14 décembre 2005
1er mai 2004 – Le vers est dans le fruit
Le moteur fonctionne à nouveau. L’inverseur est remonté, Jiminy a rempli son contrat. Cela devrait apaiser la tension, mais Raymond est parti et Michel m’inquiète. Il m’inquiète parce que, au lieu de sembler soucieux pour son ami et la fille de ce dernier, il est entièrement préoccupé par lui-même et son bateau.
Il répète comme une litanie : « Raymond s’était engagé à traverser, mais je ne peux pas lui en vouloir. Il n’a pas vraiment trahi sa parole ».
Je ne comprends pas. Moi, j’espère et attends des nouvelles de France. Audrey est-elle sortie de son coma ? Raymond a-t-il retrouvé les siens ?
Fébrile, Michel décide qu’il lui faut recruter un nouvel équipier. Naturellement, je suis chargée de rédiger l’annonce en français, anglais et espagnol. Pourquoi Espagnol ? personne ne parle espagnol à bord. Cela risque d’être simple d’expliquer au gars qu’il faut qu’il choque l’écoute de GV, qu’il reprenne des barbers et qu’il bride le spi en reprenant du bras et de l’écoute si le vent monte… Comment on dit « voie d’eau » en espagnol ? Passons !.
Bref, je rédige ; Je dois aller en ville pour imprimer. J’en profite pour jeter un dernier coup d’œil sur deux institutions dont je ne vous avais pas encore parlé : les trucks et les cireurs de chaussures.
Les trucks, ce sont d’anciens bus destinés à convoyer les tits nenfants blancs de l’Amérique des USA à l’école. Vous savez, ces bus jaunes que vous avez vus dans Forest Gump. Les Panaméens les récupèrent, les peignent en blanc et en font des bus privés de transports de voyageurs. Le mec qui a vraiment réussi dans son activité, c’est celui qui a pu se payer x fresques pour habiller son bus. Motifs abstraits païens mais le plus souvent d’inspiration religieuse, ces bus animent la cité de leurs carrosseries illustrées. Gentes en alu et queue-de-renard au rétro pour les plus successful.
Les cireurs de chaussures fleurissent sur la grande place. Ils se sont organisés. Pour être estampillé cireur de chaussure officiel, il faut disposer d’une petite guérite jaune. Siège intégré, installé face à la foule passante, le nez au vent, mais protégé par un auvent pare soleil ou parapluie, le client est tout à son aise pour se laisser dorloter et voir ses souliers resplendir suite aux soins méticuleux et jaloux prodigués par nos esthètes de la grôle !
Je me délecte une dernière fois en observant leur ballet, sirotant un genre de granite à l’ananas. Mais il me faut remplir ma mission. Aramis doit me rejoindre au port de Balboa. Cela permettra de tester le moteur et d’aller faire le plein de gasoil. Nous devons partir ensuite pour les Iles Perlas. Si nous avons une proposition d’équipier, nous reviendrons le chercher.
Au yacht club de Balboa, je rencontre d’autres stoppeurs. Les stoppeurs, c’est comme ça que les proprios de bateaux nous appellent, nous qui embarquons sur leurs voiliers pour les aider. Sébastien et Amandine doivent avoir 25 ans. Beaux et bronzés, ils taillent la route depuis bientôt 18 mois. Ils sont partis de France et se sont posé 8 mois aux Antilles pour bosser et se constituer une cagnotte. Ils pensent passer 3 mois aux Marquises. Ils me donnent plein d’infos. Combien ça leur coûte, comment se passent les escales, les petits boulots (Amandine a bossé comme hôtesse sur des voiliers et Séb comme menuisier).
Ce qui paraissait compliqué, voir exceptionnel à Paris est ici d’une extrême banalité. Mon petit voyage de 4 mois me semble d’une banalité ridicule. J’ai l’impression d’avoir à peine entrouvert une porte qu’eux ont franchie depuis un moment.
Gil avait peut-être raison quand il me disait que rien ne garantissait que je décide de rentrer.
Skipper et stoppeurs sont scandalisés par l’attitude de Michel qui fait payer le passage du canal et les frais du bateau à ses équipiers. Tous laissent entendre qu’il est bien rusé de financer ainsi son propre voyage. Je commence à voir les choses un peu différemment. Ce qui est certain, c’est que personne n’acceptera d’embarquer sur Aramis sous ces conditions au départ du Panamá. Mais Aramis arrive et je regagne le bord sous une pluie torrentielle. J’ignore encore que je d’ici un an, je serais voisine de Seb et d’Amandine à Raiatéa, aux Iles-Sous-le-Vent (Polynésie), quand je vivrais à la marina municipale sur Biboundé et qu’eux auront acheté leur voilier…
Le monde des flotteurs est petit, tout petit…
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
09 décembre 2005
30 avril 2004 – La série noire continue
Comme nos ennuis mécaniques semblent futiles désormais. Remarquez, c’est pas que ça m’angoissait beaucoup avant.
