied et mieux ça voudra. Après tout, il n’y a que lui et moi pour savoir comment ça marche, tout ce bordel.
Ça marche moyen. Touchée à mon tour (contracture liée à la houle probablement), je sors de ma pharmacie perso LE PRODUIT MIRACLE : le Nifluril en gélules.
Le docteur Robert a écrit que c’est pour les dents, mais je le détourne de sa fonction première et nous voilà miraculés. Merci à Jo, ma môman, qui m’avait convaincue d’aller consulter le médecin de famille avant de partir.
Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W
15 février 2006
19 mai 2004 : Defy sur la lune
Après s’être reposé à l’ombre et hydraté, nous empruntons un sentier qui descend vers un autre volcan, le Boca Chica (et oui, comme le bar du même nom rue de Charonne. Allez donc y boire un pot à ma santé ce week-end).
La végétation disparaît. Le sol passe de la terre battue à la roche et enfin à un aggloméra de lave roulant sous les pieds. Le soleil est déjà haut dans le ciel, frappant violement cet univers désolé. La température croit à toute vitesse. Je ne regrette ni ma casquette ni ma chemise à manches longues.
Joseph, en tête de la troupe, nous entraîne à sa suite dans l’ascension d’un des cratères en nous faisant la leçon dans un anglais que j’ai un peu de mal à saisir.
Je n’ai pas la mémoire exacte des chiffres, mais l’idée, c’est que ce volcan qui est lui à 1 600 mètres d’altitude, est entré en éruption dans les années 70. On voit très bien les anciennes coulées de lave, qui empruntent des nuances rouges et la nouvelle coulée, qui elle arbore des tons gris noir.
Le Boca Chica est composé de 4 à 5 cratères (ou bouches, je ne sais pas trop comment dire). Certains sont encore fumants, d’autres sont ornés de safran dû au souffre qui les recouvre. Dans certains, des végétaux ont déjà repoussé… La vie reprend ses droits. Il est dangereux de s’approcher des bouches. Les bords des gouffres sont fragiles et peuvent céder sous le poids d’un gentil touriste. Et la, tintin la balayette, macach walou, capout le business.
C’est un paysage lunaire. Les coulées de lave ont crées comme des tubes en refroidissant. La lave est extrêmement légère et emprunte toutes les nuances. Elle brille comme du mica par endroits et je ne résiste évidemment pas à en ramasser quelques échantillons pour les ramener à Paname. C'est dingue, on commence par ramasser des cailloux dans les bacs à sable et 25 ans plus tard, après une formation universitaire (courte mais intense), on garde cet instinct primitif...
Quand je pense que j’avais une peur maladive des volcans petite fille. Je comprends que l’on puisse concevoir une passion pour la vulcanologie. Ils sont à la fois beaux et dangereux, ce qui les rend irrésistibles !
Au retour, nous ferons la course au grand galop, moi, Maurice, Michel et une jeune fille américaine qui globe-trotte depuis six mois en Amérique Latine et qui vient terminer son périple en apothéose aux Galápagos. J’ai bien sympathisé avec elle, ce qui n’a pas manqué d’attiser la jalousie de Michel. Sa possessivité m’est devenue insupportable.
Pour le déjeuner, Joseph nous a réservé une surprise. Il nous conduit chez un ami à lui qui a installé au sein d’un merveilleux jardin fruitier, un restaurant en forme de maison des Barbapapas. C’est la Caverna del viejo Willy. Ça ne s’invente pas. On nous sert des jus de fruits fraîchement pressés, du poisson grillé et des légumes que je ne reconnais pas. Tout est délicieux. Un vrai petit paradis. L’après-midi s’écoule paresseusement. Joseph flirte avec moi gentiment. On fait la sieste dans les hamacs. Et si c’était des vacances ? !
Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W
14 février 2006
19 mai 2004 : Chevauchée vers les volcans
Debout 7 heures. C’est rude ! On a rendez-vous à 8 heures au débarcadère. Joseph, notre guide nous y attend en compagnie d’autres plaisanciers dont Maurice et Lydia. On a de la chance, le ciel est bleu azur.
Joseph n’est pas guide officiel, mais il tire son épingle du jeu en marge des circuits touristiques en proposant ces services à ceux qui comme nous ne pratiquent pas le charter (globe flotteurs et globes trotteurs de tous horizons). Il n’a que 27 ans mais semble déjà faire partie des gens sur lesquels il faut compter sur l’île. C’est un bel homme à fossettes et aux yeux rieurs qui pratique une galanterie latine et une drague discrète. C’est un peu le Hughy les bons tuyaux d’Isabela.
