23 décembre 2005
4 mai 2004 : Plouf !
Nous avons récolté de quoi faire une orgie de noix de coco. Une bonne trentaine que nous stockons dans les coffres arrière. En fait, aujourd’hui je pense que ce sont ces noix qui ont abîmé le secteur de barre, se coinçant dans les drosses. Mais j’anticipe, nous ne sommes pas encore aux marquises et vous entendrez parler de cet incident bien assez tôt.
En arrivant sur la plage, les rouleaux ont fait partir l’annexe au surf, c’était assez grandiose. Michel a hurlé sur Patrick qui n’avait soi-disant pas les bons réflexes. Il est très dirigiste avec ce pauvre Patrick dont le manque évident de sens marin est assez consternant. Le recruteur regrette-il son choix ? Certes, avec deux marins en moins, le manque d’expérience de Patrick pose un problème, mais cela ne légitime pas une telle agressivité. Pourtant, on est passé du niveau init. au niveau perf. Pas d’annexe en travers de la lame, pas de moteur à l’eau, bref, la perfection. Malheureusement, il n’y avait pas de paparazzi, donc pas de photos. Mais vous me croirez sur parole, bien sûr !
À l’arrivée, on tombe sur une nuée de petits crabes. Ils réagissent comme les marmottes : ils se tiennent aux aguets, postés a proximité de leurs trous. Notre approche déclenche l’alerte, ils plongent dans le sable.
Patrick a emporté son matériel d’escalade. Il grimpe aux cocotiers et décroche les noix et les dévissant. La récolte est bonne. Par contre, les moustiques foisonnent à la lisière des arbres.
Je me balade sur la plage et découvre des arbres lianes. En fait, certaines de leurs branches pendent à la façon des saules pleureurs. J’ignore s’il s’agit de branches parasites car leurs autres branches sont beaucoup plus épaisses et pointent vers le ciel. Ça ressemble un peu à des eucalyptus. Et c’est très grand.
Nous aurons la chance de voir cet espèce de lézard bizaroïde. Il se laisse approcher et je peux le photographier de très près.
L’après-midi, on va pêcher, Michel et moi, mais l’eau est très trouble. Je lutte contre mon éternelle phobie du vilain monstre qui n’attendait que moi pour déjeuner. Je lutte d’autant plus que j’ai vu deux ailerons ce matin. J’ai ma petite litanie contre la peur à la Franck Herbert : les requins sont solitaires alors que les dauphins se déplacent en couple. C’était des dauphins, des gentils dauphins ! Où qu’il est le joli Flipper ? C’est pas gagné, mais au moins, je ne panique pas. Au retour, dans l’annexe, je profite de l’absence de Patrick pour demander à Michel de faire des efforts avec Patrick qui est resté à bord (il n’aime pas la plongée).
Au retour, le frigo tombe en panne. Quel bordel ces bateaux modernes ! Entre le moteur, le groupe electro, le dessal, le frigo, tu bosses à plein temps pour maintenir le tout en état de fonctionnement. Ils n’ont pas ce problème avec Sereine, les glénanais. Notez bien, ils ne sont pas près d’avoir envie d’une bière fraîche à Bora Bora !
De l’importance du nœud de taquet : je me suis à nouveau cassé la gueule de mon hamac ce soir-là. Je l’avais installé comme à mon habitude entre les deux montant du portique. Je suis totalement amarinée désormais et j’y passe une à deux heures le soir à bouquiner. Bref, l’important là-dedans — et je sens bien que mes petits rituels nocturnes ne vous passionnent pas — c’est qu’étant donné que le hamac est suspendu au-dessus de l’eau, et étant donné que la longueur de mes jambes n’atteint pas (de peu) celles de Julia Roberts, le retour sur la jupe du bateau nécessitait l’aide d’un petit bout (j’étais parvenue à cette conclusion à l’issue de ma première chute et j’étais très fière de ma petite invention). Le bout permet d’imprégner un mouvement de balancier au dit hamac et de me hisser jusque sur la jupe arrière.
Bon, maintenant, visualisez ! ! !
Le bout est d’un diamètre ridicule, rien à voir avec une aussière. Et au moment où mon équilibre repose entièrement sur ce ridicule petit bout (puisque je suis suspendue à lui entre le hamac et une position d’équilibre sur la jupe arrière, les pieds arque boutés sur le bord de la jupe)… le nœud de taquet glisse… Si, Si ! ! ! Cela s’est terminé par un magnifique double flip arrière avec plongeons. Malheureusement, là encore, pas de photo. Trop bête !
Désormais j’adepte « un tour mort, deux demi-clef ne lâchent jamais ». Passée l’âge des acrobaties ! En plus, je venais de me dessaler !
San José – Las Perlas, 08° 18' 54" N - 79° 03' 41" W
21 décembre 2005
3 mai 2004 – Orgie de poissons
Nous sommes enfin partis. Enfin sur la route, enfin en voyage. J’ai renoué avec le vent, les embruns, la rythmique d’Aramis qui épouse la mer.
Nous avons reçu un message par le standard C (toujours pas compris cette technologie by the way !) Audrey est sortie des limbes et Raymond va rester auprès d’elle. Je suis soulagée. Michel a pris la décision de traverser à trois. Jo va baliser. Je lui ai envoyé un petit mot pour tenter de la rassurer. Aramis est solide et je suis confiante, mais comment le lui dire à elle, qui n’a pas vu le bateau…
Là, j’écris de Las Perlas, un archipel éloigné de 40 Miles de Panamá City. Las Perlas, c’est 220 îles et îlots. Nous sommes arrivés en vue de Contadora, l’île la plus Nord, le dimanche 2 mai vers 16h00. Le vent d’Ouest nous a amené à choisir un mouillage Nord plus abrité de la houle. C’est sur Contadora qu’est situé le petit aérodrome de tourisme permettant aux riches Panaméens de venir passer leurs week-ends aux Perlas. Cette île fait à peine 1,2 km2. Le guide nous promets des chevreuils en liberté. Michel a plongé et a pêché une murène verte de Panama. Dents aiguisée, mâchoire puissante, elle est impressionnante et on a eu un mal de chien à l’achever. On l’a cuite à la poêle. La chair est fine et délicate, mais c’est plein de cartilage (à propos de cartilage, mon nez cicatrise impec, juste au cas où certains se poseraient la question).
Le lendemain, nous avons quitté Contadora pour San José pour cause de méduses. D’un mouillage à l’autre, on a trouvé le moyen de pêcher une carangue bleue, dite aussi carangue à grosse tête. Elle devait bien mesurer 60 cm. Cette fois ci, on les cuisine au four.
San José est une île privée au Sud-Ouest de l’archipel. On ne voit aucune habitation. Les falaises, rouges et à cors, hautes de 40 à 50 m tombent dans la mer. Nous avons ancré lundi soir dans une baie bordée d’une merveilleuse plage de sable blanc longue d’au moins un kilomètre. L’île est recouverte d’une végétation tropicale extrêmement dense. On a vraiment l’impression d’être sur l’île de Robinson. C’était comment déjà, son nom dans le bouquin de Tournier ? Esperanza ?
Les eaux semblent très poissonneuses. Installée dans le cockpit, je viens de voir sauter une raie. Elle a plané quelques secondes avant de retomber dans une gerbe d’écume. Les cormorans sont aux aguets. Ça chasse en-dessous et ça chasse au-dessus… Pas si facile que ça d’être poisson à Las Perlas ! En descendant à terre hier soir, Michel et Patrick sont tombés sur des cocotiers. Demain, nous partons en expédition. Croiserons-nous Vendredi ?