Ce matin, on a très mal commencé la journée. Michel avait rejoint la marina en annexe dès l’ouverture du cyber à 9 heures. Il devait recevoir des schémas d’inverseur et des références de pièces ainsi que les coordonnés des concessionnaires Volvo sur l’ensemble du continent américain – en gros, il panique et fait n’importe quoi pour feinter à Don Jiminy qui attends la livraison de son tourneur.
Du coup, nous, quand le skipper s’affole, on la joue profil bas. On était resté à bord. Raymond n’avait pas envie de bouger, Patrick non plus et moi, je m’étais fait un programme épluchage de légumes, pétrissage et confection de pain, et composition de salade géante. On était tous plutôt zen quand Michel nous a appelé depuis la VHF portable pour annoncer que Raymond devait descendre à terre pour téléphoner. Je crois qu’on s’est tous immédiatement rendu compte que c’était grave.
Lorsqu’on a rejoint Michel au Cyber, il avait l’air sombre. La fille de Raymond avait eu un accident d’escalade en montagne. Il fallait qu’il appelle sa femme.
Après le coup de fil, on en savait plus, mais Raymond était inerte, comme sonné. Il répétait sans cesse qu’il fallait qu’il parte. Je l’ai conduit au café de la marina afin qu’on réfléchisse ensemble à ce qu’il était possible de faire en buvant un café. Michel, comme détaché et indifférent, n’avait pas adressé la parole à son ami d’enfance depuis le coup de fil.
J’ai fait parler Raymond. C’était pas facile. Sa fille est tombée. Elle faisait de la varappe dans les Alpes et elle est tombée. Apparemment, le système de fixation du baudrier a merdé. Elle est en réha. Traumatisme crânien, caillot dans le cerveau et tout le toutim. Raymond veut tenir la main de sa femme, être auprès de sa fille. C’est juste LA situation qui vous hante quand vous partez en voyage : la tragédie qui frappe l’un de vos proches alors que vous êtes au loin. Ne pas pouvoir les enlacer, les rassurer, partager la peine ou l’angoisse, être loin, si loin et coincé là. Comme il doit se sentir seul.
Très vite, il décide de rentrer. Il veut se rendre à l’aéroport maintenant. Il ne réfléchis plus. Il est fébrile. Je lui propose de commencer par retourner au cyber pour connaître les horaires des vols. Cela lui semble trop long. Il a besoin d’action. Je conserve la VHF et l’envoi faire ses bagages sur Aramis. L’action, quelle qu’elle soit lui permettra de mieux supporter son impuissance.
Je le quitte sur la plage, le cœur serré. Raymond est un homme merveilleux. Calme, posé, un vrai gentil. Doux, toujours souriant… Je me précipite au cyber et je trouve un vol. Départ de l’aéroport de Tocumen à 13h40. Arrivée à Miami à 17h44. Longue escale. Il ne repartira que le lendemain à 7h35. Arrivée à 22h35 à Paris. Puis le train jusqu’à Strasbourg.
C’est le premier vol. J’imprime et je file à la plage. De là, j’appelle Raymond sur la VHF. Il veut tenter ce vol. En attendant qu’il débarque, je cours jusqu’à la capitainerie pour commander un taxi. L’avion décolle dans deux heures.
C’est juste. Mais le taxi me signale qu’il existe une autoroute, certes payante, mais qui permets d’échapper aux bouchons. On n’est pas à 5 dollars prêts. Fissa. À l’aéroport, on fonce au guichet. Il reste des places sur les vols que j’ai repéré sur le net. Vendus. Mais Raymond doit embarquer de suite. Je lui demande de me laisser le numéro de sa douce. Je lui promets de faire tout mon possible pour la rassurer.
Dès qu’il a franchi la porte d’embarquement, j’appelle son épouse. Il y a plus de six heures de décalage et j’entends la tension dans sa voix quand je décroche. Sa fille à l’hôpital, une voix étrangère au téléphone le soir… De quoi faire rendre très très nerveux.
Je fais dans le factuel.
« Je suis Defy, je suis sur Aramis avec Raymond. Il vient de prendre le premier avion pour Miami. Il sera en escale à Miami de telle à telle heure. Ne vous affolez pas en cas de coup de fil nocturne. Il veut être auprès de vous. Il atterrira à Paris à telle heure, prendra un train et sera à la gare de Strasbourg, auprès de vous à telle heure. »
Après je lui dirais tout l’empressement de Raymond, son désir d’être avec elle. Ce sera plus long et je ne raccroche qu’en la sentant plus apaisée.
Au retour dans le taxi, je vois un écureuil volant traverser l’autoroute en planant. C’est gracieux, un message d’espoir ?

Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
07 décembre 2005
29 avril 2004 – Les Cunas (prononcer counasse comme dans « ispèze di counasse »)
Je suis contente que nos mésaventures m’aient offert l’occasion de découvrir la ville plus avant et de me réconcilier avec elle.