Nous partons en pick-up truck. J’ai découvert les pick-ups en arrivant sur l’île et mon grand bonheur depuis, c’est de me faire prendre en stop. On me propose souvent de monter dans la cabine, mais j’insiste pour grimper sur la plate-forme à l’arrière. Debout et agrippée à l’habitacle, les cheveux au vent, je vois défiler le paysage et je m’enivre des odeurs et d’un sentiment de liberté intense. C’est meilleur que le grand huit. Meilleur que tous les manèges du monde !
Notre pick-up est malheureusement très sophistiqué. Petits bancs et auvent…
Il nous faudra plus d’une heure de route pour traverser la coulée de lave qui a donné naissance au bord de mer, rejoindre le pied du volcan et gravir ses flans jusqu’au sommet.
Au début, la route est une terre brûlée. Mais plus on s’approche de l’objectif et plus la végétation croit, jusqu'à se transformer en brousse puis en jungle. Les arbres disparaissent sous une espèce de liane mousseuse qui les parasite et qui m’évoque les monstro-plantes.
Joseph n’est pas le seul guide à avoir des clients aujourd’hui. Plusieurs 4x4 nous suivent et Joseph semble avoir la ferme intention de ne pas se faire doubler. Lorsque nous voyons le nuage de poussière soulevé par notre passage s’abattre sur nos poursuivants, nous mesurons l’intérêt d’être en tête.
Le pick-up stoppe sa course sur une esplanade. Le point de vue est impressionnant. Tout sellés, de petits chevaux à mi-chemin entre le barbe et le poney américain nous attendent. Impossible de savoir exactement comment sont nées les cheptels aux Galápagos. A priori, ce sont les Espagnols qui ont introduit les chevaux dans les îles. Mais ceux-là ne ressemblent pas aux andalous…
Je les observe. J’en voudrais un jeune. J’ai des années d’équitation derrière moi et je n’ai aucun goût pour les mules endormies. Au-dessus de l’œil, les chevaux ont un creux que l’on appelle la « salière ». On peut en partie mesurer l’âge d’une monture à la profondeur de ce creux (le plus fiable, c’est les dents, mais c’est moins discret). J’inspecte leur ligne de dos, leur port de tête. Je ne me suis jamais bien entendue avec les juments (allez savoir pourquoi) et mon choix se porte sur un mâle gris truité. Je m’empare des rennes.
Je choisis les montures de Lydia, Maurice et Michel en fonction des selles. Ils n’ont pas l’habitude de monter à cheval, Lydia en a même peur, et je sélectionne de confortables selles western afin qu’ils soient bien callés et ne se blesse pas au passage des étriers.
Patrick, quant à lui, a choisi de nous suivre à pied (fait jamais rien comme tout le monde celui-là).
Joseph enfourche son fringant destrier, et nous voilà partis pour La Chevauchée fantastique.
Nous progressons sur les flans du volcan par de petits sentiers de chèvre.
Au bout d’une heure, nous arriverons devant le cratère du Sierra Negra.
C’est le 2e plus grand cratère du monde. Il fait 10 km de large et culmine à 1 800 mètres.
La végétation recouvre ses flans et ça doit faire un moment qu’il ne s’est pas réveillé. C'est tout simplement énorme. On a peine à imaginer ce monstre en éruption. 10 km d'un trou bant sur de la lave en fusion, projeté à des kilomètres. Le Mordor à côté, c'est pinuts (des cacahouètes).
Plus loin, nous mettons pied-à-terre sous un arbre gigantesque. Que j’escalade, forcément ! Perchée dans ses branches, j’ai une vue imprenable sur toute l’île. Il faudra me croire sur parole, car je ne me suis pas encombrée de l’appareil, mais de là-haut, on comprend parfaitement comment Isabela s’est formée. On voit les coulées de lave, les endroits particulièrement fertiles sur lesquels la végétation prolifère, la zone au vent, plus aride, la forme globale de l’île en fer à cheval et la large baie Isabel à l’Ouest où nous n’aurons pas le temps de poser notre ancre.
Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W
07 février 2006
18 mai 2004 : Chargée par une otarie
Programme chargé. On fait les courses de frais pour la traversée. Régime de bananes. Des kilos de tomates à différents stades de maturité… Certaines sont carrément vertes. Je les installe dans la coursive comme m’a appris ma grand-mère, avec une feuille de sopalin en dessous pour absorber l’humidité et éviter qu’elles pourrissent. Du chou rouge parce que ça, on va le garder longtemps. Des oignons évidemment. Des mangues à manger en bikini, seule façon de ne pas se tacher en restant presque décente. Et d’autres fruits et légumes.