Dans 2 jours, ce sont les élections présidentielles, et ce matin, j’ai pu assister au meeting d’un des candidat (MARTIN) en passant place du 5 mai. Il y avait foule, on y vendait des sortes de pains chaud fourrés à la viande – j’ai goûté et j’ai même pas été malade. La tendance ici semble être à l’affichage de ses convictions : t-shirt, autocollants sur les voitures, drapeaux aux fenêtres.
J’avais du linge à laver. Je me suis mise en quête d’une laverie et j’ai pu sentir monter en moi l’âme des chevaliers de la table ronde. La quête du Graal, c’est sensiblement pareil à mon sens : on passe vraiment par des phases de désespoir et d’euphorie. Mais moi, j’ai trouvé. C’est très loin du lavomatic de mon quartier. Les machines sont de véritables antiquités. À la téloche fixée au mur passent soap opéra sur soap opéra. Les épisodes sont entrecoupés de publicités. D’un coup, je réalise que le gars sur l’écran, c’est MARTIN, mon candidat de ce matin. En fait, chaque coupure de pub est spot pour un parti politique. Bel exemple de démocratie. Dans ce pays, les plus fortunés ont le plus d’espace média, et donc le plus de votes. C’est aussi simple que ça. D’après ce que je capte de l’actualité, il semble néanmoins que la gauche réussisse à défendre sa place.
Ma lessive terminée, je suis descendue vers le port en prenant la calle central, rue piétonne et commerçante très animée et agrémentée de jolies fontaines. Dans cette rue, je croise des femmes Cunas, dont Michel et Raymond m’ont parlé. Leurs costumes traditionnels sont très colorés. Elles sont plutôt petites et portent des chevilles aux genoux des bracelets tressés de couleurs vives. Ce peuple vit au San Blas, archipel au sud est du Panamá. Il a ses propres coutumes et croyance. Par exemple, la forme négative n’existe pas chez eux. L’impératif non plus. On ne dit pas : « va ranger ta chambre », mais « j’aimerais que tu ais le désir de ranger ta chambre. » Sympa comme culture. Structure matriarcale : quand une femme veut se débarrasser de son mec, elle lui fait son baluchon et le pose sur le palier. Chao, et interdiction de refaire sa vie avant que son ex-compagne ait trouvé un nouvel amour.

La rue commerçante m’a conduite vers la vieille ville. Les maisons, souvent de deux étages sont en bois, construites dans un style colonial. Elles sont peintes de couleurs vives et les balcons s’ornent souvent de fleurs tropicales. J’ai acheté une glace à un marchand entouré d’écoliers. Je m’apprêtais à aller vers le port et une gamine me l’a déconseillée. Pas sécu d’après elle. J’ai écouté et rebroussé chemin. Là, il pleut – quelle surprise —, alors j’en profite pour vous écrire du cyber. C est ahurissant ce qu’il peut pleuvoir dans ce pays. Pourtant, la saison des pluies ne fait que commencer. J’ai peine à imaginer quand elle bat son plein !
J’ai acheté un joli hamac double en coton vert pour la modique somme de 20 dollars dans une ruelle avant-hier. Je l’ai essayé et je dois dire que c’était loin d’être désagréable. Accroché aux montants du portique, il se balance au-dessus de l’eau. On a les étoiles au-dessus de la tête. La grande ourse est à l’envers par ici. Par contre, il est nécessaire de descendre du hamac avec précaution pour ne pas rater la jupe. Parce que quand on rate la jupe, on termine à la flotte. Et c’est mouillé hostile. Si on avait encore sa frontale parce qu’on bouquinait dans le hamac, y’a plus qu’à changer les piles. Et s’armer de patience pour tourner les pages collées. Le seul truc, c est que dès qu’une petite houle se lève, les mouvements du hamac prennent de l’amplitude. Si bien qu’un séjour prolongé en hamac peut justifier la prise de « mer calme ». J’ai sans doute là un moyen d’amariner en douceur mes amis nauséeux. À creuser.
NB - Christelle, je fais mon max en espagnol mais je crains d avoir surpris des regards amusés de la population locale lorsque j’ai expliqué que je cherchais une bombe de peinture pour bois afin de repeindre une cuvette d’un chiotte. Je soupçonne quelques erreurs de traduction.
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
06 décembre 2005
28 avril 2004 – Jiminy Criket ou maquereau à Harlem ?
Votre mission, Defy, si vous l’acceptez : trouver un concessionnaire Volvo. Comó se dice « concessionnaire » en español ?
Lorsqu’ils ont fait creuser le canal, les promoteurs ont conservé les déblais. Avec cette terre, ils ont créé des digues pour relier au continent 3 îlots : Isla Naos, Isla Perico et Isla Flamenco. L’ensemble forme désormais un complexe touristique luxueux. Une superbe route goudronnée permet à la Jet Set Panaméenne de venir y musarder, s’y détendre, s’y balader en roller, y sortir en boîte, au restaurant ou embarquer pour la pêche au gros dans un des yachts amarré aux pontons flambant neuf de la superbe marina construite sur Isla Flamenco. Nous avons ancré au sud-ouest de cette dernière.
Première étape : rejoindre la terre. Déjà, ça s’annonce pas complètement trivial.
Où débarquer ? Seul un embryon de plage semble s’y prêter. Un embryon de plage sur lequel la houle déferle. C’est qu’il y a des marées de ce côté-ci, fini de rigoler.
On mets l’annexe à l’eau. Michel pilote le petit moteur hors-bord, restant perpendiculaire aux vagues, estimant leur train. On s’approche et nous guettons les zones plus claires ou frisantes d’écume qui indiquerait une remontée des fonds. Michel a choisi son point d’atterrissage et sa vague. Il envoie les gaz ! Moteur à fond pour partir au surf. On arrive vite. Au dernier moment, Michel coupe et remonte le moteur pour éviter que l’hélice ne s’abîme sur le fond de cailloux. Un sentiment de victoire nous gagne alors que l’annexe surfe sur l’écume de la vague et glisse vers la plage. Sauf que les choses ne se passent jamais dans la réalité comme elles se déroulent dans les films. Au dernier moment, une roche affleurante attrape l’annexe et la place travers à la houle. Au même instant, notre vague se retire, nous aspirant en arrière et laissant place à sa grande sœur qui se fracasse sur nous et nous roule, hommes, femmes et annexe. Tôle monumentale. Pas de bobo, on est juste trempés et on a des cailloux plein la culotte !
Raymond et moi hissons notre malheureux canot au-delà de la ligne d’estran. Pour rejoindre la route, c’est l’escalade dans une terre rouge et meuble. Très meuble !
On se retrouve bientôt dans la superbe capitainerie de la luxueuse marina de Flamenco. Les hôtesses sont sexy et distinguées dans leur tailleur vert d’eau. Le capitaine, très chic, tout de blanc vêtu, contemple ces petits français dégoulinants sur son sol en simili marbre, de la boue jusqu’au mollets et qui, dictionnaire à la main balbutient des « motor muerto », « inversor », « rompa », « barco », « por favor », « Volvo ». Et là, il fait une chose merveilleuse, il prend pitié.
Devant nous, il appelle une société spécialisée : Auto Servicio Océano. Nos sauveurs !
Un mécano doit venir nous chercher dans 2 heures. Mais nous n’avons pas l’autorisation d’entrer dans la marina avec Aramis. Il doit rester à l’extérieur. Soi-disant il n’y a pas de place. Le fait est : la marina est vide !
Devant l’insistance du capitaine à me voir utiliser les sanitaires du personnel du port pour prendre une douche « no problemo por la segnora », une pensée odieuse m’assaille : ne manquerions-nous pas un peu de classe ?
Patrick est resté à bord et a démonté l’inverseur pendant notre absence. Je passerais sous silence nos manoeuvres pour retourner sur Aramis, récupérer l’inverseur et rejoindre à nouveau la plage en restant digne et sans perdre la pièce. Pitoyable ! On retrouve le mécano à l’entrée du parking. Michel veut rencontrer le gars qui va bosser sur sa pièce. Il tient à ma présence. Je suis sensé servir d’interprète. MAIS EST-CE QUE PERSONNE NE SE REND COMPTE QUE JE CAPTE RIEN A CE QU’ON ME DIT ? « No hablas español. A donde es Tahiti por favor ? »
Arrivée au garage, je regrette plus d’avoir été embarqué dans cette galère. C’est magnifique. Le chef d’atelier, c’est une espèce d’hybride entre Jiminy Cricket et un mac de Harlem. Il a le total look du mac de Harlem – chemise en soie ouverte sur multiples chaînes en or, les chevalières aux doigts, les cheveux gominés, la boucle de ceinture en diams et la veste à large col… On se croirait dans Taxi driver. L’empereur de la sape, mais version Jiminy Cricket. C’est vert ! C’est très vert ! Et qu’est-ce que ça grille ! Je prendrais bien une photo, mais Michel n’a pas l’air trop d’accord.
On reste pendant qu’ils ouvrent l’inverseur. C’est un « pignon » qui est cassé. Michel me glisse à l’oreille : « Vu comment ils s’y prennent, ils ne réussiront jamais à le remonter. Aucune organisation. On aura de la chance s’ils ne perdent pas des pièces. »
Bon, un Jiminy Crickett chromatique qui devrait avoir le nez de Pinocchio… Il nous assure pouvoir réparer, patati patala. Le souci, c’est le côté Harlem qui remonte par vagues. À mon avis, il a vu Le Parrain 15 fois et il maîtrise total le côté Don Jiminy.