On a encore des dizaines de noix de coco ramassées aux Perlas. J’ai inventé une nouvelle recette. On ouvre la noix pour en extraire la chair. On la découpe en lamelle qu’on fait frire dans une poêle avec un peu d’huile. Sel. Poivre. Quand les lamelles sont translucides, c’est prêt. C’est délicieux pour l’apéro et ça remplace avantageusement les chips ou les kaouêt. Les olives, je les garde pour faire des fougasses… Je vous raconterais mes différentes expérimentations boulangères plus tard, pendant la traversée vers les Marquises.
En début d’aprem, je prends rendez-vous pour faire une balade à cheval dans les volcans le lendemain. C’est Joseph qui va nous organiser ça. Joseph est très gentil. Il va aussi être très amoureux de moi. Ça a de bons côtés d’être exotique, or je vais m’apercevoir que je suis devenue très exotique.
L’après-midi, on part avec Michel et le boulet explorer un endroit qu’on nous avait recommandé à Santa Cruz : la Tintorella. Il s’agit d’un petit îlot auquel on accède en annexe.
On y verra des fous à pattes bleues. J’adore ces oiseaux, c’est incroyable, on a vraiment l’impression qu’ils ont marché dans un pot de peinture. En plus, ils ont un vrai talent. Ils réussissent à avoir à la fois l’air fier et complètement crétin. Un peu comme moi en réunion de production le matin à l’époque où je faisais encore partie des beusonieux. Ici, ils appellent ça des boobies. Moi, j’avais toujours cru que boobies c’était nibards en anglais, mais faut croire que non… Ou pas seulement. L’un d’entre eux est blessé à l’aile, on l’approche à moins d’un mètre. Il se dandine pour échapper aux touristes en prenant un air outragé. Il n’a pas vraiment le choix, notez bien, c’est nous ou les otaries…
On verra aussi des requins pointes blanches. Ils sont actuellement une bonne vingtaine à avoir élu domicile dans une espèce de canal naturel qui relie deux îlots de lave. Les monstres sont plutôt nonchalants. Ils nagent avec indolence, mais un écriteau souligne qu’il est interdit de se baigner et d’ainsi nourrir les poissons. Allez savoir pourquoi, j’ai comme un frisson dans le dos en pensant aux deux heures que j’ai passé dans la flotte ce matin, à 150 mètres de là, à gratter la coque pour la libérer des algues qui s’y étaient amassées durant nos 9 jours de près. Il faudra que je pense à me rappeler de bien oublier les requins quand je terminerai ce carénage ! Je fais partie de la génération traumatisée par Les Dents de la mer et à une époque, je n’étais même pas tranquille en piscine (on est jamais trop prudent !)
La véritable découverte de la Tintorella, ce sont les otaries. Xav’ avait raison, ça pue. Mais c’est chouchou ! ! ! Elles ont des bouilles sympas avec leurs petites moustaches et leur ‘tites noreilles. Et puis, il y a un vrai troupeau sur cet îlot.
Et les bébés, y sont mignons ! ! !
Et voilà, tu fais la maligne, tu t’approches pour faire amie-amie, tu prends confiance, t’es là, ton appareil à la main, quand soudain tu entends une espèce de grognement indigné et tu te retrouve coursé par un gros mâle que t’avais pas situé. Le pire, c’est qu’il ne te poursuit pas bien loin, juste assez longtemps pour que tu te sentes humiliée. Voilà, bien fait !
Mais un jour, tite notaries, qu’on soit blanc ou noir, on est que des os !
Isabella, Galápagos, 01° 04' 70" NS - 91° 11' 90" W
30 janvier 2006
16 mai 2004 : Sound of silence aux Galápagos
C'est dimanche !
Michel et Patrick sont partis en excursion. Moi, je reste à la base dans un but bien précis : assister à la messe. Non, ce n’est pas une erreur de frappe, et, oui, vous m’avez bien lu. Lydia m’a promis un spectacle peu banal. En même temps, mes seuls points de comparaison, c’est un mariage et un enterrement. Elle m’explique donc comment est censé se dérouler un office.