Michel est têtu et méfiant. Il faut créer une nouvelle pièce chez un « tourneur » (comprends rien !). Il veut y accompagner Jiminy Harlem pour surveiller les opérations. Moi, je partirais bien avant qu’on me fasse une proposition que je pourrais pas refuser… je me casse en tacos à Panamà City. Officiellement, je pars acheter une bombe de peinture blanche pour la cuvette des chiottes :
« hasta luego, quisiera comprar una pintura bianco por Water Closet, entiendes por favor ? »
Officieusement, je touristise !
Bilan : les pignons, y’en a ailleurs que dans les salades de gésiers !
Les voyages forment la jeunesse !
Ça se confirme !
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
25 novembre 2005
27 avril 2004 – La tuile
Hier, nous avons fait les derniers approvisionnements en produits frais à Panamá City. C’est une ville de contraste. L’architecture vieillotte et en déliquescence du centre ville se heurte au nouveau quartier des affaires, constitué de building et de gratte-ciels à l’américaine. Ici, une richesse ostentatoire côtoie la misère la plus profonde. Ce qui me frappe, c’est que dans ce pays, même les plus pauvres gardent le sourire. À l’issue de mon voyage, je serais convaincue que la France est le pays qui rassemble de plus de râleurs aigris au mètre carré !
La moiteur rend la chaleur difficilement supportable. J’ai l’impression de me transformer en post-it vivant. Du reste, mon pli nasogénien a pris une délicieuse teinte rougeâtre, voir jaunasse. En plus, c’est douloureux. Je désinfecte mon piercing quatre fois par jour, mais il semble que le docteur Robert ait eu raison. Les tropiques, c’est un nid à staphylocoques. Comme je suis têtue, je ne veux pas le retirer.
Je me suis servi comme jamais de mes quelques notions d’espagnol. Quel dommage d’avoir eut une prof Franquiste au collège et au lycée. Si j’avais su que j’aurais un jour à acheter du kerdane pour une lampe à pétrole dans une ville d’Amérique latine, j’aurais peut-être écouté les cours avec discipline au lieu de jouer les Ché Gevara en herbe. J’ai trouvé un supermarché en tous points semblable au BHV. Sur quatre étages, on y vend aussi bien du dentifrice que de la viande ou des balais-brosses. Je m’y suis perdue pendant des heures, explorant chaque allée, inspectant les produits inconnus au packaging étrange, déchiffrant les notices. J’ai cherché du beurre - buro - en vain. Ici, on ne trouve que de la margarine. Pourquoi ? Mystère.
Les Cybers Café fleurissent, concentrés dans la rue principale. Ils sont fréquentés par une population jeune qui semble venir y jouer aux jeux en réseau, mais aussi faire des recherches ou taper des devoirs. Le prix est plus que modique, quasi insignifiant.
Dès la tombée de la nuit, Panamá City a pris des airs troubles et inquiétants. Une violence potentielle se dégageait des rues désertées. L’inconscient signal d’alarme s’est déclenché. Il était temps de rentrer. Quel que soit le lieu, l’heure ou l’être humain, j’ai toujours écouté cette petite voix, et je n’ai jamais eu à m’en plaindre. Là, le signal était fort alors qu’il était à peine 18 heures. J’ai sauté dans un taxi. Retour au bateau.
Au « bar » du « yacht club » de Balboa, j’ai rencontré des Finlandais qui devaient traverser le canal dans l’autre sens. Ça tombait plutôt bien : on avait toujours nos vieux pneus dont il fallait qu’on se débarrasse. Il y avait bien un Charlie qui nous proposait de nous les reprendre moyennant le paiement d’un dollar pièce, mais on a beau être pour le petit commerce, c’était une arnaque trop grossière pour être tolérable. C’est pas grand-chose pour nous de marcher dans les combines et ça permets aux Charlies de prospérer, mais le sentiment d’être pris pour un pigeon est également assez désagréable. J’ai retrouvé Charlie à l’embarcadère des annexes, lui ai fait savoir que ces Finlandais là prenaient nos pneus, mais que s’il souhaitait les aider à les transférer d’un bord à l’autre, ils rémunèreraient ses services. La cause était entendue. Après le transfert des pneus, je nous ai cuisiné des steaks avec des oignons confits déglacés au vinaigre balsamique. La viande Chilienne est décidément la meilleure du monde. Xavier avait raison, on pourrait la couper à la petite cuillère tant elle est tendre.
Le lendemain, dès l’aube, nous appareillons pour les îles Las Perlas que nous comptons visiter avant de mettre le cap sur les Galápagos. Il n’y a que 24 heures de nav. Nous franchissons déjà la dernière bouée latérale du chenal. À la barre, je sens Aramis heureux de se dégourdir les jambes. Nous voilà dans le Pacifique pour de vrai. Il ne nous reste plus qu’à traverser la zone d’attente des tankers et… à nous les embruns. Il me semble que déjà le ciel s’éclaircit. La chape de pollution est derrière nous et à chaque minute, le sentiment de délivrance s’amplifie. On va pouvoir envoyer la toile, couper le moteur… Tiens, le moteur justement. A pu de moteur. Il s’est éteint brusquement, d’un coup, sans aucun signe avant-coureur. C’est la panne !
La surprise est totale. Heureusement, nous ne sommes à proximité d’aucun cargo.
Les hommes s’affairent à l’intérieur, démonte la descente et accèdent au vilain Volvo. Qu’est-ce que c’est que ce bordel ! Michel jure plusieurs fois en Alsacien. La situation est grave, on croirait l’entendre parler à l’ordinateur, il est très contrarié. Or, c’est un homme qui n’aime pas que les choses (et les gens, mais ça je l’apprendrais plus tard) lui résistent.
J’ai pris un repère à terre et constate que nous dérivons assez rapidement vers le chenal – zone de circulation des tankers, et c’est ni très manoeuvrant ni très amical un porte-containers. Il faut qu’on se dégage de là vite fait. Heureusement, nous bénéficions d’une toute petite brise. J’appelle Raymond à la rescousse et nous hissons rapidement la grand-voile et déroulons le génois. Péniblement, Aramis étale le courant. Je repère sur la carte une zone de haut fond excentrée et fait route. Dès que le sondeur indique quinze mètres de profondeur, nous ancrons.
Michel et Patrick ont émis un premier diagnostique. Il s’agit probablement de l’inverseur. Impossible de réparer. Il faut rentrer et trouver un mécano. Dans notre malheur, nous avons la chance de réussir à attirer l’attention d’un pêchou qui nous remorquera jusqu’à la plus proche marina. Mais nous ne pouvons y entrer, elle est pleine. Nous sommes cantonnés à l’extérieur et ancrons à l’Ouest de la marina.
Ce soir-là, pour consoler l’équipage, je mets le disque du chanteur Italien que m’a gravé Bruno et je nous prépare des pastas avec une sauce tomates, artichauts et ail. Pour l’apéro, je fais frire des bananes plantains et confectionne avec amour de grands verres de planteur sans oublier d’y ajouter ma magic touch : cannelle et Tabasco.
On se détend.
Au dessert, je craque et j’allume une cigarette. Nico, tu avais raison de me dire d’emmener ce paquet d’urgence pour les coups durs ! Il en reste dix-neuf. Clin d’œil à Seb : je vais lire Alan Carr !
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
18 novembre 2005
24 avril 2004 - D'un Océan à l'autre
Nous avons franchi les écluses hier.
C’était très impressionnant. Surtout pour moi : en terme d’écluses, avant celles-là, je n’avais vu que celles du canal de lourch et du canal Saint-Martin. Pas tout à fait le même trip !
Petit historique : le canal de Panamá, à la base, est une entreprise française (notre ami Ferdinand de Lesseps fait adopter le projet en 1879). Mais pour diverses raisons (22 000 morts sur le chantier… ouf que Paul Gauguin a sauvé sa peau et pu se réfugier à Tahiti), au bout de 9 ans de travaux, c’est la faillite. C’est là que Blueberry et la cavalerie pointe son nez. Comme par hasard, le Panamá connaît une période trouble et une révolution… Et en 1903, l’oncle Sam obtient le droit d’achever le canal et de l’administrer pour une durée… illimitée ! Les américains vont construire trois ensemble d’écluses (Gatún, Pedro Miguel et Miraflores) et le gigantesque lac artificiel de Gatún. Pour se faire, fidèles à leur tradition, ils importent de la main d’œuvre colorée (principalement noire et jaune). Le canal est inauguré en 1914. En 2000, le canal est rétrocédé à la république de Panamá et les forces armées américaines évacuent la zone.
Pour en savoir plus, c’est ici et pour ceux qui ont du goût pour la polémique, c’est là
et là.

Jacky est Breton. Il a construit son bateau lui-même sur son terrain après en avoir dessiné les plans. Il nous a raconté comment il avait été chercher les plaques d’acier qui lui serviront à façonner la coque et comment ils ont fondu, lui et sa femme, le plomb qui allait servir de lest à leur voilier. Impressionnant.
Le pilote que nous accueillons à bord se nomme Orlando. Un beau mec, hyper zen qui se révèlera accroc aux Springles et au Coca Cola, mais du genre taciturne. En même temps, je peux comprendre, communiquer en espagnol avec moi, il faut le vouloir.
Nous parvenons à la première écluse de Gatún au lever du soleil. Là, ça se complique un peu. Nous sommes partis à trois voiliers. Aramis étant le plus puissant, nous sommes le moteur du groupe. Devant l’écluse, les autres viennent se mettre à couple sur bâbord et tribord. Nous entrerons tous ensemble dans l’écluse. Aramis recevra les aussières avant et les bateaux à couple les aussières arrière. C’est un peu technique ? Vous ne voyez pas exactement ce que ça peut donner ? C’est pas grave, vous, vous n’êtes pas sous le regard sombre et envoûtant d’Orlando (pas le frère de Dalida, l’autre). Détendez-vous !