À l’entrée de l’église se tiens un moine tout droit sorti du « Nom de la Rose ». Le total look, robe de bure ! ceinture en corde ! Il a fait ses études à Rome, ce qui permet à Lydia de pratiquer son italien (Lydia e italiana).
L’église est plutôt sobre, fraîche et aérée (on a ouvert les persiennes). Les vitraux s’inspirent de la faune locale et les scènes religieuses sont habitées de pélicans, d’otaries et de dauphins.
On m’avait averti, mais je suis frappée par la jeunesse des mamans, certaines semblent avoir à peine 18 ans et traînent déjà deux mouflets. À mon âge, la plupart des femmes sont grand-mères !
Le prêtre à un tempérament latin. Il s’exprime haut et fort, et beaucoup avec les mains. Un orchestre est installé au balcon (il doit bien y avoir un mot spécial, mais je l’ignore… C’est comme le balcon au Max Linder, derrière et à l’étage). Il y a des tambours et tambourins, deux guitares et trois choristes.
Pendant la messe, on chante à tue-tête et on tape dans ses mains. Le prêtre et le moine motivent les fidèles au micro. On finira sur Sound of Silence de Simon and Garfunkel sauf qu’ils ont changé les paroles. Mais qui de la poule et de l’œuf… Qui détient les droits à la Sacem, Simon and Garfunkel ou le petit Jésus ?
Je m’attends à des applaudissements, et bien non, figurez-vous que la tradition veut qu’on se fasse la bise et qu’on se serre les mains en se souriant pour se montrer comme on s’aime. Trop mignon !
C’était chouette. Après ça, on va se boire un pot au bistrot, dans la grande tradition catholique.
Le soir, pendant que Maurice tchat sur le net à l’Internet café, on déguste avec Lydia notre désormais traditionnelle glace italienne au couché du soleil. Il est 6h et notre attention est attirée par le terrain de volley. Pas de joueur, pas de match ce soir-là. Que se passe t-il ? Les adultes ont déserté le terrain pour laisser la place aux enfants. Et j’en connais des petits français qui auront envie de passer leurs vacances aux Galápagos quand ils sauront ce qui attirait ainsi les enfants du village.
Par ce fameux bateau d’avitaillement dont je vous ai parlé avaient été livrés… Des mini quad (vous savez, ces motos à 3 roues basses sur pattes). C’est le manège local. Les enfants les louent pour quelques minutes. Ils s’éclatent. Garçons et filles rivalisent d’audace au volant de leurs engins de mort comme diraient nos grand-mères. C’est à qui osera monter le plus haut sur la rampe de skate. C’est à qui prendra le virage le plus rapide, le plus serré. Même les plus petits prennent le volant. Les parents derrière eux retiennent l’engin par une longe improvisée.
Moi, quand j’étais petite, j’avais à peine une orange et une voiture en bois ! La génération de l’enfant roi ! Pourris gâtés. Pourquoi j’suis trop grande ? ! Je suis super jalouse !
Santa Cruz, Galápagos, 00° 45' S - 90° 18' W
27 janvier 2006
14 mai 2004 : Tortues géantes et iguanes au Darwin Center
Le Centre Darwin s’étend sur près de trois kilomètres. Il débute à l’est de la ville et se poursuit le long de la baie. Avant d’atteindre les fameux enclos des tortues géantes, on chemine le long d’un sentier de terre rouge que borde des épineux et des cactus géants. C’est le paradis des lézards.
Là encore, je suis frappée par les odeurs. Elles montent de la terre et des épineux en effluves entêtantes. Il fait chaud et humide. Le ciel est couvert. Il a plu ce matin et Santa Cruz exhale son capiteux parfum. C’est aussi fort que les odeurs que dégagent la myrte dans les sentiers Corse, mais c’est plus acre.
Après les pélicans de Disney, rencontre avec E.T. On nous présente en premier lieu les bébés tortues qui font quelques centimètres, Puis les femelles dont la carapace atteints bien 1 mètre de diamètre, puis les plus imposants, les mâles.
Elles doivent être d’une force colossale pour déplacer ainsi leur carapace. Elles se meuvent avec aisance. On ne peut pas parler d’une démarche gracieuse, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’une fois mise en branle et lancées dans une direction donnée, on voit mal ce qui pourrait soit les arrêter, soit les détourner de leur objectif. L’animal totem de tonton en somme : la force tranquille !
Elles manifestent aux malheureux touristes un formidable dédain, se contentant d’un grognement par-ci par-là pour mettre un terme à des manières qu’elles considèrent parfois comme trop familières. Vous ne faites manifestement pas partie de leur univers, alors veuillez passer votre chemin : ici, on sieste !