Donc, le jeu, quand on entre dans l’écluse, c’est d’attraper la petite pelote que nous envoient les éclusiers. Ça à l’air de rien, mais ils la lancent de très haut, ça arrive très vite et c’est aussi dur qu’une balle de golf. N’écoutant que mon courage qui ne me disait rien, j’esquive en m’aplatissant sur le pont. Une fois qu’on détient la pelote, la magie commence ! Car à cette pelote est fixé un petit filin et à ce petit filin est attachée une grosse aussière très lourde et très solide. Qu’on remonte à bord et hop, au taquet !
Bon, ça, c’est fait, là, tu lèves la tête et tu regardes. Huge, le mot ricain semble avoir été inventé pour ça. Devant nous, un gigantesque cargo. Des petits trains, les mulas le guide dans l’écluse et le positionne. Lorsque tout semble paré, la porte arrière se ferme.
On dit adieu à l’Atlantique.
J’en profite pour mâter un peu sur les autres bateaux. Sur tribord, un couple d’anglais, on peux pas se tromper. Les Anglais, même après plusieurs années sous les tropique gardent encore une carnation d’une charmante teinte écrevisse plus ou moins parsemée de taches de rousseur qui leu donne un certain charme (mais pas un charme certain). Sur bâbord, c’est nettement plus intéressant. Il s’agit d’un voilier d’Hollandais. Ces gens du Nord qui ont dans les yeux la couleur de la peau de nos Anglais. Je comprends mieux leurs manœuvres plus qu’approximative. À mon avis, ça cultive pas que la tomate à bord.
L’eau monte. Du coup, nous aussi. Les aussières se détendent et on règle afin que notre petit groupe reste bien stable dans l’espace qui lui est alloué. Stabilisation, ouverture de la porte avant. Le Cargo avance et se stabilise dans la seconde écluse. Nous aussi, et rebelote.
Il y a trois paliers au bout desquels nous nous serons élevés de près de 26 mètres.
L’écluse de Gatún est derrière nous, l’Atlantique aussi. Aramis, à nouveau seul, fend désormais l’eau douce du lac artificiel à 5 nœuds. Nous avons presque 30 miles à couvrir avant d’atteindre la porte du Pacifique. Plus de 6 heures de nav en perspective. Mais pour l’instant, je découvre une infinité de nuances de verts. Celui de l’eau, plus ou moins dense en fonction de la profondeur, celui de la végétation équatoriale luxuriante qui inonde la multitude d’îlots qui parsèment le lac. Nous cherchons aux jumelles singes et crocodiles sans en voir aucun.
La fatigue commence à se faire sentir, et le soleil à taper fort. Sieste.
Je m’éveille pour prendre mon quart avant l’entrée dans le canal. Le balisage est facile à suivre. Le ciel est passé au gris. Il pleut, tiens, ça faisait au moins deux heures qu’on avait pas été mouillé ! Nous arrivons à Miraflores, dernière écluse avant le Pacifique. Nos amis les Hollandais n’ont pas tenus le rythme. Ils dormiront au mouillage dans le lac. Michel reprend la barre pour les manœuvres. En passant l’écluse, je guète les webcams. Je sais que mes proches pourraient voir passer Aramis, et ce lien ténu avec ma famille et mes amis me fait comme un pincement au cœur (que je mets sur le compte de la fatigue et du sevrage de la clope).
Enfin, le Pacifique nous est offert. Nous filons bon train et passons sous le Pont des Amériques qui relie l’Amérique du Sud à l’Amérique centrale. Huge again. Nous arrivons enfin en vue du port de Balboa et du repos tant mérité. Après une prise de coffre parfaite, c’est la relâche. On débarque tous pour se boire une bière au nouveau yacht club de Balboa. C'est à dire à l'abrit d'une tolle ondulée soutenue par quatre piliers. Jacky nous quitte.
De retour à bord, je m’amuse à faire de la photo d’art avec mon appareil photo numérqiue. Mais les photos posées de nuit sur un bateau qui bouge, bah c'est... Flou. Aller, au dodo.
Panamá City, 8° 58 N - 79° 32 W
07 novembre 2005
23 avril 2004 - Le Captain Bogle
Ça fait un moment que je n’avais pas donné de nouvelles. Figurez-vous que ce matin, nous avons été réveillés en fanfare par les autorités portuaires. À 5 heures du matin, corne de brume et trompettes. Ils prétendent que c’est aujourd’hui que nous devons passer les écluses. Or, nous ne sommes pas prêts, notre intermédiaire ayant tout planifié pour le 24. Panique à bord. La pression monte, tous les indicateurs sont au rouge.
En fait, le passage du canal fait appel à ce que d’aucuns pourraient taxer de système mafieux. Quant à moi, je préfère parler de micro-entreprise. Donc, grossièrement, pour passer le canal, il faut :
- des espèces de vieux pneus pour protéger la coque du bateau ;
- 4 aussières de 40 mètres ;
- un équipage de cinq personnes ;
- un passeur ou pilote agrée par les autorités ;
- avoir accomplit les formalités d’usage.
D’aucuns pourraient insinuer que les méandres administratifs et la difficulté à obtenir des informations ne sont pas liées à un manque d’organisation des autorités panaméennes, mais à un complot visant à forcer les pauvres globe-flotteurs que nous sommes à payer grassement un intermédiaire pour réussir à aller plonger notre étrave dans les eaux bleues du Pacifique.
Que nenni. Moi qui suis bloquée en position sourire, j’ai la conviction que c’est une merveilleuse occasion de s’initier aux coutumes locales et d’entrer en contact avec la population. C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Charlie, notre intermédiaire.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais Charlie est un prénom assez répandu au sein des micro-entreprises tropicales.
Ainsi, aux Antilles, Charlie vous vend des T-Shirt à Moustique, son cousin Charlie vous propose des langoustes grillées aux Tobago Cays et grâce au cousin Charlie de Dominique, vous pouvez remonter la rivière indienne. Le point commun de tous ce Charlie, leur atavisme familial en quelque sorte, est leur talent à vous délester de tous ces dollars qui encombrent votre portefeuille.
Ben là, on a Charlie qui nous vend des pneus (10 x 4 dollars), qui nous loue des aussières à la journée (4 x 20 dollars), peut nous fournir de la main d’oeuvre s’il nous manque des équipiers (neveu ou nièce de Charlie qui nous aiderons à passer le canal pour une somme très modique !), négocie notre date de passage grâce à la magie de son portable (petit pourcentage).
La question se pose : Charlie pédale-t-il dans la semoule ? Charlie a-t-il failli ?
Parce que cette petite plaisanterie vient de nous coûter 440 dollars pour reprogrammer notre passage.
Michel, propriétaire d’Aramis est fumasse. Philippe, le X-Man, est rentré précipitamment pour accepter un job doté d’un salaire scandaleux. Nous ne sommes plus que quatre : Michel, son ami Raymond, Patrick et moi. Et devinez quoi, je suis la seule à balbutier l’Espagnol… C’est pas gagné !
Nous décidons néanmoins de porter réclamation. Charlie tient à nous accompagner, arguant qu’il en va de sa réputation avec des intonations mafieuses qui font vaciller mes belles théories. Nous embarquons dans une espèce de vieille guimbarde qui hoquette péniblement jusqu’à la capitainerie. Le bâtiment ressemble plus à une tour de contrôle d’aéroport international qu’à la capitainerie de Ploumanach.
Le Captain Johny Bogle nous reçoit en personne. Un personnage d’Hugo Pratt. Pantalon noir à pinces, blazer blanc et panama crème, il en jette ! Au sommet de cette tour d’ivoire, Captain Bogle nous installe dans de profonds fauteuils en cuir noir. De son bureau, on a une vue à 360° sur la baie et sur l’écluse de Gatún. Autour de nous crépitent des écrans de télévisions et clignotent des platines qui n’ont rien à envier à un Boeing 747 ou à la table de mixage de David Guetta. Face à nous, légèrement penché en avant, les mains jointes sous le menton, il m’écoute religieusement. Son anglais est impeccable. L’affaire est grave semble-t-il. Il passe plusieurs coups de fil, fait des recoupements
Trois quart d’heure d’entretien plus tard, le verdict tombe. Le règlement spécifie que nous devons rester en veille sur le canal 12 de la VHF en cas de modification du calendrier des passages. Eu égard à l’heure tardive à laquelle a été passé l’appel (que l’on nous fait écouter), nous pouvons légitimement demander une enquête et le remboursement de l’amande.
Je suis très contente de moi. J’ai été bien polie avec le monsieur comme m’a appris Béné, et ça marche !
La suite montrera que les autorités panaméennes sont d’une honnêteté scrupuleuse, puisque l’amande sera remboursée. Seul Michel oubliera de reverser cet argent à ses anciens équipiers.
Aujourd’hui, j’ai cuisiné mon premier pain. Pas trop mal, mais je dispose d’une marge de progression considérable. Le soir, après m’être douché sur la jupe arrière dans les clignotements rouges et verts des balises, je me brosse les dents en regardant les quelques étoiles qui se devinent entre deux couches nuageuses. Je crois qu’en fait, ce que je préfère dans la voile, c’est cette salle de bain à ciel ouvert et la beauté de sa baignoire dans laquelle se reflète la lune.
Demain, on traverse. L’écluse de Gatún, le lac, le canal, Miraflores, et derrière, le Pacifique !