Les tortues sont parquées dans de vastes enclos, et y sont élevées pour êtres remis en liberté une fois adulte, réinsérées dans leur île d’origine (un programme que certains aimeraient bien appliquer en France, mais à des êtres humains !).
Rien ne préparait au triste spectacle qu’offre les enclos des iguanes terrestres. Ce sont manifestement des modèles d’exposition, là dans le seul but de séduire le touriste. Je ne m’en plaindrais pas, car c’est bien la seule occasion que j’aurais d’en voir en vrai, mais je me serrais attendu à une mise en espace plus respectueuse de ces reptiles issus d’un autre âge.
Le salut des iguanes devait résider dans deux techniques, le « profil bas » et le « vous avez quand même pas assez faim pour manger ça ! ».
Ils se confondent donc avec leur environnement. Safran et rouge pour les iguanes terrestres qui vivent sur le sable et les roches ocre, gris anthracite pour les iguanes marins qui nichent dans le basalte du bord de mer. Je les découvre par hasard en empruntant un petit sentier non balisé qui descend jusqu’à la plage. J’ai plusieurs surprises en arrivant : une superbe vue sur Bahia Academia, un pélican particulièrement placide qui se laissera photographier d’à peine 2 mètres et les iguanes marins.
Eux, ils te crachent dessus quand tu t’approche.
Le reste de notre séjour à Santa Cruz sera ponctué de shopping entre filles, restau avec groupe de musique folklorique qui joue trop fort et trop mal, palabres avec Maurice et Lydia, glaces italiennes sur le port au couché du soleil, coiffeur pour Michel qui revient métamorphosé, bref, l’ordinaire peu enviable des gens contraint de vivre au soleil dans des contrées lointaines sans obligations d’aucune sorte.
Santa Cruz, Galápagos, 00° 45' S - 90° 18' W
25 janvier 2006
14 mai 2004 : Des pick-up qui flottent, les Barbapapas, ça n’existe pas ! Sauf aux Galápagos
Ce matin, c’est la fête à Puerto Ayora. Le bateau d’avitaillement de l’île vient de rentrer dans la baie. Ce qui m’alerte, c’est de voir flotter un pick-up truck jaune. Je n’ai pas encore fini mon café, alors je ne me formalise pas. Pourtant, lorsque je relève à nouveau les yeux de ma tasse pour jeter un coup d’œil par les hublots, je vois toujours flotter ce pick-up truck jaune. La méthode de déchargement est donc la suivante. On entasse sur de grandes barges une foultitude de matériel (de la commode au dentifrice en passant par les scooters et les T-shirts). Des barques équipées de puissants moteurs se mettent à couple des barges et les guident jusqu’au port.
Ici, on vit du tourisme, alors, les plaisanciers, on les soigne. Les taxis boat, jolies petites barques de pêcheur jaunes et bleues, viennent vous chercher à votre bateau pour vous conduire à terre sur un simple appel de corne de brume. C’est un service payant, mais qui évite d’utiliser l’annexe et permet à chacun d’avoir sa liberté de mouvement.
Aujourd’hui, quartier libre. Je pars visiter le centre Darwin. Sur le chemin, je tombe sur la maison des Barbapapas. C’est une photo spéciale pour Efren, Inès, Aloïs, Vincent, Lucas, Salomé, Garance et tous les petits pingouins de ma galaxie. J’ai trouvé la maison des Barbapapas les gars, Elle est à Puerto Ayora et « il y a Barbapapa, Barbamama, Barbalala et Barbatruc ! » Du coup, je garderais la chanson des Barbapapas dans la tête toute la journée.
Plus loin, je tombe sur une scène à la Disney. On dirait bien que c’est la journée des enfants. Sous un auvent sont rassemblés les pêcheurs. La matinée a été fructueuse, le thon était au rendez-vous. Ils nettoient leurs prises pendant qu’autour d’eux se pressent les pélicans. Ils se dandinent, sautillent, se trémoussent et se bousculent, mendiant une tête de poissons ou des entrailles. De vrais toutous ! Lorsqu’on leur lance une aumône, c’est la cavalcade. Battements d’ailes, cris d’intimidation.
Mais la féerie ne fait que commencer : les tortues géantes et les iguanes m’attendent…
Santa Cruz, Galápagos, 00° 45' S - 90° 18' W
23 janvier 2006
13 mai 2004 : Une Remington aux Galápagos


Le village s’appelle Puerto Ayora. C’est un petit bijou. Autant dire que désormais, les grossiers personnages qui trouvent du dernier chic d’aller à Saint-tropez ou à Saint-Barthélemy me paraissent d’un vulgaire !!! Les efforts d’aménagement sont impressionnants. Il y a beaucoup de recherche dans la mise en valeur du site, et ce jusque dans le plus petit détail.
Le front de mer est aménagé en jardin. Çà et là, des bancs attendent touristes et habitants qui viennent s’y poser le soir pour palabrer pendant que les sportifs du village se retrouvent sur le terrain de volley juste derrière.
Il règne là un art de vivre et une sérénité contagieuse. Le premier jour, nous nous occuperons des formalités administratives. Bien sûr, c’est du racket, mais c’est orchestré de main de maître par des fonctionnaires en uniformes blancs d’une classe et d’un chic presque anachroniques (on est pas à Bombay ou en Indochine début XXe pourtant). On se croirait dans un film. Je ne dis pas que le spectacle vaut les 130 dollars qu’il nous coûte, mais il convient d’en profiter pleinement et de faire contre mauvaise fortune bon cœur.
Nous sommes donc accueillis par ce qui semble être un responsable. Il s’enquiert de la raison de notre visite, et nous fait nonchalamment pénétrer dans une pièce minuscule. Là, on a disposé tant bien que mal 3 bureaux qui ressemblent à s’y méprendre aux bureaux de nos instit de primaire. Sur l’un d’eux trône une vieille machine à écrire, genre Remington, centre névralgique des lieux. On pourrait presque s’attendre à voir débarquer Mickey Spillane ou Philippe Marlone pour récupérer leur bien. Les sous-fifres consultent avec application de lourds registres. Tout le monde se donne beaucoup de mal pour avoir l’air préoccupé, affairé voir débordé et certainement indispensable.
Pour nous punir de ne pas avoir Raymond à notre bord, ainsi que l’indiquent les papiers de sortie du Panamá, on nous fera recopier méticuleusement sur papier libre la nouvelle liste des équipiers… Qui n’est autre que la copie conforme de celle que nous présentons, moins Raymond !
Puis, on nous détail le montant de notre facture, afin que nous ne puissions suspecter la moindre illégalité (un couple en cata refusant de payer la note la fera baisser de moitié. Malheureusement, nous n’aurons pas ce culot).
Il nous faudra l’après-midi pour souscrire aux différentes conditions nous permettant d’être enfin en règle avec la LOI.
Au mouillage, nous rencontrons un couple de lyonnais, Maurice et Lydia, qui naviguent depuis deux ans sur leur Sun Fast 36. Deux anges. Leur générosité et leur gentillesse, c’est le vrai trésor que j’ai trouvé aux Galápagos. Puisse Éole prendre soin d’eux comme ils ont pris soin de moi.
Santa Cruz, Galápagos, 00° 45' S - 90° 18' W
17 janvier 2006
12 mai 2004 : Enfin, les Galápagos après 9 jours de mer, 9 jours de près
La terre se fait sentir. La première roche que nous rencontrons en arrivant, c’est la Isla Plaza, un bout de cailloux planté au milieu de la mer. Puis se dessinent les contours de la Isla Santa Fe à notre bâbord. Nous prenons nos marques. Soudain des bruits d’éclaboussures. Dans notre sillage sautent des dizaines d’otaries, mes toutes premières otaries en liberté. Elles sont curieuses et joueuses. Nous remontons les lignes de traîne de peur d’en blesser une et sortons les appareils photos.
Un peu plus loin, nous assistons à un spectacle hors du commun. Par notre travers, la mer écume. Serais-ce des hauts fonds ? Mais ils n’étaient pas là quelques minutes auparavant ! Et… les hauts fonds ne se déplacent pas ! Nous finirons par passer juste au-dessus. La mer grouille littéralement de petits poissons. Nous ne saurons pas qui chassait dans les profondeurs, amenant leurs proies à se rapprocher de la surface et bancs de plus en plus compacts, mais c’est impressionnant de se retrouver en direct live dans un reportage de Cousteau.
Nous arriverons de nuit à Santa Cruz, après avoir boosté au bouzin (moteur). Heureusement, le port que nous ciblons, au sud de l’Ile est très bien balisé de nuit. Nous posons notre ancre vers 21 heures dans la baie de Bahia Académia. Les Galápagos s’offrent à nous.













